LE HÉHISSON ET L S LAPINS
Il est certains esprits d'un naturel hargneux Qui toujours ont besoin de guerre ; -
Ils aiment à piquer, si plaisent à déplaire ,
Et montrent pour cela des talents merveilleux. Quant à moi , je les fois salis cesse ,
Eussent-ils tous les dons et tous les attributs ;
J'y veux de l'indulgence on de la politesse ; C'est la parure des vertus.
Un hérisson , qu'une tracasserie Avoit forcé de quitter sa patrie,
Dans un grand terrier de lapins
Vint porter sa misanthropie.
Il leur conta ses longs chagrins , Contre ses «nnemis exhala bieû sa bîle ,
19a FABLES.
Et finit par prier les hôtes souterrains
De vouloir lui donner asile.
Volontiers, lui dit le doyen :
Pou» sommes bonnes gens, nous vivons comme ÉrifHy Et nous ne connoissons ni le tien ni le mien ; Tout est oominun ici : nos plus grandes affaires
Sont d'aller , dès Faube du jour , «
Brouter le serpolet, jouer «nr l'herbe tendre : Chacun , pendant ce temps» ientinelle ù son Tour , Veille sur le chasseur qui voudroit nous surprendre ; S'il l'aperçoit, il frappe, et nous voilà blottis.
Avec nos femmes, nos petits
Dans la gaîtië, dans la concorde, Nous passons les instants que le ciel nous acôorde.
Souvent ils sont prompts à finir; Les panneaux, les furets abrègent notre vie,
Raison de plus pour en jouir.
Du moins , par l'aniitië , l'amour et le plaisir , Autant qu'elle i^ duré, nous l'avoir embellie :
Telle est notre philosophie.
Si cela vous convient, demeurez avec noua.
Et soyez de la colonij; ; Sinon, faites l'hooneur à notre compagnie D'accepter à diner, puis retournez chez vous.
A ce discours plein de sagesse , Le hérisson repart qu'il sera trop heureni
De passer ses jours avec eux.
Alors chaque lapin s'empress»
D'imiter l'honnête doyen
Et de lui faire politesse.
Jusqoefl au sctir tout alla bien.