‹ Œuvres FablesChapitre 127 sur 131 · A S. A. S. MONSEIGNEUR LE DUC DE PENTHIÈVRE · texte numérisé non relu

A S. A. S. MONSEIGNEUR LE DUC DE PENTHIÈVRE

JLe plus saint 'des devoirs, celui qu'en traits de flamme La nature a gravé dans le fond de notre ftme , C'est de chérir lobjet qui nous donna le jour. Qu'il est doux à remplir ce précepte d'amour ! Voyez ce £uble enfimt que le trépas menace ; U ne sent plus ses maux quand sa mère l'embrasse : Dans Tâge des erreurs , ce jeune homme fougueux n'a qu'elle pour ami dès qu'il est malheureux : Ce vieillard qui va perdre un reste de lumière Retrouve encor des pleurs en parlant de sa mère. Bien&it du Créateur, qui daigna nous choisir Pour première vertu notre plus doux plaisir!

fi fit plus : il voulut qu'une amitié si pure Fût un bien de l'amour comme de la nature, Et que les noeuds d'hymen , en doublant nos parent, Tinssent multiplier nos plus chers sentimeni. C*est ainsi que, de Ruth récompensant le zèle, De ce pieux respect Dieu nous donne on modèle.

201 RTTH,

Lonqn*ai]trefois un juge ( i), aunom He l'Éternel, Gouvernait dans Maspha les tribus d'Israël , Du coupable Juda Dieu permit la ruine.

Des murs de Betbicem chassés par la famine ^ Noémi, son époux, deux fils de leur amour, Dam les champs de Moab Tont fixer leur séjour. Bient(âi de Noémi les fib n'ont pins de pèr« : Chacun dVux prit pour lemme une jeune ëfrangbraî Et la mort les frajppa* Ia triste Noémi , Sans époux, sans enlans, chez un peuple ennemi, Tourne ses yeux en pleurs vers sa chère patrie. Et prononce en partant, d'une voix attendrie, Cet mots qu'elle adressait aux veoyei de ses fib :

Bnth, Orpha, c*en est fiiit, mes beaux jours sont finis; Je retourne en Juda mourir où je suis née.

Mon Dieu n*a pas voulu bénir votre hyménés : Que mon Dieu soit béni ! Je vous rends votiie ibL Puissiez-vous étn un jour plus heureuses que md ! ■Votre bonheur fendrait ma peine moins amtee. Adiieu : n'oublies pas que je fiis votre mère.

Elle les presse «lors sur son coeur palpitant. Orpha baisse les yeux, et pleure en lé qnîttaiit. Ruth demeure avec elle: Ah! laisses-moi VQttssiime(i);

(i) In diebus unîns jndicÎB, quandô judicetf pnt^ erant, fitcta est fiunes in terra. Alnitqae hotfb dé Bethléem Juda, ut peregrinaretnr in legione nim* bitide, eum uxore sua ae dnobos libêrb, etc.

(2) THe adverseris milû, ut rclinqnamte etaHekm: quocnmquè enim perrexeris, pergam; et obi monu .

É6L06UE ao3

Partout où vous vivrez , Ruth près de vous doit ytfne . IS'êtes-vous pas ma mère en touljtemps, en tout lieu? Votre peuple est mon peuple , et votre Dieu mon Dieu. La terre où vous mourrez verra finir UipL TÎe ; Ruth dans votre tombeau veut être ensevelie : Jusque-là vous servir sera mes plus dovtx soins ; Nous soufirirous ensemble, et nous soufirirons moins.

Elle dit. C'est en vain que Noémi la pres^ De ne point se charger de sa triste vieifiesse ; Ruth , toujours si docile à son moindre désir , Pour la première fois refuse d'obéir. "^^

Sa main de Noémi saisit la main tremblante , Elle guide et soutient sa marche dé£ûllante, Lui sourit, Vencourage, et, quittant ces climats, • De l'antique Jacob va chercher les États.

De son peuple chéri Dieu réparait les pertes : INoéroi de moissons voit les plaines couvertes. Enfin , s'écria-t-elle en tombant à genoux , Le bras de l'Étemel ne pèse plus sur nous ; Que ma reconnaissance à ses yeux se déploie ! Voici les premiers pleurs que je donne à la joie. Vous yoyex Bethléem , ma fille : cet ormeau De là tendre Rachel vous marque le tombeau.

Le front dans la poussière , adorons en silence Dii Dieu de mes aïeux la' bonté , la puissance :

fiieris, et ego parher morabor. Populus tuus popQlus meus, et Deus tuus Deus' meus. Quas te terra minientem suscepèrit, in ea moriar, ibique'locam accipiam sepulturae.

ao4 RUTH,

C'est îd qu'Almbam pariait à l*ÉteifieL

Ruth baise avec respect la terre âlaraêL

Bientôt de leur retour la nouvelle est semée A peine de ce Inruit la ville est informée, Que tous vers Noëmi précipitent leurs pas.

Plus d'un vieillard surpris ne la reconnaît pas : Quoi ! ( I ) c'est là If oémi ? Non , leur répondit-elle , Ce n'eM plus Noémi : ce nom veut dire belle ; J'ai perdu ma beaatë, mes fils et mon ami :

Nommez-moi malheureuse , et non pas Noémi*

Dans ce temps, de Juda les nombt^ftuses^pnilles Recueillaient les ëpis tombant sous le» £iucille9 : • Ruth veut aller glaner. Le jour à peine luit, Qu'aux champs du vieux Booz le hasard la conduit; De Booz dont Juda respecte la sagesse , Vertueux sans orgueil, indulgent sans £dblesse , Et qui , des malheureux l'amour et le soutien, Depuis quatre-vingts ans £ut tous les jours du bien.

Ruth ( 3l) suivait dans son c hamp la demitee glanease : Étrangère et timide , elle se trouve heureuse

( I } Dicebantque : Hœc est illa Noemi ? Quibus ait : Ne vocetis me Noemi Hd est pulchram); sed voctte iDt Mara (id est amaram):quia amaritudine vald& replevit me Omnipotens. Egressa snm plena; et vacuam reduxit me Dominus.

(a) Et eoUigebat spicas post teiga metentiuiiLi.... Et ait Booz ad Ruth : Audi, filia ; ne vadas in alterum agrum ad colligendum...Si sitieris, vade ad saicinulas, et bibe aquas de quibus et pueri Inbont

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De raîfiasser Fëpi qu'une autre a dédaigne.

Booz , qui l'aperçoit , vers elle est entraîné :

Ma fille , lui dit-il , glanez près des javelles ;

Les pauvres ont des droits sur des moissons si belles.

Mais vers ces deux palmiers suivez plutôt mes pas f

.Tenez des moissonneurs partager le repas ,

lifi maître de ce champ par ma voix vous l'ordonne;

Ce n'est que pour donner que le Seigneur nous donne.'

Il dit : Ruth à genoux de pleurs baigne sa main.

Le vieMard la conduit au champêtre festin.

Les moissonneurs , channës de ses traits , de sa grâce|

Veulent qu'au milieu d'eux elle prenne sa place ,

De leur pain , de leurs mets lui donnent la moitié:

Et Ruth, riche des dons que hii fait l'amitié,

Songeant que Noémi languit dans la misère ,

Pleure, et garde son pain pour en nourrir sa mère ( i }.

Bientôt elle se lève , et retourne aux sillons. Booz parle à celui qui veillait aux moissons : Fais tomber, lui dit-il, les épis autour d'elle, Et prends garde surtout que rîen ne te décèle : Il faut que sans te voir elle pense glaner, Tandis que par nos soins elle va moissonner.

(i)Sedit itaque ad messorum latus, et congesdt polgitam sijbi, comeditque... et tulit reUquias ; atque indè surrexit, ut spicas ex more colligeret. Precepit autem Booz pueris suis, dicens.... De vestris manipulis projidte de industria , et remanere permittite , ut absque rubore colligat.

2o6 RUTH,

Épargne II sa pudeur trop de recoaiiaiisaiice , Et gardons le secret de notre bienfiôsanœ.

Le zélé serviteur se pœsse d'obâr ?

Partout aux yeux de Rmh on épi vient 8*ofiv ; Elle porte ses biens vers le toit solitaire Où Noémi cachait ses pleurs et sa misère.

Elle arrive en chantant : Bénissons le Sei|gneury ])it-«lle ; de Booz il a touché le cœur.

A glaner dans son champ ce vieillard m*enoourage ; U dit que sa moisson du pauvre est l'héritage. De «on travail (i) alors elle montre le fruit. Oui , lui dit Noémi , l'Étemel vous oonduk :

Il vent votre bonheur, n'en doutez point, ma fiMc. Le vertueux Booz est de notre famille ; Et nos lois...,. Je ne puis vous expliquer ces mots, Mais retournez demain dans le champ de Booz ; n vous demandera quel sang vous a &it naître ; Répondez : Noémi vous le fera connaître ; La veuve de son fils embrasse vos genoux.

•Tous mes desseins alors seront connus de vous* Je n'en puis dire plus : soyez sàre d'avance Que le sage Booz respecte l'imiooeDce ; Et que vous voir heureuse est mon plus cher désir (a }. Buth embrasse sa mère , et promet d^obéir.

Bientôt un doux sommeil vient fermer sa paupière.

(i) Portans reversa est, et ostendit socrui sus; et dédit ei de reliquiis dbi sui , etc.

(a) Filia mea, quaeram tibi requiem, et providebo ut benè sit tibi. Ijooz iste propinquus noster est, etc.

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