‹ Œuvres FablesChapitre 54 sur 131 · LITRE III · texte numérisé non relu

LITRE III

Et s'en croyoit aimé parce qu'il les aimoit

Certain jour que, tranquille en son gîte, il dormoit,

Le bruit du cor l'ëveille , il décampe an plus vite ;

Quatre chiens s'élancent après,

Un maudix piqueur les excite , Et voilà notre lièvre arpentant l£s guérets.

Il ta , tourne , revient , aux mêmes lieux repasse ,

Saute , franchit un long espace Pour dévoyer les chiens , et prompt comme l'éclair , . Gagne pays , et puis s'arrête :

Assis , les /deux pattes en l'air , L'onl et l'oreilie au guet , il âève la tète , Cherchant s'il ne voit point quelqu'un de ses amis.

n aperçoit dans des taillis Un laptn que toujours il traita comme un frère ; n y court : par pitié , sauve-moi , lui dit-il ,

Donne retraite à ma misère , Ouvre-moi ton terrier ; tu vois l'affi'eux péril... Âh ! que j'en suis fôché I répond !d'un air tranquille Le lapin : je ne puis t'ofirir mon logement ,

Ma femme accouche en ce moment , Sa fiunille et la mienne ont rempli mon asile j

Je te plains bien sincèrement ; Adieu , mon cher ami. Cela dit , il s'échappe ,

Et voici la meute qui jappe.

Le pauvre lièvre part. A quelques pas plus loin , n rencontre un taureau que, cent fois au besoin» Il a voit obligé; tendrement il le prie D'arrêter un moment cette meute en furie

Qui de ses çpmes aura peur^ Hélas ! dit le taureau , ce sefbit de grand coeur :

Mais des. génisses la pins belle Est seule dans ce bois , je l'entends qui m'appelle : Et tu ne Youdrois pas retarder mon bonheur.

Disant ces mots , il part Notre lièvre , hors d'haleine, ^ Implore vainement un daim ^ un cerf dix cors , Ses amis les plus sûrs ; ils l'écoutent à peine ,

Tant ils ont peur du bruit des cors.

Le pauvre infortune, sans force et sans courage , AUoit se rendre aux chiens , quand du milieu du bois Deux chevreuils reposant sous le même feuillage

Des chasseurs entendent la voix :

L'un d'eux se lève et part ; la meute sanguinaire

Quitte le lièvre et court après.

En vain le piqueiur en colère Crie , et jure , et se fôche ; à travers les forêts

Le chevreuil emmène la chasse, Va faire un long circuit, et revient au buisson

Où l'attendoit son compagnon ,

Qui dans l'instant part à sa place.

Celui-ci fait de même ; et, pendant tout le jour y Les deux chevreuils lances et quittés tour à tour

Fatiguent la meute obstinée.

Enfin les chasseurs tout honteux Prennent le bon parti 4e retourner chez eunL

Déjà la retraite est sonnée , Et les chevreuils rejoints. Le lièvre palpitant S'approche, et leur raconte, en les félicitant, Que ses nombreux amis , dans ce péril extrême , L'avoient abandonné. Je n'en suis pas surpris , ' Répond un des chevreuils \ à quoi bon tant d'omb?

Un seul suffit quand il nous aime.

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