ACTE V, SCÈNE VI
Le frère avec l'époux , la femme avec la sœur , Entre les deux partis une vaine espérance Suspendoit les désirs d'une juste vengeance ; récoutois un peu moins la voix de la douleur , Voyant en mon époux des yeux pleins de rigueur : Mais enfin , ce cp'en lui le temps auroit dû faire , La mort vient d'effacer ce visage sévère , Et le ciel irrité ne me donne secours Que par le coup fatal dont il tranche ses jours. Je te vois , cher époux , et cette marque obscure , Qui trahissoit en toi l'amour et la nature , Découvre , mais trop tard , sur ce front languissant , Lorsque tu vas mourir, ton amour renaissant; Je le vois , j'aperçois dans le cours de ces larmes Les attraits innocens de ses premières charmes ; Et si tu ne vois pas les miennes s'y mêler , Ah ! ma douleur par -là craint de se consoler : De peur que leur ardeur s'éteigne dans leur courèe , Elle a porté son feu jusque dedans leur source , Et veut , s'il faut des pleurs , en puiser dans le sein D'un frère criminel et de ton assassin. Ah! seigneur, vengez -moi; mais, en juge sévère. Pour punir l'assassin quittez ce nom de frère. J'emprunte votre bras pour immoler en vous Ce qui peut apaiser l'ombre de mon époux , Et venger une sœur !
AMÂ.LON.
Ah ! s'il reste , madame , Quelque force h ma voix, quelque amour en votre âme , Souffrez que cette voix vous conjure pour tous , D'épargner en leur mort la douleur d'un éjpoux , Et sachez que ce sang que vous voulez répandre , Tome V. 42
l' 658 LlLLUSTRE,ETc.,ACTEV, SCÈNE VI.
t Au lieu de m'apaiser , viendra troubler ma cendre.
Adieu ; si vous m'aimez y aimes mes ennemis.
FtAUOAT.
Ah , prince ! Il meurt.
CLOTILOE.
Hélas!
( Elle t'éraitouH.)
ADiÊLAiRE, la soutenant.
Elle 8e pâmel
SIGISMOITD.
Aflùâ, Enlevez la princesse en, la chambre prochaine , Et calmez les transports d'une douleur soudaine.
(A part.)
Cependant admirons un exemple fameux
D'un prince en même temps heureux et malheureux.
Quoi ! le duc lui pardonne et reconnoît ses crimes !
Saintes obscurités , j'adore vos abîmes ,
J'adore les secrets de cette belle nuit
Dont vous avez couvert le sort qui nous conduit ,
Et caché dans le sein d'une mer si profonde
Ces conseils , ces arrêts qui gouvernent le monde.
Quoi ! le fer qui le tue et le met au tombeau ,
Ce fer pour Amalon devoit être un flambeau !
Ce moment oîi la mort lui ferme la paupière
Eclaire son esprit et lui rend la lumière.
Sa perte et son salut n'ont qu'un même moment ,
Et la main qui le perd le sauve en même temps.
Saintes obscurités, qui gouvernez le monde ,
J'adore les secrets d'une mer si profonde.
riN DU CINQUIEME ET DERNIER VOLUME.
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