CXXIX
Item, vueil que le jeune Merle Desormais gouverne mon change,
Car de changier envys me mesle, Pourveu que toujours baille en change, Soit a privé soit a estrange,
Pour trois escus six brettes targes, Pour deux angelotz ung grant ange :
Car amans doivent estre larges.
Item, j'ay sceu en ce voyage
Que mes trois povres orphelins
Sont creus et deviennent en aage
Et n'ont pas testes de belins,
Et qu’enfans d’icy a Salins
N'a mieulx sachans leur tour d’escolle.
Or, par l’ordre des Mathelins,
Telle jeunesse n’est pas folle.
Si vueil qu'ilz voisent a l’estude ; Ousur maistre Pierre Richier.
Le Donat est pour eulx trop rude :
Ja ne les y vueil empeschier,
Ilz sauront, je l’ayme plus chier, Ave salus, tibi decus,
Sans plus grans lettres enserchier :
Tousjours n’ont pas clers l’au dessus.
Cecy estudient, et ho!
Plus proceder je leur deffens.
Quant d’entendre le grant Credo, Trop forte elle est pour telz enfans.
Mon long tabart en deux je fens ;
Si vueil que la moitié s’en vende Pour leur en acheter des flans,
Car jeunesse est ung peu friande.
LE TESTAMENT
Et vueil qu’ilz soient informez
En meurs, quoy que couste bature ; Chaperons auront enformez
Et les poulces sur la sainture,
Humbles à toute creature,
Disans : « Han? Quoy? Il n’en est rien!
Si diront gens, par adventure :
« Vecy enfans de lieu de bien! »
Item, et mes povres clerjons, Auxquelz mes tiltres resigné :
Beaulx enfans et droiz comme jons :
Les voyant, m'en dessaisiné,
Cens recevoir leur assigné,
Seur comme qui l’auroit en paulme, À ung certain jour consigné,
Sur lostel de Gueuldry Guillaume ;
Quoy que jeunes et esbatans Soient, en riens ne me desplais? :
Dedens trente ans ou quarante ans Bien autres seront, se Dieu plaist.
Il fait mal qui ne leur complaist; Ilz sont tres beaulx enfants et gens; Et qui les bat ne fiert, fol est,
Car enfans si deviennent gens.
Les bources des Dix et Huit Clers.
Auront; je m'y vueil travaillier :
Pas ilz ne dorment comme loirs Qui trois mois sont sans resveillier.
Au fort, triste est le sommeillier Qui fait aisier jeune en’ jeunesse Tant qu’en fin lui faille veillier, Quant reposer deust en viellesse.