LIVRE IIL ii
Un soir qu'il retouraoit à son observatoire,
Entouré de ses eourdsans, Mes amis, disoit-il, enfin j'ai lieu de croire
Qu'avec mes nouveaux instruments Je verrai , cette nuit , des honunes dans la lune.
Votre majesté les verra , Rëpondoit-on ; la chose est même trop commune,
Elle doit voir mieux que cela.
Pendant tous ces discours , un pauvre , dans la rue , S'approche en demandant humblement, chapeau bas, Quelques maravëdis ; le roi ne l'entend pas, Et sans le regarder son chemin continue. ' Le pauvre suit le roi , tbujours tendant la main^ Toujours rencftivelant sa prière importune :
Mais , les yeux vers le del , le roi , pour tout refrain , Répétoit : Je verrai des hommes dans la lune.
Enfin le pauvre le saisit Par son manteau royal , et gravement lui dit : Ce n'est pas de là haut , c'est des lieux où nous sommes
Que Dieu vous a fait souverain.
Regardez à vos pieds ; là vous verrez des hommes ,
Et des hommes manquant de pain.
lo.
ii4 FABLES.