SCÈNE V
( On Yoit on table sur laquelle il y a une coupe , un sceptre et
une couronne»)
AMALON, JUDITH, LÉVIGILDE, FLAUCAT, AURONTE , ADÉLAIRE , ÉBROIN , uir Page.
AMALON.
Enfin ce jour heureux , ce jour de mes désirs , Couronne mes travaux d'un comble de plaisirs ; Mes regrets , mes soupirs et mes peines passées D'un seul de vos regards se sont récompensées.
J'aime ces coups mortels qui m'ont percé le cœur , Voyant qu'ils ont été le prix de mon bonheur. Ces généreux mépris soufferts en ma poursuite Du cœur que je possède élèvent le mérite;. Et j'estimerois moins son illustre vertu, Si dès le premier coup je l'avois abattu. Je sais que ces mépris , dont je fais, tant d'estime , Aux yeux de mes sujets font une autre maxime. Qu'une main que l'amour a chargé de liens , Ne sauroit bien régir le sceptre que je tiens , Et qu'ils ont de la peine à souffrir qu'une femme Ait le cœur de celui qui doit être leur âme. Sujets, si vous devez m'imposer cette loi. Reprenez votre sceptre et me laissez à moi. Quoi ! pour avoir reçu l'état de leur estime , Mes désirs innocens passent -ils pour un crime ? Ne puis -je rien Vouloir sans faire des jaloux? Faut -il pour commander être esclave de tous? Et que mon cœur enfin écoute leur caprice , S'il ne veut en naissant commettre une injustice ? Dois- je suivre partout la règle de leurs vœux ? Et ne doivent -ils pas vouloir ce que je veux?
AURONTE.
Seigneur , il n'en est point qu'un choix si légitime N'oblige d'augmenter la glorieuse estime Que vos rares vertus font naître en leurs esprits , Quand de ce même, choix ils connoîtront le prix.
ADÉLAIRE.
Ce sont aussi les lois à vos sujets prescrites , Lorsqu'ils ont déféré le sceptre à vos mérites. Qui se choisit un prince il se fait son sujet , Et ne peut se roidir contre ce qu'il a fait.