LIVRE V
DTaillears, oà Tit-on mieux? Quant à rotre colëra G>ntre ces eooemis qui n'en veulent qu'à vous,
Je pense , ma sœur, entre nous ,
Que c'est peut-être une chimère , Et que l'orgueil souveut donne ces visions.
Pëdaignant de répondre à ces sottes raisons , La sauterelle part , et sort de la prairie,
Sa patrie»
Elle sauta deux jours pour faire deitt cents pas. Alors elle se croit au bout de l'hémisphère) Chez un peuple inconnu y dans de nouveaux États ;
Elle admire ces beaux dimais, Salue avec respect cette rive étrangère.
Près de Ik , des épis nombreux Sur de longs chalumeaux, à six pieds de la terre, Ondoyants et pressés se balançoient entre eux.
Ah ! que vdiià bien mon afl^re !
Dit-elle avec transport : dans ces sombres taillis le trouverai sans doute un désert solitaire , C'est un asile sûr contre mes ennemis.
La voilà dans le bled. Mais, dès l'aube suivante,
Voici venir les moissonneurs.
Leur troupe nombreuse et bruyante SVtcnd en demi-cercle } et, parmi les clameniS|
Les ris , les chants des jeunes filles , Les épis entassés tombent sous les faucilles , La terre se découvre , et les blés abattus
Laissent voir les sillons tout nus.
Pour le coup , s'écrioit la triste sauterelle , Voilà qui prouve bien la haine universelle Qui partout me poursuit : à peine en oe pays
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A-t-on su qae } Vtois , qu'un peuple d'ennemis '
S'en vient pour chercher sa victime.
Dans la fureur qui les anime, Employant contre moi les plus affreux moyetis? De peur que je n'échappe , ils ravagent leurs biens : Ils y mettroient le feu, s'il ëtoit nécessaire. Eh ! messieurs , me voilà , dit-elle en se montrant -,
Finissez un travail si grand ,
Je me livre à votre colère.
Un moissonneur, dans ce mSment, Par hasard la distingue : il se baisse, la prend» Et dit , en la jetant dans une herbe fleurie :
Va manger, ma petite amie.
FABLE XVI