XVI, 121 — XXII
Quant l'empereur ot remiré
De Diomedès tout le dit :
« Ta fortune je te mueray Mauvaise en bonne », si lui dit.
Si fist il. Onc puis ne mesfit
À personne, mais fut vray homme ; Valere pour vray le baudit,
Qui fut nommé le Grant a Romme.
Se Dieu m’eust donné rencontrer Ung autre piteux Alixandre
Qui m'eust fait en bon eur entrer, Et lors qui m’eust veu condescendre À mal, estre ars et mis en cendre Jugié me feusse de ma voix.
Necessité fait gens mesprendre
Et faim saillir le loup du bois.
Je plaings le temps de ma jeunesse, (Ouquel j'ay plus qu'autre gallé.
Jusques a l’entree de viellesse), Qui son partement m'a celé.
H ne s’en est a pié allé
N’a cheval : helas ! comment don?
Soudainement s’en est vollé
Et ne m'’a laissié quelque don.
Allé s’en est, et je demeure,
Povre de sens et de savoir,
Triste, failly, plus noir que meure, Qui n’ay ne cens, rente, n'avoir; Des miens le mendfe, je dis voir, De me desavouer s’avance, Oubliant naturel devoir
Par faulte d’ung peu de chevance.
VILLON, Œuvres *”*.
LE TESTAMENT
Si ne crains avoir despendu Par friander ne par leschier ;
Par trop amer n’ay riens vendu ,Qu'amis me puissent reprouchier, Au moins qui leur couste moult chier.
Je le dy et ne croy mesdire ;
De ce je me puis revenchier :
Qui n’a mesfait ne le doit dire.
Bien est verté que j’ay amé
Et ameroie voulentiers ;
Mais triste cuer, ventre affamé Qui n'est rassasié au tiers, M'oste des amoureux sentiers.
Au fort, quelqu’ung s’en recompence,
Qui est ramply sur les chantiers ; Car la dance vient de la pance.
Hé! Dieu, se j'eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle .
Et a bonnes meurs dedié, J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi? je fuyoie l’escolle, Comme fait le mauvais enfant.
En escripvant ceste parolle,
À peu que le cuer ne me fent.
Le dit du Saige trop lui feiz Favorable (bien en puis mais!)
Qui dit : « Esjoÿs toy, mon filz, En ton adolescence » ; mais Ailleurs sert bien d’ung autre mes, Car « Jeunesse et adolescence », C’est son parler, ne moins ne mais, « Ne sont qu’abus et ignorance »,.