I.ÉONOR
Pour Gabrère , en un mot , mon cœur brûle d'amour :
Mais comme ses vertus charment toute la cour,
Et qu'il trouve partout des vœu^ si légitimes,
11 compte encor l'infante au rang de ses victimes ,
Dont le dessein du mien traversera le cours ,
Si ma flamme en ton art ne trouve un prompt secours.
Tu peux de don Bernard imiter l'éariture :
Fais-moi de son amour une vive peinture,
Couches-y touà les traits dont là main d'un amant
Nous peut i^résenter un sensible tourment.
Et dont on peut toucher lé cœur d'une maîtresse; .
Souscris-Ta de son nom , la ferme et me l'adresse. .
Prépare à mon espoir cet heureux fondement;
Le reste, par mes soins concerté dextremeot,
Si bes^mçpup de malhfsur n'évente l'artifice,!
De ses prétentions détruira l'édifice.
i36 DON BERNARD DE CABRÈRE,
Aux champs de ses .combats de sanglantes fontaines^ £t, plus mon ennemi que tous ses rennemis ^ . M'être mis en l'état où mon zèle m'a mis ; M'étre^ par une ardeur illustre et non commune ^ Livré seul en otage aux mains de la fortune , Et contre mon visage, à moi-même inhumain^ Avoir en sa Êiveur armé sa propre main; Si pour ces actions s^. haine est légitime^ J'en souffre le reproche et confesse mon crime; Mais ailleurs des bienfaits et des vœux étemels Seroient te châtiment de pareils criminels.
DON BERNARD
Quelque ressort du ciel où nou^ ne voyons goutte i Fait prendre à nos destin» cette diverse route, Fait que par des nqeuds d'or le roi m'attache à lui , Et, psffsemant de fleurs le chemin que je sui^ • Semble, épuisé, pour moi d'influences bénignes, ' Ne pouvoir sur vos pas semer que des épines ; Mais ses décrets , sans doute aussi sages que saints,, Sous un si grand malheur cachent de grands desseins; J'en présume pour vous quelque grande aventure. Et doute avec raison û ma route est plus sûre. Au premier mot enfin que j'ai parlé pour vous, Le roi s'est emporté d'un si bouillant courroux. Et, pâlissant, m'a vu d'un regard si farouche. Qu'à peine avois^je ouvert qu'il m'a fermé la bouche , Ne se plaint pas de moins que d'une trahison. Et nous a défendu jusques à votre nom. Mais pendant que le temps essuîra sa colère. Cher de Lune ^ et de grâce , acceptez ma prière ; Comptez tout mon crédit, mes biens, mes. qualités , Moins au rang de mes biens que de vos cngnités.