SCÈNE IIL
Les mêmes; ÉBROIN.
(Od entend du bruit.) SIGISMOND.
Mais qu'est - ce que j'entends ?
EBROIN, derrière le théâtre.
Qu'on épargne sa vie , Soldats.
A M ALON , derrière le théâtre.
Hélas ! je meurs.
LES GARDES, derrière le théâtre.
O dieux ! quelle in&mie !
Une femme !
EBRoiJN^, répée à la mcUn.
Arrêtez , madame , revenez*
SIGISMOICD.
Ebroin !
EBROIir.
Dieux! que vois - je l Ah! seigneur, pardonnez , Souffrez qu'à vos genoux mon âme rassurée Rentre dans le respect dont elle est égarée.
SIGISMOJN^D.
Cesse de t'étonner , et fais que promptement Mous sortions avec toi de ton étonnement. Dis , qu'est-il arrivé ?
» Soldats , si j'embrasai le cœur de votre maître ,
j» Qu'il éteigne en mon sang le feu que j^i fait naître, »
Et, sans perdre de temps, elle
LÉVIGILDE.
O dieux ! c'en est donc fait , Elle est donc morte aussi ?
iÉBROIir.
Le coup fut sans effet.
Dieu , qui le destinoit pour une autre victime , Voulut en la sauvant nous épargner un crime. Comme pour redoubler elle haussoit le bras , Le poignard fut saisi par un de nos soldats : Lors, sans aucun secours, se voyant désarmée , Soudain entre leurs mains elle tombe pâmée , Et , par le contre - coup d'un mortel déplaisir , Elle meurt de regret de n'avoir pu mourir. Il semble qu'en son cœur la douleur meurtrière Veuille punir le bras d'un coup qu'il n'a pu faire , Et porter en son sein un glaive plus perçant Que celui qu'elle avoit voulu teindre en son sang. Touché sensiblement d'un si triste spectacle , J'en détourne les yeux , n'y pouvant mettre obstacle ; Mais à peine eus -je fait deux pas hors du palais. Que j'y fus rappelé par le bruit des valets. Tout le monde, effrayé d'une alarme soudaine , Accourt de toutes parts en la chambre prochaine. J'entre, mais le premier des objets que j'y vois C'est un ruisseau de sang , et le duc aux abois. Je le vois ; mais , hélas ! il étoit sans figure , Sous le bouillon sanglant d'une triste blessure ; On ne remarquoit plus en ses traits effacés