‹ Œuvres FablesChapitre 81 sur 131 · LE LABOUREUR DE CASTILLE · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR DE CASTILLE

Là E plus aimé des rois est toujours le plus fert.

En vain la fortune l'accable ; En vain mille ennemis , ligués avec le sort , Semblent lui présager sa perte inévitable :

L'amour de ses sujets , colonne inébranlable f

Rend inutile leur effort.

i44 FABLES.

Le petit-fils d'un roi, grand par son malhear mème^

Phflippe, sans argent, sans troupes, sans crédit.

Chasse par l'Ànglois de Madrid ,

Croyoit perdu son diadème.

Il fnyoit presque seul , déplorant son malheur : « Tout à coup à ses yeux s'ofiire un vieux laBoureur , Homme franc , simple et droit , aimant plus que sa vie Ses enfants et son roi , sa fenmie et sa patrie » I^arlant peu de vertu , la pratiquant beaucoup , Riche, et pourtant aimé, cité dans les Gastilles

Gomme l'exemple des familles.

Son habit , €àé par ses filles ,

Étoit ceint d'une peau de loup.

Sous un large chapeau, sa tête bien à l'aise Faisoit voir des yeux vifi et des traits basant ^

Et ses moustache de son nez

Desoendoient jusque sur sa firaise.

Douze fils le suivoient, tous grands, beaux, vigoureux. Un mulet chargé d or étoit au milieu d'eux.

Cet honmie , dans cet équipage , Devant le roi s'arrête , et lui dit : Où vas-tu ?

Un revers t'a^t-il abattu ?

Vaiiiement l'archiduc a sur toi l'avantage ; Cest tm.i|ui régneras , car c'est toi qu'on chérit.

Qu'importe qu'on t'ait pris Madrid ? Notre amour t'est resté , nos corps sont tes murailles ; Nous périrons pour toi dans les champs de l'honneur.

Le hjasard gagne les batailles ', Mois il faut des vertus pour gagner notre cœur. Ta l'as , tu régneras. Notre argent , notre vie , Toiit «st k toi , prends tout. Giraces h quarante ans

LivRffiy. 145

De travail et d'économie.

Je peux t^ofirir cet or. Voici me^ dooze enfimts , > Voilà douze soldats : malgré mes cheveux blancs , 7e ferai le treiziècoe; et, la guerre finie, Lorsque tes généraux, tes officiers, tes grands, Viendront te demander, pour prix de leur service,

Des biens ; des honneurs , des rubans , Nous ne demanderons que repos et justice :

C'est tout ce qu'il nous feut. Nous autres pauvres gens , Nous fournissons au roi du sang et des richesses ;

Mais , loin de briguer ses largesses ,

Moins il donne et plus nous l'aimons.

Quand tu seras heureux, nous fuirons ta présence »

Nous te bénirons en silence :

On t'a vaincu , nous teicherchons.

Il dit, tombe à genoux. D'uUB main paternelle Philippe le relève en poussant des sanglots ; Il presse dans ses bras ce sujet si fidèle , Veut parler , et les pleurs interrompent ses mots.

Bientôt , selon la prophétie Du bon vieillard, Philippe fut vainqueur,

Et sur le trôoe d'ibérie

N'oublia point le laboureur.

i46 FABLES.

FABLE IX

LA FAUYETTE ET LE ROSSIGROL.

U 9E faurette , dont la yois BnchcDUMt les échos par sa douceur extrême , Espéra surpasser le rossignol liii-iiièiiie, Et lui fit un défi. L'on choisit dans le bois Un lieu propre an combat : les juijes se placèrent,

C'étoient le linot , le serin ,

Le rouge-gorge et le tarm.

Tous les autres oiseaux derrière eux sa petchèrénL Deux vieux chardonnerets akdeux ieunes pinsons Furent gardes du camp ; le merle éioic trompette , n donne le signal. ÀUMÎt^ la fiiuvetta

Fait entendre les plus doux sons ;

Avec adresse elle varie De ses accents filés la touchante hannonie y Et ravit tous les cœurs par ses tendres chansons. L'assemblée applaudit Bitntdt on fiiit silence ;

Alors le rossignol commence :

Trois accords purs , égaux , Inrillants , Qtie termine une juste et parfaite cadence,

Sont le prélude de ses chants,

Ensuite son gosier flexible, Parcourant sans effort tous les tons de sa voix , Taotdt vif et pressé , tantôt lent et sensible ,

Écoiine et ravit à la fois.

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