‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 390 sur 432 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LÉVIGILDE, JUDITH.

JUDITH

Uu me conduisez -vous dans ce cruel transport?

LiviGILDE.

Ma fille , choisissez ou le trône ou la mort.

JUDITH

Ah ! ce serait souiller le sang de votre race De douter seulement de celui que j'embrasse ^ Et je sens en secret mon honneur ofiFensé Quand avecque ma honte il s'est vu balancé.

LEVIGILDE.

A quoi te résous-tu dans un choix, si fimeste?

JUDITH

Le trône d'une part et de l'autre l'inceste

Est -il rien à choisir? Montons , puisqu'il le faut^ Allons , mon père , allons , mais sur un échafaud. C'est là qu'on me verra régner en souveraine , Et fouler à mes pieds le tyran et sa haine, ^

SgS L'ILLUSTRE AMAZONE,

LÉVIGILDE.

Portes -y donc ma tête, et puise de ce flanc.

Avant qu'il soit souillé , le reste de mon sang.

Prends ce fer , tiens , barbare , et que ton bras perfide

N'aye point désormais horreur d'un parricide.

Qui me laisse le jour et me ravit l'honneur

Ne fait que prolonger son crime et mon malheur.

JUDITH

Mon père , reprenez ce visage sévère , Vous n'étiez pas si fort dedans votre colère ; Ces yeux ne portoient point de si dangereux coups Quand ils étoient tantôt animés de courroux. Mais je sens ma constance un peu moins assurée Depuis que la nature en vos yeux s'est montrée.

LIRVIGILDE.

Perce , perce ce sein , et que mon cœur ouvert Te fasse voir , ingrate , un cœur à découvert.

JUDITH

Que veut -il?

LÉVIGILDE.

Que tu tranche et ma vie et les peines Que ton sang diffamé portera dans mes veines , Lorsque j'en sentirai la moitié dans mon sein , Et qu'un bourreau viendra m'offrir l'autre en sa main.

JUDITH

Mon père , l'échafaud , quand l'innocence y monte ,

Est un trône pour elle et perd toute sa honte ;

C'est là que la vertu se plaît à triompher , .

Que sa gloire paroît plus on veut l'étouffer :

Le glaive des bourreaux , et ce coup qu'on lui donne ,

Fait tomber sur sa tête une riche couronne.

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