‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 431 sur 432 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Le frère avec l'époux , la femme avec la sœur , Entre les deux partis une vaine espérance Suspendoit les désirs d'une juste vengeance ; récoutois un peu moins la voix de la douleur , Voyant en mon époux des yeux pleins de rigueur : Mais enfin , ce cp'en lui le temps auroit dû faire , La mort vient d'effacer ce visage sévère , Et le ciel irrité ne me donne secours Que par le coup fatal dont il tranche ses jours. Je te vois , cher époux , et cette marque obscure , Qui trahissoit en toi l'amour et la nature , Découvre , mais trop tard , sur ce front languissant , Lorsque tu vas mourir, ton amour renaissant; Je le vois , j'aperçois dans le cours de ces larmes Les attraits innocens de ses premières charmes ; Et si tu ne vois pas les miennes s'y mêler , Ah ! ma douleur par -là craint de se consoler : De peur que leur ardeur s'éteigne dans leur courèe , Elle a porté son feu jusque dedans leur source , Et veut , s'il faut des pleurs , en puiser dans le sein D'un frère criminel et de ton assassin. Ah! seigneur, vengez -moi; mais, en juge sévère. Pour punir l'assassin quittez ce nom de frère. J'emprunte votre bras pour immoler en vous Ce qui peut apaiser l'ombre de mon époux , Et venger une sœur !

AMÂ.LON.

Ah ! s'il reste , madame , Quelque force h ma voix, quelque amour en votre âme , Souffrez que cette voix vous conjure pour tous , D'épargner en leur mort la douleur d'un éjpoux , Et sachez que ce sang que vous voulez répandre , Tome V. 42

l' 658 LlLLUSTRE,ETc.,ACTEV, SCÈNE VI.

t Au lieu de m'apaiser , viendra troubler ma cendre.

Adieu ; si vous m'aimez y aimes mes ennemis.

FtAUOAT.

Ah , prince ! Il meurt.

CLOTILOE.

Hélas!

( Elle t'éraitouH.)

ADiÊLAiRE, la soutenant.

Elle 8e pâmel

SIGISMOITD.

Aflùâ, Enlevez la princesse en, la chambre prochaine , Et calmez les transports d'une douleur soudaine.

(A part.)

Cependant admirons un exemple fameux

D'un prince en même temps heureux et malheureux.

Quoi ! le duc lui pardonne et reconnoît ses crimes !

Saintes obscurités , j'adore vos abîmes ,

J'adore les secrets de cette belle nuit

Dont vous avez couvert le sort qui nous conduit ,

Et caché dans le sein d'une mer si profonde

Ces conseils , ces arrêts qui gouvernent le monde.

Quoi ! le fer qui le tue et le met au tombeau ,

Ce fer pour Amalon devoit être un flambeau !

Ce moment oîi la mort lui ferme la paupière

Eclaire son esprit et lui rend la lumière.

Sa perte et son salut n'ont qu'un même moment ,

Et la main qui le perd le sauve en même temps.

Saintes obscurités, qui gouvernez le monde ,

J'adore les secrets d'une mer si profonde.

riN DU CINQUIEME ET DERNIER VOLUME.

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