LE LINOT
UtfE linotte avoit un fila
Qu'elle adoroit selon l'usage ; C'étoit Tunique fruit du plus doux mariage, Et le plus beau linot qui fût dans le pays.
Sa mère en étolt folle y et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Étoient pour cet enfant épuisés chaque jour.
Notre jeune linot , fier de ces avantages , Se croyoit un phénix , prenoit l'air suffisant,
Tranchoit du petit important
Avec les oiseaux de son âge :
Persifloit la mésange où bien le roitelet ,
Donnoit à chacun son paquet , Et se faisoit haïr de tout le voisinage.
Sa mère lui dboit : Mon cher fils , sois plus sage , Plus modeste surtout. Hélas ! je conçois bien Les dons , les qualités qui fiu>ent ton partage ;
Mais feignons de n'en savoir rien ,
Pour qu'on les aime davantage.
A tout cela notre linot
Répondoit par quelque bon mot ; La mère en gémissoit dans le fond de son ime.
Un vieux merle, ami de U dame,
Lui dit : Laissez aller votre fils au grand Iboîs ,
Je vous ri^nds <{u'avaiit un mois n sera saûs dë&uts. Vous jugez des alarmes De la mère , qni pleure et frémit du dax^er ; Mais le jeune linot brûloit de voyager ,
n partit donc m^ré-Ses larmes.
A peine est-il dans la forêt,
Que notre petit personnage
Du pivert entend le ramage ,
Et «e moque de son fftuàset.
Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie Vient à bons coups de bec pltimer le persîflem ,
Et, deux jours après, une pie Le dégoûte à jamais du métier de railleur* Il lui restoit encor la vanité secrète
De se croire excellent chanteur;
Le rossignol et la Êiuvette
Le guérirent de son oreur.
Bref, il retourna chez sa mère
Doux , poli , modeste et charmant.
Ainsi l'adversité fit, dans un seul moment.
Ce que tant de leçons n'avoient jamais pu ûûre.
Fin DU llTtlE srCOUB.