‹ Œuvres FablesChapitre 100 sur 131 · LE PROCÈS DES DEUX RENARDS · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DES DEUX RENARDS

'uE je hais cet art de pédant,

Cette logique captieuse , ^

Qui d'une chose claire en fait une douteuse, D'un principe erroné tire subtilement

Une conséquence trompeuse ,

Et raisonne en déraisonnant !

Les Grecs ont inyenté cette belle manière :

Hs ont ùii plus de mal qu'ils ne croyoient en 6ire. Que Dieu leur donne paix ! Il s'agit d'un renard , Grand argumentateur , célèbre babiUard,

Et qui montroit la rhétorique.

Il tenoit école publique , Avoit des écoliers qui payoient en poulets.

Un d'eux, qu'on destinoit à plaider au palais, Devoit payer son maître à la première cause

Qu'il gagneroit : ainsi la chose Avoit été réglée et d'une et d'autre part.

Son cours étant fini , mon écolier renard '

Intente un procès à son maître, Disant qu'il ne doit rien. Devant le léopard

Tous les deux s'en vont coraparoitre.

Monseigneur, disoit l'écolier, Si je ^gne , c'est clair, je ne dois rien payer;

j^a FABLES.

Si je perds , nulle est sa créance \

Car il convient que l'ëcliëance

N'en devoit arriver qu'après

Le gain de mon premier procès :

Or, ce procès perdu , ]e juis quitte , je pense :

Mon dilemme est certain. Nenni , ^ Répondoit aussitôt le maître ,

Si yous perdez, payez ; la loi l'ordonne ainsi.

Si vous gagnez , sans plus remetuv j

Payez ; car vous avez signé Promesse de payer an premier plaid gagné :

Vous y voilà. Je crois l'argnment sans réponse. Chacun attend alors que le juge prononce,

Et l'auditoire s'étonnoit

Qu'il n'y jetât pas son bonnet.

I^ léopard rêveur prit enfin la parole :

Hors de cour, leur dit-il^ défense k l'écoliflr

De continuer son métier,

An maître de tenir école.

LIYRB V. 17!

FABLE IV

LA COLOMBE ET SON NOURRiSSOIf.

UiiE colombe gémissoit

De ne pouvoir devenir mère :

Elle avoit fait cent ibis tout ce qu'il falloit fiûre Pour en venir à bout , rien ne rëussissoit.

Un jour , se promenant dans un bois solitaire ,

Elle rencontre en un vieux nid Un oeuf abandonne , point trop gros , point petit ,

Semblable aux cenft de tourtorelle.

Ah ! quel bonbeur ! s'écria-t-elle :

Je pourrai donc enfin couver,

Et puis nourrir, puis ëlever, Un enfant qui fera le charme de ma vie !

Tous les soins qu'il me coAtera ,

Les tourments qu'il me causera , Seront encor des biens pour ipon âme ravie :

Quel plaisir vaut ces soucis-là ?

Cela dit, dans le nid la colombe établie Se met à couver l'œuf, et le couve si bien,

Qu'elle ne le quitte |>our rien , Pas même pour m&n|^; l'amour nourrit les mèret. Après vingt et un jours elle voit naître enfin Celui dont elle attend son bonheur, son destin ,

Et ses délices les plus chères.

De joie elle est prâte à mourir \

1^4 FABLEa

Auprès de son petit nuit et jour elle veille , L'ëcouie respirer, le regarde dormir ,

S'épuise pour le mieux nourrir.

L'enfant chéri vient à merveille ,

Son curps grossit en peu de temps :

. Biais son bec^ ses yeux et ses ailes

Difi^renc fort des tourterelles ;

La mère les voit ressemblants.

A bien élever sa jeunesse Elle met tous ses soins , lui préthe la sagesse, Et surtout l'amitié , lui dit à chaque instant :

Pour être heureux , mon cher enÊuit , Il ne ùnt que deux points , la paix avec soi-même , Puis quelques bons amis dignes de nous chérir. La vertu de la paix nous fait seule jouir *,

Et le secret pour qu'on nous aime , C'est d'aimer les premiers , £K:ile et doux plaisir.

Ainsi parloit la tourterelle ,

Quand , au milieu de sa leçon ,

Un malheureux petit pinson, Échappé de son nid, vient s'abattre auprès d'elle. Le jeune nourrisson à peine l'aperçoit ,

Qu'il court à lui : &a inère croit Que c'est pour le traiter comme ami, comme fi^re,

Et pour offrir au voyageur

Une retraite hospitalière.

Elle applaudit déjà : mais quelle est sa douleur , Lcrsqu'eUe voit son fils , ce fils dont la jeunesse N'entendit que leçons de vertu, de sagesae, Saisir le foible oiseau, le plumer, le manf^,^

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