‹ Œuvres, éditéesChapitre 31 sur 94 · XXIV, 185 — XXXI · texte numérisé non relu

XXIV, 185 — XXXI

Mes jours s’en sont allez errant Comme, dit Job, d'une touaille Font les fiietz, quant tisserant

En son poing tient ardente paille :

Lors, s’il y a nul bout qui saille, Soudainement il le ravit.

Si ne crains plus que rien m’assaille, Car a la mort tout s’assouvit.

Ou sont les gracieux gallans

Que je suivoye ou temps jadis,

Si bien chantans, si bien parlans,

Si plaisans en faiz et en dis?

Les aucuns sont morts et roidis, D'eulx n’est il plus riens maintenant :

Repos aient en paradis,

Et Dieu saulve le demourant !

Et les autres sont devenus,

Dieu mercy! grans seigneurs et maistres; Les autres mendient tous nus |

Et pain ne voient qu'aux fenesires ;

Les autres sont entrez en cloistres

De Celestins et de Chartreux,

Botez, housez, com pescheurs d'oistres.

Voyez l’estat divers d’entre eux.

Aux grans maistres Dieu doint bien faire, Vivans en paix et en requoy;

En eulx il n’y a que refaire,

Si s’en fait bon taire tout quoy.

Mais aux povres qui n’ont de quoy, Comme moy, Dieu doint patience ;

Aux autres ne fault qui ne quoy,

Car assez ont pain et pitance.

20 LE TESTAMENT

XXxII Bons vins ont, souvent embrochiez, Saulces, brouetz et gros poissons, Tartes, flans, oefz fritz et pochiez, Perdus et en toutes façons. - 252 Pas ne ressemblent les maçons, | Que servir fault a si grant peine :

Ilz ne veulent nuls es De soy verser chascun se peine. 256

XXXIII En cest incident me suis mis Qui de riens ne sert a mon fait ; Je ne suis juge, ne commis :

Pour pugnir n’absoudre mesfaït: 260 De tous suis le plus imparfait, Loué soit le doulx Jhesu Crist!

Que par moy leur soit satisfait!

Ce que j'ay escript est escript. 264

XXXIV Laissons le moustier ou il est ; Parlons de chose plus plaisante :

Ceste matiere a tous ne plaist, Ennuyeuse est et desplaisante. 268 Povreté, chagrine, dolente, Tousjours despiteuse et rebelle, Dit quelque parolle cuisante ; S’elle n'ose, si la pense elle. 272

XXXV Povre je suis de ma jeunesse, De povre et de petite extrace; :

Mon pere n’ot oncq grant richesse, Ne son ayeul, nommé Oräce; . 276 Povreté tous nous suit et trace. :

Sur les tombeaulx de mes ancestres, Les ames desquelz Dieu embrasse, On n’y voit couronnes ne ceptres. 280

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