CXXX, 1298 — CXXXVII
Si en escrips au collateur
Lettres semblables et pareilles :
Or prient pour leur bienfaiteur, Ou qu'on leur tire les oreilles.
Aucunes gens ont grans merveilles Que tant m'encline vers ces deux ; Mais, foy que doy festes et veilles, Oncques ne vy les meres d’eulx!
Item, donne a Michault Cul d’Oue Et a sire Charlot Taranne
Cent solz (s’ilz demandent : « Prins ou? »
Ne leur chaille ; ils vendront de manne)
Et unes houses de basanne, Autant empeigne que semelle,
Pourveu au’ilz me salueront Jehanne
Et autant une autre comme elle.
Item, au seigneur de Grigny, Auquel jadis laissay Vicestre,
Je donne la tour de Billy Pourveu, s’uys y a ne fenestre Qui soit ne debout ne en estre, Qu'il mette tres bien tout a point.
Face argent a destre et senestre :
Il m'en fault et il n’en a point.
Item, a Thibault de la Garde. Thibault? je mens, il a nom Jehan; Que luy donray je, que ne perde?
(Assez ay perdu tout cest an;
Dieu y vueille pourveoir, amen!) Le Barillet, par m’ame, voire!
Genevoys est plus ancien
Et a plus beau nez pour y boire.
56 LE TESTAMENT
ÆXxXVIIT Îtem, je donne a Basanier, Notaire et greffier criminel, De giroffle plain ung pannier Prins sur maiïstre Jehan de Ruel, Tant a Mautaint, tant a Rosnel, Et, avec ce don de giroffle, Servir de cuer gent et ysnel Le seigneur qui sert saint Cristofle,
cxxxIx Auquel ceste ballade donne Pour sa dame, qui tous biens 1; S'Amour ainsi tous ne guerdonne, Je ne m'esbays de cela, Car au pas conquester l’ala Que tint Regnier, roy de Cecille, Ou si bien fist et peu parla Qu'onques Hector fist ne Troïlle.
[B. pour Robert BALLADE d’Estouteville.)
Au poinct du jour, que l’esprevier se bat, Meu de plaisir et. par noble coustume, Bruit la maulvis et de joye s’esbat,
Reçoit son per et se joingt a sa plume, Offrir vous vueil, a ce desir m’alume, loyeusement ce qu'aux amans bon semble.
Sachiez qu'Amour l’escript en son volume ; Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble.
Dame serez de mon cuer sans debat, Entierement, jusques mort me consume.
Lorier souef qui pour mon droit combat, Olivier franc, m’ostant toute amertume, Raison ne veult que je desacoustume,
Et en ce vueil avec elle m’assemble,
CXXXVIN, 1362 — CXLI, 1421 LR
De vous servir, mais que m’y acoustume ; Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble. 1303
Et qui plus est, quant dueil sur moy s’embat,
Par Fortune qui souvent si se fume,
Vostre doulx oeil sa malice rabat,
Ne mais ne moins que le vent fait la plume. :307 Si ne pers pas la graine que je sume
En vostre champ, quant le fruit me ressemble. Dieu m'ordonne que le fouÿsse et fume ;
Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble. 1401
Princesse, oyez ce que cy vous resume :
Que le mien cuer du vostre desassemble
Ja ne sera; tant de vous en presume;
Et c’est la fin pour quoy sommes ensemble. :405
Item, a sire Jehan Perdrier,
Riens, n’a Françoys, son secont frere.
Si m'ont voulu tous jours aidier,
Et de leurs biens faire confrere; . 1409 Combien que Françoys, mon compere, Langues cuisans, flambans et rouges,
My commandement my priere,
Me recommanda fort a Bourges. 1413
Si allé veoir en Taiïllevent,
Ou chappitre de fricassure,
Tout au long, derriere et devant,
Lequel n'en parle jus ne sure. 1417 Mais Macquaire, je vous asseure,
À tout le poil cuisant ung deable,
Affin qû'il sentist bon l’arsure,
Ce recipe m'escript, sans fable. | 1421
LE TESTAMENT
BALLADE
En reagal, en arcenic rochier,
En orpiment, en salpestre et chaulx vive,
En plomb boullant pour mieulx les esmorchier, En suif et poix destrempez de lessive
Faicte d’estrons et de pissat de juifve, 1426 En lavailles de jambes à meseaulx,
En racleure de piez et viels houseaulx,
En sang d'’aspic et telz drogues vlimeuses,
En fiel de loups, de regnars et blereaulx,
Soient frittes ces langues envieuses | 1431
En cervelle de chat qui hayt peschier,
Noir, et si viel qu'il n'ait dent en gencive,
D’ung viel mastin, qui vault bien aussi chier, Tout enragié, en sa bave et salive,
En l'escume d’une mulle poussive 1436 Detrenchiee menu a bons ciseaulx,
En eaue ou ratz plongent groings et museaulx, Raines, crappaulx et bestes dangereuses,
Serpens, lesars et telz nobles oyseaulx,
Soient frittes ces langues envieuses ! . 144t
En sublimé, dangereux a touchier,
Et ou nombril d’une couleuvre vive,
En sang qu’on voit es palletes sechier
Sur ces barbiers, quant plaine lune arrive,
Dont l’ung est noir, l'autre plus vert que cive, :446 En chancre et fiz, et en ces ors cuveaulx
Ou nourrisses essangent leurs drappeaulx,
En petiz baings de filles amoureuses
(Qui ne m’entent n’a suivy les bordeaulx)
Soient frittes ces langues envieuses ! 1451
{Les contrediz de Franc
Prince, passez tous ces frians morceaulx, S'estamine, sacs n’avez ou bluteaulx, Parmy le fons d'unes brayes breneuses ; Mais, par avant, en estrons de pourceaulx Soient frittes ces langues envieuses!
Item, a maistre Andry Courault,
« Les Contrediz Franc Gontier » mande :
Quant du tirant seant en hault,
À cestuy la riens ne demande.
Le Saige ne veult que contende Contre puissant povre homme las, Affin que ses fillez ne tende
Et qu’il ne trebuche en ses las.
Gontier ne crains : il n’a nuls hommes Et mieulx que moy n’est herité ;
Mais en ce debat cy nous sommes, Car il loue sa povreté,
Estre povre yver et esté,
Et a felicité repute
Ce que tiens a maleureté.
Lequel a tort? Or en dispute.
BALLADE
Gontier.] Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
Les ung brasier, en chambre bien natee, À son costé gisant dame Sidoine, Blanche, tendre, polie et attintee, Boire ypocras, a jour et a nuytee, Rire, jouer, mignonner et baisier, Et nu a nu, pour mieulx des corps s’aisier, Les vy tous deux, par ung trou de mortaise :
LE TESTAMENT
Lors je congneus que, pour dueil appaisier, Il n’est tresor que de vivre a son aise. 1482
Se Franc Gontier et sa compaigne Helaine Eussent ceste doulce vie hantee,
D’ongnons, civotz, qui causent forte alaine, N’acontassent une bise tostee.
Tout leur mathon, ne toute leur potee, 1487 Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
S’ilz se vantent couchier soubz le rosier, Lequel vault mieulx? Lict costoyé de chaise?
Qu'en dites vous? Faut il a ce musier ?
Il n’est tresor que de vivre a son aise. 1492
De gros pain bis vivent, d’orge, d'avoine,
Et boivent eaue tout au long de l'anee.
Tous les oyseaulx d'icy en Babiloine
A tel escot une seule journee
Ne me tendroient, non une matinee. 1497 Or s’esbate, de par Dieu, Franc Gontier, Helaine o luy, soubz le bel esglantier :
Se bien leur est, cause n’ay qu'il me poise; Mais, quoy que soit du laboureux mestier,
Il n’est tresor que de vivre a son aise. 1502
Prince, jugiez, pour tous nous accorder.
Quant est de moy, mais qu’a nul n’er desplaise, Petit enfant, j'ay oÿ recorder :
Il n’est tresor que de vivre a son aise. 1506
Item, pour ce que scet sa Bible
Ma damoiselle de Bruyeres,
Donne preschier hors l’Evangille
A elle et a ses bachelieres, 1510 Pour retraire ces villotieres |
Qui ont le bec si affillé, Mais que ce soit hors cymetieres, Trop bien au Marchié au fillé.
BALLADE
{B. des femmes de Paris.]
Quoy qu’on tient belles langagieres Florentines, Veniciennes,
Assez pour estre messagieres,
Et mesmement les anciennes;
Mais, soient Lombardes, Rommaines, Genevoises, a mes perilz, Pimontoises, Savoisiennes,
11 n’est bon bec que de Paris.
De tres beau parler tiennent chaieres, Ce dit on, les Neapolitaines,
Et sont tres bonnes caquetieres Allemandes et Pruciennes ;
Soient Grecques, Egipciennes,
De Hongrie ou d’autre pays, Espaignolles ou Cathelennes,
Il n’est bon bec que de Paris.
Brettes, Suysses, n’y sçavent guieres, Gasconnes, n’aussi Toulousaines :
De Petit Pont deux harengieres Les concluront, et les Lorraines, Engloises et Calaisiennes,
({Ay je beaucoup de lieux compris ?) Picardes de Valenciennes ; Il n’est bon bec que de Paris.
Prince, aux dames Parisiennes De beau parler donne le pris;
62 LE TESTAMENT
Quoy qu'on die d’Italiennes, Il n’est bon bec que de Paris. 1542
cxLV Regarde m'en deux, trois, assises
Sur le bas du ply de leurs robes,
En ces moustiers, en ces eglises ;
Tire toy pres, et ne te hobes; 1546 Tu trouveras la que Macrobes
Oncques ne fist tels jugemens.
Entens; quelque chose en desrobes :
Ce sont tous beaulx enseignemens. 1550
CXLVI Îtem, et au mont de Montmartre, Qui est ung lieu moult ancien, Je luy donne et adjoings le tertre Qu'on dit le mont Valerien, 1554 Et, oultre plus, ung quartier d’an Du pardon qu’appoîtay de Romme :
Si ira maint bon crestien Voir l’abbaye ou il n’entre homme. 1558
CXLVII Îtem, varletz et chamberieres De bons hostelz (riens ne me nuyt) Feront tartes, flaons et goyeres, Et grant raillias à myenuit 1 562 (Riens n’y font sept pintes ne huit), Tant que gisent seigneur et dame; Puis après, sans mener grant bruit, Je leur ramentoy le jeu d’asne. 1566
CXLvIIL Îtem, et à filles de bien, Qui ont peres, meres et antes, Par m'ame ! je ne donne rien, Car j'ay tout donné aux servantes. 1570 Si fussent ilz de peu contentes :
Grant bien leur fissent mains loppins Aux povres filles (ennementes!) Qui se perdent aux Jacoppins, 1574
" CXLIX Aux Celestins et aux Chartreux; Quoy que vie mainent estroite, Si ont ilz largement entre eulx Dont povres filles ont souffrete ; 1578 Tesmoing Jaqueline et Perrete . Et Ysabeau qui dit : « Enné! » ; Puis qu'ilz en ont telle disette, À paine en seroit on damné. SS
CL Item, a la Grosse Margor, Tres doulce face et pourtraicture, Foy que doy brulare bigod, Assez devote creature ; 1586 Je l'aime de propre nature, Et elle moy, la douice sade :
Qui la trouvera d'aventure, Qu'on luy lise ceste ballade. 1 590
LB. de la BALLADE
Grosse Margot] Se j'ayme et sers la belle de bon hait, M'en devez vous tenir ne vil ne sot ?
Elle a en soy des biens a fin souhait.
Pour son amour sains bouclier et passot; Quant viennent gens, je cours et happe ung pot, 1505 Au vin m'en fuis, sans demener grant bruit; Je leur tens eaue, frommage, pain et fruit.
S’ilz paient bien, je leur dis : « Bene stat; Retournez cy, quant vous serez en ruit, En ce bordeau ou tenons nostre estat ! » 1600
LE TESTAMENT
Mais adoncques il y a grant deshait,
Quant sans argent s’en vient couchier Margot ; Veoir ne la puis, mon cuer a mort la hait.
Sa robe prens, demy saint et surcot,
Si luy jure qu’il tendra pour l'escot. 1605 Par les costés se prent, « c’est Antecrist »
Crie, et jure par la mort Jhesucrist
Que non fera. Lors j'empongne ung esclat ; Dessus son nez luy en fais ung escript,
En ce bordeau ou tenons nostre estat. C6
Puis paix se fait, et me fait ung gros pet Plus enflambé qu’ung vlimeux scharbot.
Riant, m'’assiet son poing sur mon sommet, Gogo me dit, et me fiert le jambot.
. Tous deux yvres, dormons comme ung sabot. 1615
Et, au resveil, quant le ventre luy bruit,
Monte sur moy, que ne gaste son fruit.
Soubz elle geins, plus qu’un aiz me fait plat;
De paillarder tout elle me destruit,
En ce bordeau ou tenons nostre estat. 1620
Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuit.
Je suis païllart, la paillarde me suit.
Lequel vault mieulx ? Chascun bien s ’entresuit. 1623 L'ung vault l’autre; c'est à mau rat mau chat. Ordure amons, ordure nous assuit ;
Nous deffuyons onneur, il nous defuit,
En ce bordeau ou tenons nostre estat. 1627
Item, a Marion l’Idolle
Et la grant Jehanne de Bretaigne
Donne tenir publique escolle
Ou lescollier le maistre enseigne. 1631