LE CHAT ET LES RATS
U N angora , que sa maîtresse
Nourrissoit de mets délicats ,
Ife faisoit plus la guerre aux rats ; Et les rats , connoissant sa bonté , sa paresse , Alloient , trottoient partout , et ne se génoient pas. Un jour, dans un grenier retiré, solitaire .
Qù notre chat dormoit après un bon festin ,
Plusieurs rats viennent dans le grain .
Prendre leur repas ordinaire.
i58 FABLES.
I/augora ne boogeoit. Alore mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur ; l'orateur de la troupe
Parle des ch^ts avec mépris.
On applaudit fort , on s'attroupe ,
On le proclame général.
Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal : Braves amis , dit-il , courons à la vengeance. De ce grain désormais nous dierons être las , Jurons de ne manger désormais que des cbats ; On les dit excellents , nous en ferons bombance. A, ces mots , partageant son belliqueux transport , Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance ,
Et réveiUe le chat qui dort.
Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère,
Couche bientôt sur la poussière
Général , tribuns et soldats.
Il ne s'échappa que deux rats Qui disoient, en fuyant bien vite à leur tanière :
Il ne faut point pousser à bout
L'ennemi le plus débonnaire ; On perd ce que l'on tient, quand on veut gagner tout.
FABLE XVIIL