‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 391 sur 432 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

LÉVIGILDE.

Quoi ! ce sang signalé par tant d'exploits guerriers , Que l'on n'a vu couler que dessus des lauriers , Sur un triste poteau

-JUDITH

Dans le lit d'un infôme !

Désirs ambitieux , abandonnez cette âme ; Elevez un moment ce voile malheureux Dont vous avez couvert un trône si honteux. Que si vous avez fait ces amours innocentes Dont vous flattiez l'espoir de nos chastes attentes , Que votre main puissante à ce funeste état Oppose en même temps les vertus de Flaucat.

LIÉVÏGILDE.

Aveugle , c'est en vain que ton âme l'adore. Je te l'ai déjà dit et te le dis encore : L'inceste est une erreur dont tu veux t'abuser , Et ta foi désormais ne peut plus t'excuser. Flaucat n'est plus pour toi qu'une vaine chimère , Il n'est plus

JUDITH

Il n'est plus... Qu'en a-t-on fait, mon père? N'auriez- vous donc uni par de si chastes nœuds Son cœur avec le mien que pour percer les deux ? Achevez ; si sa mort vous donne tant d'envie , Il reste encore en moi la moitié de sa vie.

LiviGILDE.

Non , non , il vit encor ; mais il est mort pour toi , Puisqu'il cesse d'aimer et renonce à sa foi.

JUDITH

Ah! ne le souillez pas d'une tache si noire.

6oo L'ILLUSTRE AMAZONE,

LÉVIGILDE.

Un si prompt changement est difficile à croire , Et de quelques douceurs qu'il flattât mes désirs y J'ai long -temps refusé d'en goûter les plaisirs. Je blâmois en secret un cœur si magnanime , Et plus je le croyois , moins j'en avois d'estime. Mais enfin ce grand cœur a bien pu te trahir , Et , crainte de te perdre , il voudroit te haïr , Et vaincu tout ensemble et vainqueur de soi-même , Il veut perdre l'amour pour sauver ce qu'il aime. Et , voyant qu'à tous deux il peut être fatal , Il en fait par mes mains un don à soji rival. Soupires- en , ma fille , il est juste.

JUDITH

Ah , l'infâme !

LÉVIGILDE.

Mais avec ce soupir chasse -le de ton âme^

Ne verse plus pour lui que des pleurs de pitié ,

Et change désormais l'amour en amitié.

Imite sa vertu ; fais pour lui , si tu l'aime ,

Le généreux effort qu'il a fait pour toi - même.

Commence à le haïr pour le mieux conseiller ,

Et consens de le perdre afin de le sauver.

Le prince le chérit, mais sa perte est certaine

S'il sait qu'il est lui seul la cause de ta haine.

Si le malheur d'un père en ce danger pressant

Pour te pouvoir fléchir n'est pas assez puissant ,

Écoute ton amour , c'est lui qui t'en conjure ,

Et ne fait qu'emprunter la voix de la nature.

C'est par moi qu'il te parle. Adieu. Dans un moment

Tu l'oiras à tes pieds parler sans truchement ;

Oui , lui-même, Flaucat, touché de ma misère,

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