‹ Œuvres FablesChapitre 85 sur 131 · LIVRE IV. i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. i

Diroit là-dessus son avis.

Ce dieu , coiSme Ton sait , n'est pas facile à vivre : Pour le faire parler il faut long-temps le suivre.

Près de son antre l'ëpier y

Le surprendre , et puis le lier ,

Maigre la figure effrayante

Qu'il prend et quitte à volonté.

Certain vieux courtisan , par le roi député , Devant le dieu marin tout à eoup se présente.

Celui-ci , surpris , irrité , Se change en noir seipent : sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas , Tandis que dans sa marche oblique et détournée, Il glisse sur lui même et d'un pli ùât un pas. Le courtisan sourit : Je connois cette allure , Dit- il , et mieux que toi je sais mordre et ramper.

Il court alors pour l'attraper :

Mais le dieu change de figure ; 1] devient tour à tour loup, singe, lynx, renard.

Tu veux me vaincre dans mon art, Disoit le com-tisan : mais, depuis mon enfance, Plus que ces animaux avide, adroit, rusé.

Chacun de ces tours-là pour moi se trouve usé. Changer d'habit , de mœurs , même de conscience ,

Je ne vois rien là que d'aisé.

Lors il saisit le dieu , le lie , Arrache son oracle , et retourne vainqueur.

Ce trait nous prouve, amilecteur, Combien un courtisan peut servir la patrie.

l5o FABLES.

FABLE XII

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