LIVRE IIL loi
Pour prix die leurs travaux, leur donnoit tousses ans
De beaux blës' et de beaux enânts.
Mais il £iut bien souffrir, c'est notre destinée.
Or il arriva qu'une année,
Dans le mois où le blond Pbébus S'en va faire visite au brûlant Sirius,
La terre , de sucs épuisée^
Ouvrant de toutes parts son sein ,
Haletoit sous un ciel d'airain.
Point de pluie et point de rosée.
Sur un sol crevassé Ton voit noircir le grain *, Les épis sont brûlés , et leurs têtes penchées
Tombent sur leurs tiges sécbées.
On trembla de mourir de faim ; La commune s'assemble. En hâte on délibère ;
Et chacun , comme à l'ordinaire ,
Parle beaucoup et rien ne dit.
Enfin quelques vieillards, gefls de sens et d'esprit,
Proposèrent tm parti sage :
Mrs amis . dirent-ils, d'ici vous pouvez voir
Ce mont peu distant du village :
Llk se trouve un grand lac , immense réservoir Des souterraines eaux qui s'y font un passage. Allez saigner ce lac ; mais sachez ménager
Un petit nombre de saignées , Afin qu'à votre gré vous puissiez diriger Ces bienÊûsantes eaux dans vos terres baignées. Juste quand il fiiudra nous les arrêterons.
Prenez bien garde au moins. . . . Oui , oui , courons , courons ,
S'écrie aussitôt l'assemblée.
Et Tpilà mille jeunes gens
loa FABLES.
Anne» d'iio jauz , de pics , et d'antres instnmienti , ^ Qni Yoleot vers le l«c : h terre ait travaillée Tout autour d^sfts. bords; on perce en cent endroits
A la fois :
D un morceau de terrain chaque ouvrier, se charge :
Courage , allons ! poiul de repos !
L'ouverture jamais ne peut être aasez large.
Cela fut bientôt fidt Avant la nuit, les eaux, l'ombant de tout leur poids sur leur digue affoiblie,
De partout roulent à grands flots.
Transports et complimcints de la troupe ébahie ,
Qui s'admire, dans ses travaux.
Le lendemain matin ce ne fut pas de mémie :
On voit flotter les Ués sur un océan d'eau , Pour sortir du village il ùpt prendre un b^tean ; Tout est perdu , noyé. La douleur est extrême , On s'en prend aux vieillards. C'est vous, leur disoit-on,
Qui nous coûtez notre moisson ; Votre maudit conseil.. Il ëtoit salutaire, Répondit un d'entre eux ; mais ce qu'on vient de faire Est fort loin du conseil comme de la raison.
Nous voulions un peu d!eau, vous nous I&chez la bonde ; L'excès d'un très grand bien devient un mal très grand :
Le sage arrose doucement,
L'insensé tout de suite inonde.
LiVafi III. io3
FABLE lll.
LE SANGLIER ET LES ROSSJ6NQLS.
U N homme lîche , sot et vain , Qualités qui parfois marchent de compagnie, Croyoit pour tous les arts avoir un goût divin , Et pensoit que son or lui donnoit du génie.
Chaque jour à sa table on voyoit réunis Peintres , sculpteiuji , -savants, artistes , beaux-esprits ,
Qui lui prodiguoiejit les hommages , Lui i^p^^^iç^d^ dessins, lui l)soi<^t éi,e» ouvrages, Écoutoient les conseils qu'il daignoit leur donner, Et l'appeloient Mécène en mangeant son dinei. Se promenant un soir dans son pu-c solitaire , Suivi d'u^, jardinier, homme instruit et de sens, Il vit un sanglier qui labçujFpit la terre , Comme ils font quelquefois pour aiguiser leurs dents. Autour dvL isanglier i les merles , les fauvettes , Surtout les rossignols , voltigeant , s'arrétânt , Répétoient à l'envi leurs douces chansonnettes ,
Et le suivoient toujours chantant.
L animal écontoit lliarpionieiix ramage Avec la gravité d'un docte connoisseur, Baissoit parfois la hure en signe de fav,fur, Ou bien y là seoonant, refusoit son suffrage.
Qu'est ced ? dit le financier :
io4 FABLES.
Gomment ! les diantres du bocage Pour leur juge ont choisi cet animal sauvage ?
Nenni , répond le jardinier :
De la terre par lui firaichement labourée Sont sortis plusieurs vers , excellente curée
Qui seule attire ces oiseaux ;
Ils ne se tiennent à sa suite
Que pour manger ces vermisseaux , fit l'imbécile croit que c'est pour son.miérîte.
FABLE IV
LE RHINQCÉHOS ET LE OROMiDAlEE.
U R rhinocéros jeune et fort
Disoit un jour au dromadaire :
' Expliquez-moi, s'il vous plaît, mon cher frère, . D'où peut venir pour nous l'injustice du sort Lliomme , cet animal puissant par son adresse » Vous recherche avec soin, vous loge, vous ehént.
De son pain même vous nourrit ,
Et croit augmenter sa richesse
En moltipliam votre espèce.
Je sais bien que sur votre dos Vous portez ses enfants, sa femme, ses &rdteaux; Que vous êtes l^er, doux., sobre, infatigable; J'en conviens franchement .: mais le rhinocéros
Des mêmes vertus est capable ]