‹ Œuvres FablesChapitre 47 sur 131 · LE LINOT · texte numérisé non relu

LE LINOT

UtfE linotte avoit un fila

Qu'elle adoroit selon l'usage ; C'étoit Tunique fruit du plus doux mariage, Et le plus beau linot qui fût dans le pays.

Sa mère en étolt folle y et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Étoient pour cet enfant épuisés chaque jour.

Notre jeune linot , fier de ces avantages , Se croyoit un phénix , prenoit l'air suffisant,

Tranchoit du petit important

Avec les oiseaux de son âge :

Persifloit la mésange où bien le roitelet ,

Donnoit à chacun son paquet , Et se faisoit haïr de tout le voisinage.

Sa mère lui dboit : Mon cher fils , sois plus sage , Plus modeste surtout. Hélas ! je conçois bien Les dons , les qualités qui fiu>ent ton partage ;

Mais feignons de n'en savoir rien ,

Pour qu'on les aime davantage.

A tout cela notre linot

Répondoit par quelque bon mot ; La mère en gémissoit dans le fond de son ime.

Un vieux merle, ami de U dame,

Lui dit : Laissez aller votre fils au grand Iboîs ,

Je vous ri^nds <{u'avaiit un mois n sera saûs dë&uts. Vous jugez des alarmes De la mère , qni pleure et frémit du dax^er ; Mais le jeune linot brûloit de voyager ,

n partit donc m^ré-Ses larmes.

A peine est-il dans la forêt,

Que notre petit personnage

Du pivert entend le ramage ,

Et «e moque de son fftuàset.

Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie Vient à bons coups de bec pltimer le persîflem ,

Et, deux jours après, une pie Le dégoûte à jamais du métier de railleur* Il lui restoit encor la vanité secrète

De se croire excellent chanteur;

Le rossignol et la Êiuvette

Le guérirent de son oreur.

Bref, il retourna chez sa mère

Doux , poli , modeste et charmant.

Ainsi l'adversité fit, dans un seul moment.

Ce que tant de leçons n'avoient jamais pu ûûre.

Fin DU llTtlE srCOUB.

Page 1