‹ Œuvres FablesChapitre 48 sur 131 · LES SINGES ET LE LÉOPARD · texte numérisé non relu

LES SINGES ET LE LÉOPARD

Des siflges dans un bois jouoient à la main chaude ;

Certaine guenon moricaude' ) Assise gravement, tenoit sur ses genoux La tète de celui. qui , courbant son échine.

Sur sa main recevoit les coups.

On frappoit fort , et puis devine !

Il ne devinoit point ; c'étoit alors des ris ,

Des sauts , des gambades , des cris.

Attiré par le bruit du fond de sa tanière , Un jeune lëopard , prince assez débonnaire } Se présente au milieu de nos singes joyeuXi Tout tremble à son aspect. Contiquez vos jeux, Leur dit le léopard, je n'en veux à personne :

Rassurez- vous, j'ai Tâme bonne; Et je viens même ici , comme partîcub'er ,

A vos plaisirs m'associer.

Jouons , je suis de la |>artîeT

AJb ! moBseigneur , quelle l^nté !

Quoi ! votre altesse veut, qtiittant sa dignité, Descendre jusqu'à i)qus ? — ^^Oui , c'est ma fantaîsîe. Mon altesse eut toujours de la philosophie,

ipo FABLES.

Et MDt i^ tons les animaux Sont èf^woL Jouons donc, mes amis, jouons, je vous en prie. Le(i singes enchantés crurent à ce discours,

Gomme l'on y croira toujours.

Toute la troupe joviale Se remet à jouer : l'un d'entre eux tend la main ,

Le léopard frappe, et soudain On voit couler du sang sous la griffe royale. Lé singe cette fois devina qui frappoit;

Mais il s'en aUa sans le dire.

Ses compagnons £iisoient semblant de rire,

Et le léopard seul rioit.

Bientôt chacun s'excuse et s'échappe à la hâte

En se disant entre leurs dents :

Ne jouons point avec les grands , Le plus doux a toujours des griffes à la patte.

FABLE IL

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