ACTE II, SCÈNE IV. 6i
Tué par mon époux , ou mon époux par lui, Quel parti dois- je suivre en ce choix déplorable ?
GASSA^NDRE.
Le plus juste , madame , est le moins misérable : Vous ne pouvez trahir la main d'un protecteur , Et vous pouvez haïr votre persécuteur; Faites, si vous croyez un conseil salutaire, Un remède à vos maux d'un mal si nécessaire ; Car si jusqu'à ce point il porte la fureur , Qu'au Heu de votre vie il veuille votre honneur , Et qu'une autre à vos yeux entre dans votre couche , Âh ! madame , souffrez que cet affront vous touche : La victime est trop chère, et n'est -ce pas vertu
CLOTILDE
Je ne t'écoute pas , Cassandre , que dis - tu ? Excuse, excuse -moi , si, proche du naufrage , je n'écoute et n'entends que le bruit de l'orage : Sourde à toute autre Voix , la douleur que je sens D'une secrète alarme occupe tous mes sens ; Mon frère et mon époux , une sœur , une femme , Y partagent mon cœur, y partagent mon âme. Je combats pour les deux dedans les deux partis , Et pour m'être trop chers ils sont mes ennemis. Eh bien , puisque des deux une amour trop égale Me rend tout à la fois leur aide et leur rivale. Sans plus délibérer en ce malheur commun , Pour conserver les deux il en faut trahir un : Empêchons , quoiqu'il soit auteur de mon supplice , En sauvant mon tyran , que mon époux périsse , Et lui montrons la main qui creuse sous ses pas Un précipice affreux qu'il ne prévoyoit pas.
6i4 L'ILLUSTRE AMAZONE,
GASSANDRE.
Dieux, que va -t- elle faire? O vertxi sans seconde. D'aimer tant un époux le plus cruel du monde !
CLOTILDE
Cassandre, si tu veux me servir aujourd'hui , Pendant que je le sers sauve mon cher appui ; Va -t'en dire à mon frère...
CASSANDRE
Ah! de grâce, madame...
CLOTILDE
Qu'une sœur ne peut oublier qu'elle est femme.
CASSANDRE, à part.
Allons sans plus tarder , et mettons à couvert Lfs auteurs malheureux d'un complot découvert.
FlUr 1>U DEUXIÈME ACTE.