ACTE I, SCÈNE V. loi
Et que, pouvant user d'un pouvoir absolu. Je cesse de vouloir sitôt que j'ai voulu; Que dans la même cause , et criminel et juge , De l'objet offensé je deviens le refuge , Et, de quelques efforts que je sois combattu, Fai pas assez d'amour pour manquer de vertu. Ainsi mon cœur pressé par l'un et l'autre extrême , Est le champ d'un combat de moi contre moi-même ^ Qoi lâche ou généreux , foible ou fort que je suis , Protège en même temps l'honneur que je poursuis.
LE COMTE
C'est par ce beau combat que vous rendez des marques Du plus considérable et plus grand des monarques. L'amour est un doux mal commun à tous les rois, Mais peu de la raison lui font suivre les lois , fea savent avec lui modérer leur puissance , £t quand il ose trop , réprimer sa licence. Ces qualités aussi vous attirent nos vœux; De Pèdre, et non du roi, le monde est amoureux; £t le surnom de Grand que l' Aragon vous donne, Vient plus de vos vertus que de votre couronne. C'est un malheur d'un trône où l'on est élevé , Qu'être toujours en butte et toujours observé ; Qu'il ne soit mur si fort dans les palais des princes Que ne puissent percer les yeux de leurs provinces :
I Toutes les actions regardant leurs sujets ,
I De leurs sujets aussi sont toujours les objets ;
Y Kvec le peuple enfin ils partagent un titre,
1 It juges de l'état , l'état est leur arbitre. 1 îour votre majesté c'est un repos bien doux I ^ pouvoir sans rien craindre être jugé de tous;
io;i DON BERNARD DE CABRÈRE, Et c'est pour un monarque une vertu sublime De haïr comme vous jusqu'à l'ombre du crime; D'être un â çaint ez/emple aux yeux de votre cour , Et pouvoir accor4€ir l'innocence et l'amour.
DON PÈDRE
L'intérêt qui m'allie avecque la Navarre Pouvoit scml me priver d'une beauté si rare; Et toute autre raison moins utile à l'état', La splendeur de mon rang , le nom de potentat , Ni tous ;le^ fondemens d'une haute espérance. Ne me pourroient ravir l'heur de son alliance.