‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 386 sur 432 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

( Sans doute ce combat vaut bien une victoire , Et l'on peut triompher avecque moins de gloire.) Mais épargnez , seigneur , épargnez à vos yeux Un objet qui trahit un cœur si généreux , En qui vos ennemis trouvent toutes leurs armes , Dont ils portent chez vous ces funestes alarmes. J'oserai m'expliquer si vous le permettez : La duchesse exilée

ÀMALON. ,

Insolent, arrêtez.

Esprit lâche et flatteur , âme toujours masquée , Ta pensée en ce mot s'est assez expliquée. Cet objet odieux, et que j'ai dû bannir , Règne encor dans ma cour et dans ton souvenir ! Rebelle, o'^es-tu bien porter en ta pensée Une idole orgueilleuse à mes pieds renversée , Adorer ses débris , et d'un zèle indiscret Lui dresser en ton cœur un autel en secret ? ^

Va , ne me parle plus de cette indigne femme , Ou j'irai de ce fer la chasser de ton âme.

ÉBROIN.

Seigneur , nous devons tous respecter en vos mains

Le pouvoir qu'elles ont sur le sort des humains.

Le ciel , en produisant des têtes couronnées ,

Forme de leurs plaisirs toutes nos destinées :

Ainsi cette princesse , en ce funeste état ,

Doit être regardée en victime d'état ;

Son sort , puisqu'il vous plaît , ne peut former pour elle

De plainte dans nos cœurs qui ne soit Criminelle.

Agissez donc , seigneur ; enfin contentez-vous ;

Que Judith craigne un maître , ou qu'elle aime un époux.

La contrainte après tout n'est pas beaucoup fâcheuse

Qui , malgré ses refus , la force d'être faênreusè. Soit qu'elle monte au trône ou de force ou de gré , On la verra changer sur le premier degré.

AURONTE.

Seigneur , ce conseiller dedans sa politique Ne voit pas que l'amour n'est jamais tyrannique ; Quel que soit le pouvoir et le droit des vainqueurs , Les vaincus sont toujours les maîtres de leurs cœurs ; Et de quelque douceur que les sceptres nous flattent , Quels que soient les brillans dont les trônes éclatent , Pour un esprit forcé le sceptre est un fardeau , Et sans la liberté le trône est un tombeau. Vous le pouvez pourtant ; mais au lieu d'une reine , Prenez garde de mettre une esclave à la chaîne, Qu'un mal que l'on aigrit est hors de guérison , Et que c'est l'exciter d'y verser du poison.

^ AMALOIf.

Hélas ! en cet état quel conseil dois -je prendre? Que veux- tu que j'espère , et que puis -je prétendre? Auronte , cher Flaucat, vous seuls de mes amis • Dont jamais l'intérêt n'a troublé les avis , Est -il dans ma couronne et d'éclat et de gloire Qui pût récompenser cette illustre victoire, Et dont je ne voulusse honorer le vainqueur Qui d'un si rare objet m'apporteroit le cœur?

FLAUCAT.

Prince, le mal n'est pas si grand que vous le faites. Nous vous en répondons aux dépens de nos têtes.

AMALON.

Mais , hélas! cet espoir me flatte sans raison. Sa haine a préféré l'horreur d'une prison ,

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