‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 395 sur 432 · ACTE II, SCÈNE III. 6o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 6o

SIGISHOND.

Ecoutons.

FLAUCAT, à part.

Devois - tu prendre d'autres avis Que ces nobles transports qujB tu n'as pas suivis ? Et ne devois -je pas lui porter cette épée Du sang de son tyran encor toute trempée ? Auronte, désormais le poison est trop lent, Ce fer va prévenir ton dessein languissant. Ma main est bien plus sûre , et la voie est plus prompte. Il n'est point de danger à quiconque l'affronte : Mais si faut -il aussi que je me fasse ouïr Et périsse innocent , enfin , s'il faut périr.

(Usort.) SlGISMOND.

Que venons-nous d'entendre ? Est-ce un songe , Adélaire ?

ADÉLAIRE.

Seigneur , je ne sais plus ce «que nous devons croire.

SIGISMOND

Ce dessein, cette épée, et ce poison si lent...

ad]£laire.

Si ce qu'il dit est vrad , le reste est très- constant.

SIGISMOKD.

Tu vois dans ce discours , qui m'étonne et te touche , Son âme sur sa langue et son cœur en sa bouche.

ADIÉLAIRE.

Je le vois, mais l'erreur dont il me fait sortir Semble avoir quelque éclat qu'on ne peut démentir. Auronte dont il parle , et c'est ce qui m'étonne , Vient d'en porter au duc la parole en personne.

6o6 L'ILLUSTRE AMAZONE,

Il étoit lors suivi du père de Judith ,

Et c'est là que j'ai su ce que je vous ai dit.

SIGISMOND

Quoi?

ADELAIRE.

Qu'enfin leurs conseils ont si bien su résoudre Cette âme qu'on croyoit à l'épreuve du foudre, Qu'aux volontés d'un père et de son souverain Elle venoit porter et son cœur et sa main , Et cédoit aux efforts de leurs douces contraintes* Mais , seigneur, suspendons nos soupçons et nos craintes

SIGISMOND

Ah ! que je crains beaucoup et que j'espère peu , Quand pour monter au trône il ne faut qu'un aveu! Qu'on fait d'une couronne une illustre conquête, Sitôt qu'on tend la main et qu'on penche la tête ! Adélaire, avouons qu'il est bien peu de cœurs Dont ces rares présens ne deviennent vainqueurs. La douceur de régner nous rend tout légitime.

ADELAIRE.

Mais lorsque cet aveu nous doit coûter un crime, Que , pour monter au trône javec tant de bonheur , Sur la première marche il faut quitter l'honneur, C'est pour une âme chaste , et telle que la sienne , Un obstacle assez grand avant qu'elle y parvienne. Jugez mieux.

SIGISMOND

Je sais bien ce que j'en dois juger, Et crains pour sa vertu, la voyant en danger. Pour toi, cruel époux, qu'une honteuse flamme A fait être tyran et bourreau de ta femme

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