CLV
BALLADE {Ballade de bonne doctrine.]
« Car ou soies porteur de bulles,
Pipeur ou hasardeur de dez,
Tailleur de faulx coings et te brusles Comme ceulx qui sont eschaudez, 1695 Traistres parjurs, de foy vuydez; | Soies larron, ravis ou pilles :
Ou en va l'acquest, que cuidez ?
Tout aux tavernes et aux filles. 1699
« Ryme, raille, cymballe, luttes,
Comme fol, fainctif, eshontez ;
Farce, broulle, joue des fleustes ;
Fais, es villes et es citez, | 1703 Farces, jeux et moralitez ;
Gaigne au berlanc, au glic, aux quilles :
Aussi bien va, or escoutez !
Tout aux tavernes et aux filles. 1707
« De telz ordures te reculles,
Laboure, fauche champs et prez,
Sers et pense chevaux et mulles, | S'aucunement tu n'es lettrez ; 1711 Assez auras, se prens en grez.
Mais, se chanvre broyes ou tilles,
Ne tens ton labour qu’as ouvrez
Tout aux tavernes et aux filles ? 1715
« Chausses, pourpoins esguilletez,
Robes, et toutes vos drappilles,
Aiïins que vous fassiez pis, portez
Tout aux tavernes et aux filles. 1719
LE TESTAMENT
« À vous parle, coinpaings de galle :
Mal des ames et bien du corps.
Gardez vous tous de ce mau hasle
Qui noircist les gens quant sont mors;
Eschevez le, c’est ung mal mors; Passez vous au mieulx que pourrez; Et, pour Dieu, soiez tous recors Qu’une fois viendra que mourrez. »
Item, je donne aux Quinze Vings
(Qu’autant vauldroïit nommer Trois Cens)
De Paris, non pas de Provins,
Car a eulx tenu je me sens;
Ilz auront, et je m'y consens,
Sans les estuys, mes grans lunettes, Pour mettre a part, aux Innocens,
Les gens de bien des deshonnestes.
Icy n’y a ne ris ne jeu.
Que leur vault il avoir chevances, N'’en grans lis de parement jeu, Engloutir vins en grosses pances, Mener joye, festes et dances,
Et de ce prest estre a toute heure ?
Toutes faillent telles plaisances, Et la coulpe si en demeure.
Quant je considere ces testes Entassees en ces charniers,
Tous furent maistres des requestes, Au moins de la Chambre aux Deniers, Ou tous furent portepanniers :
Autant puis l'ung que l'autre dire, Car d’evesques ou lanterniers
Je n’y congnois rien a redire.
CEXIIT
CLIX, 1720 — CLXVI, 1783
Et icelles qui s’enclinoient
Unes contre autres en leurs vies, Desquelles les unes regnoiïent Des autres craintes et servies,
La les voy toutes assouvies, Ensemble en ung tas peslemesle :
Seigneuries leur sont ravies” Clerc ne maistre ne s’y appelle.
Or sont ilz mors, Dieu ait leurs ames!
Quant est des corps, ilz sont pourris.
Aient esté seigneurs ou dames, Souef et tendrement nourris
De cresme, fromentee ou riz,
Leurs os sont declinez en pouldre, Auxquelz ne chault d’esbatz ne ris.” Plaise au doulx Jhesus les absouldre !
Aux trespassez je fais ce laiz,
Et icelluy je communique
À regens, couts, sieges, palaiz, Hayneurs d’avarice l'inique, Lesquelz pour la chose publique Se seichent les os et les corps :
De Dieu et de saint Dominique Soient absols quant seront mors !
Item, riens a Jaquet Cardon,
Car je n'ay riens pour luy d’honneste, Non pas que le gette habandon,
Sinon ceste bergeronnette ;
S’elle eust le chant « Marionnette », Fait pour Marion la Peautarde,
Ou d « Ouvrez vostre huys, Guillemette »,
Elle allast bien a la moustarde :
CEX VII