‹ Œuvres, éditéesChapitre 27 sur 94 · VII · texte numérisé non relu

VII

Et s’esté m’a dur et cruel

Trop plus que cy ne le raconte,

Je vueil que le Dieu eternel

Luy soit donc semblable a ce compte.

Et l’Église nous dit et compte

Que prions pour noz ennemis !

Je vous diray : « Fay tort et honte, Quoi qu'il m'ait fait, a Dieu remis! »

Si prieray pour luy de bon cuer,

Et pour l’ame de feu Cotart.

Mais quoy? ce sera donc par cuer, Car de lire je suis fetart.

Priere en feray de Picart ;

S'il ne la scet, voise l’aprendre,

S'il m'en croit, ains quil soit plus tart, À Douai ou a lIsle en Flandre!

Combien, se oyr veult qu’on prie

Pour luy, foy que doy mon baptesme !

Obstant qu'a chascun ne le crye,

Il ne fauldra pas a son esme.

Ou Psaultier prens, quant suis a mesme,

Qui n’est de beuf ne cordouen, Le verselet escript septiesme Du pséaulme Deus. laudem.

Si prie au benoist fils de Dieu,

Qu’a tous mes besoïngs je reclame, Que ma povre priere ait lieu

Vers luy, de qui tiens corps et ame, Qui m'a preservé de maint blasme Et franchy de ville puissance.

Loué soit il, et Nostre Dame,

Et Loys, le bon roy de France!

LE TESTAMENT

Auquel doint Dieu l'eur de Jacob Et de Salmon l’onneur et gloire (Quant de proesse, il en à trop, De force aussi, par m'ame! voire), En ce monde cy transsitoire,

Tant qu'il a de long et de lé,

Affin que de luy soit memoire,

Vivre autant que Mathusalé!

Et douze beaux enfans, tous masles, Voire de son chier sang royal,

Aussi preux que fut le grant Charles,

Conceus en ventre nupcial, Bons comme fut sainct Marcial !

Ainsi en preigne au feu Dauphin!

Je ne luy souhaitte autre mal,

Et puis Paradis en la fin.

Pour ce que foible je me seris

Trop plus de biens que de santé,

Tant que je suis en mon-plain sens, Si peu que Dieu m'en a presté,

. Car d’autre ne l’ay emprunté,

Jay ce testament tres estable Faict, de derniere voulenté, Seul pour tout et irrevocable.

Escript l'ay l'an soixante et ung, Que le bon roy. me delivra

De la dure prison de Mehun,

Et que vie me recouvra,

Dont suis, tant que mon cuer vivra, Tenu.vers luy m’humilier,

Ce que feray tant qu'il mourra :

Bienfait ne se doit oublier.

Page 1