‹ Œuvres FablesChapitre 128 sur 131 · EGLOGUE · texte numérisé non relu

EGLOGUE

Le 9oleil n'avait pas coxmneiicé sa carrière, Qiie Ruijj est dans le champ. Les moissonneurs lasaét Ponnaient près des épis autour d'eux disperses : Le jour commence à naître ; aucun ne se rèveilk. MaiSf aux premien» rayons de l'aurcxv vermeille, Parmi ses serviteurs Rutb reconnaît Booc.

D'un paisible sommeil il goûtait le repos ; Des gerbes soutenaient sa tête vénérable.

Ruth s'arrête : O vieillard , soutien du misérable-, * Que l'ange, du Seigneur garde tes cheveux blancs ! Dieu pour se faire aimer doit prolonger tes ans. Quelle sérénité se peint sur ton visage !

Comme ton cœur est pur, ton front est sans nuage. Tu dors, et tu parais méditer des bien£dts :

Un songe t'ofire-t-il les heureux que tu fais? Ah ! s'il parle de moi , de ma tendresse extrême , Crois-le ; ce songe , hélas ! est la vérité mtoie.

Le vieillard se réveille à des aocens si doux. Pardonnei , lui dit Ruth , j'osais prier pour vous \ Mes voeux éuienf^' dictés par la reconnaissatice : Chérir son bienfaiteur ne peut être' une offense; Un sentiment si pur doit-il se réprimer ?

Nop , ma mère me dit que je pub vous aimer.

De Noémi dans moi reconnaissez la îSSb :

Est-il vrai que Booz soit de notre fianille ? Mon cG^r et Noémi me l'assurent tous deux.

O ciel ! répond Booz , ô jour trois fois heureux ! Vous êtes cette Ruth, cette aimable étrangère Qui laissa son pays et ses dieux pour sa mère ! Je suis de vobre sang ; et, selon notre loi,

ao8 RUTH»

Votre tapons doit trouver un successeur en moi. Ifais puis-je réclamer ce noble et saint usage ? Jecnins que mes vieux ans n'effarouchent votre dge : Ao mien Ton aime encor, près de vous je le sens ; Mais peut-on jamais plaire avec des cheveux blancs? Dissipez la frayeur dont mon âme est saisie : Moïse ordonne en vain le bonheur de ma vie ; Si je suis heureux seul , ce n'est plus un bonheur.

Ah! que ne lisez- vous dans le fond de mon cœur! Lui dit Ruth ; vous verriez que la loi de ma mère Me devient dans ce jour et plus douce et plus chère. La rougeur, à ces mots, augmente ses attraits. Booz tombe à ses pieds : Je vous donne à jamais Et ma main et ma foi : le plus saint hyménée Aujourd'hui va m'unir à voire destinée.

'A cette fête, hélas ! nous n'aurons pas l'amour ; Mais l'amitié suffit pour en faire un beau jour. Et vous , Dieu de Jacob , seul maître de ma vie , Je ne me plaindrai point qu'elle me soit ravie ; Je ne veux que le temps et l'espoir, ô mon Dieu, De laisser Ruth heureuse, en lui disant adieu.

Ruth le conduit alors dans les bras de sa mètfL Tous trois à l'Étemel adressent leur prière ; Et le plus saint des noeuds en ce jour les uniiC Juda s*en glorifie : et Dieu , qui 1^ bénit, Aux désirs de Booz permet que tout réponde.

Belle comme Rachel , comme Lia féconde.

Son épouse eut un fils (i) ; et cet enfimt si beau t ■ ■ ■ ■

(i) Tulit itaque Booz Ruth, et accepitjuxorem....

ÉGLOOUE. 109

Des bienfaits du Seigneur est on gage noaTeta t C'est l'aïeul de David. Noémi le caresse; Elle ne peut quitter ce 6ls de m tendresse , Et dit , en le montrant sur son sein endormi : Yous pouvez maintenaDt m*ap(»e]er NoémL

De ma sensible Ruth , prince , acceptes l'bomBuigtt U a fallu monter jusques au jNremier âge Pour trouver un mortel qu'on pût vous comparer. En honorant Booz , j'ai cru vous honorer :

.Vous avez sa vertu, sa douce lûen£adsance ; Vous moissonnez aussi pour nourrir Tindigenoe : Pieux comme Booz, austère avec douceur, Vous aimez les humains, et craignez le Seigneur, Hëlas ! un seul soutien manque à votre £unille : Vous n'épousez pas Ruth ; mais vous l'avez pour fille*

et dédit illi Dominus ut condperet et pareret filium. Susceptumque Noemi puerum posuit in sinu suo, ai nutricis ac gerulse fiin;^ebatur ofl&eîo.

PIV.

id.

Page 1