‹ Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre (volume 2)Chapitre 14 sur 55 · LETTRE SUR LES GLACIÈRES DE SAVOIE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES GLACIÈRES DE SAVOIE

{Journal Helvéti^y Mai 1743.)

Monsieur ,

On vous a dit que l'on voyait k Genève, depuis une année ou deux, quelques relations manuscrites de différents voyageurs qui ont eu la curiosité d'aller examiner, dans le Faucigny, cette portion des Alpes qu'on appelle les glacières. On donne ce nom k une cbaine de montagnes qui occupe l'espace de six ou sept lieues, aies prendre en ligne droite dès le grand au petit Saint- Bernard, deux passages fort connus pour pénétrer en Italie. C'est de ces glacières que l'on tire le cristal. On prétend que, sur les cimes les plus élevées de ces montagnes , on voit des glaces perpétuelles , et qui doivent être aussi anciennes que fe monde. Yoilà de quoi piquer la curiosité d'un voyageur qui a quelque goût pour l'histoire naturelle. Vous jugez biai que l'on ne parvient pas sans peine dans des lieux aussi escarpés. C'est ce qui fait que vous aimez mieux vous en tenir à lire ce qu'on a écrit là-dessus, que de faire le voyage, et je trouve que vous avez raison.

Vous me demandez la copie de deux différentes relations qui ont paru là^dessus dans notre ville. Il y aurait beaucoup à transcrire; je suis un peu paresseux, et je n'ai point de secrétaire k ma disposition. Vous vous contenterez donc, s'il vous plait, d'une espèce d'extrait de ces deux écrits. Je tâcherai de refondre le tout ensemble , et de vous en rapporter au moins l'essentiel. C'est là le moyen d'être court, et de vous épargner l'ennui de lire deux fois la même chose.

La première de ces relations est de M. Windam , gentilhomme anglais, qui a demeuré quelques années à Genève. Toutes

les fois qu'en se promenant dans nos environs, il voyait les ci* mes chenues des Alpes , l'envie le prenait d'aller les visiter de plus près. Mais il lui fallait compagnie pour cela. On ne va pas seul dans ces pays perdus , et la plupart de ceux à qui il en avait fait la proposition, trouvaient la course trop pénible.

c< Heureusement, dit-il, au mois de juin 1741, arriva a Genève M. Pocock, voyageur anglais, qui venait de parcourir le Levant , qui avait voulu tout voir dans la haute et basse Egypte, et était, par conséquent, accoutumé à des voyages pénibles et dangereux. » M. Windam lui proposa ce petit voyage ; au premier mot, la curiosité du voyageur fiit piquée, et se tourna incessam* ment de ce côté-là. Il crut qu'après aroir visité les pyramides d'Egypte, ces prodiges de l'art, et les fameux obélisques si vantés par les antiquaires, il devait aller voir aussi les pyramides naturelles et les façons d'obélisques qui percent les nues dans les Alpes.

Cet exemple anima quelques autres Anglais, qui voulurent aussi être de la partie. Menacés des mauvais chemins et des mauvais gites, ils prirent les précautions lïécessaires. Us mené* rent avec eux une espèce d'hôtellerie ambulante , c'est-à-dire plusieurs dievaux de bât, chargés de provisions. Ils n'oublièreirt pas même de se pourvoir d'une tente, qu'ils jugèrent pouvoir leur être d'usage.

Mais, pour faire voir que ces messieurs pensaient à autre chose qu'à ta cuisine, un cheval de bât devait aussi être chargé d'instruments de mathématiques, pour prendre les hauteurs et faire toutes les observations physiques et géographiques qui se présenteraient. Mais on comptait sur un observateur : c'était M. Williamson, habile mathématicien , qui était alors à Genève avec lord Hadington qu'il accompagnait dans ses voyages. Ces deux messieurs furent arrêtés par quelque obstacle, et le cheval de bât déchargé en même temps de ces instruilients , dont le transport n'était pas aisé.

Cependant, Monsieur, n'y ayez point de regret. Ce vide a été

rempli par une seconde troupe genevoise , qui a fait le même voyage l'année suivante, et dont nous avons aussi une relation fort étendue. Ils avaient à leur tète un.mécaniste expert, qui fait lui-même les instruments de mathématiques, et qui les sait manier. Cette dernière relation renferme toutes les observations que MM. les Anglais ne purent faire.

Ces messieurs (je parle de la caravane anglaise) partirent donc au nombre de huit maîtres et de cinq ou six domestiques. Il n'est pas nécessaire de vous dire qu'ils étaient armés jusqu'aux dents, pour tenir en respect ceux qui auraient eu l'audace de leur demander la bourse.

Nos voyageurs côtoyèrent l'Arve, et la traversèrent plusieurs fois sur des ponts, tantôt bons^ tantôt mauvais. Je sais que vous ne connaissez guère cette rivière. Comme il en est souvent parlé dans nos relations, il ne sera pas mal de commencer par vous en donner une idée. Elle tire sa source précisément des montagnes que ces messieurs allaient visiter, et elle vient se jeter dans le Rhône un peu au-dessous de Genève, k une petite portée de canon. Son cours est k peu près d'orient en occident. Ce qu'elle a de plus singulier, c'est qu'elle roule des paillettes d'or dans son sable comme le fameux Pactole. On fait ordinairement honneur au Rhône de cette singularité ; mais c'est de l'Arve qu'il tient cet or. C'est la dot qu'elle lui a apportée en se mariant avec lui. Après tout, pour dire les choses telles qu'elles sont , cet or n*a jamais enrichi personne , parce qu'il n'y est qu'en très-petite quantité.

A la fonte des neiges , l'Arve devient un torrent impétueux, qui ne respecte plus ses bords. Il arrive quelquefois que cette rivière est si enflée k son embouchure, qu'elle le contraint même de rétrograder, en sorte que les moulins tournent k contre-sens. L'Arve elle-même, s'emparant d'un des bords du Rhône , se glisse tout le long, et remonte dans le lac, quelquefois jusqu'k la hauteur d'une lieue, par un cours directement opposé k celui qu'elle devait suivre. L'observation est aisée k faire.

parce que Teao de l'Ârve est alors trouble et limoneuse , tandis que le Rhône conserve sa couleur ordinaire. Plusieurs auteurs ont rapporté cette singularité. Gasaubon, dans ses notes sur Strabon, dit que cela arriva d'une manière frappante en 1 572 * . La même chose est arrivée plusieurs fois de nos jours. En février 1711, cette rétrogradation se soutint pendant deux jours. Ce phénomène reparut encore au solstice d'hiver 1740. Si, dans cette circonstance, une de nos femmes avait eu le malheur de tomber dans le Rhône et de se noyer, je vous prie de remarquer que son cadavre aurait remonté la rivière tout naturellement, et que l'on n'aurait point été fondé à en conclure, avec la jolie fable de La Fontaine, que le caractère de la défunte eût été l'esprit de contradiction. Mais, Monsieur, ce préambule pourrait vous paraître un peu trop long. Je crains que vous ne me compariez à l'Ârve , et que vous ne disiez que je me déroute comme elle. Je reviens donc incessamment k notre sujet, et je vous promets de ne plus le perdre de vue.

Le long de l'Arve on trouve deux ou trois pedtes villes où nos voyageurs passèrent. La première est la Bonneville, capitale du Faucigny. On trouve ensuite Cluse, et enfin Sallanches. Quoiqu'il ne faille que trois ou quatre jours pour faire ce trajet, on y essuie beaucoup de fatigue , k cause de la nature du pays, qui est fort rude et montagneuse. Après une mauvaise journée, les chevaux, extrêmement las , passaient quelquefois la nuit au piquet, faute d'écurie, et ne trouvaient ni foin ni avoine. Leurs maîtres n'étaient guère mieux : ils couchaient sur la paille dans une grange , et, sans le bissac de Sancho, ils auraient très-mal soupe.

Ces messieurs, en habiles gens, surent cependant tirer parti de cette route , toute mauvaise qu^elle était. Dans les endroits les plus sauvages et les plus escarpés , quand les mauvais pas étaient passés, on trouvait encore quelques sujets de récréation.

* Livre IV, page 7i des notes.

Us s'apçrçurept bientôt que la nature avait taillé ce pays-lk d'une manière à y avoir bien ménagé des échos. On leur parla donc français, anglais, et on eut une conversation avec eux dans ces différentes langues. On le prit ensuite sur un ton plus baut, et Ton arracha leurs réponses par des claquements de fouet redoublés, et même par plusieurs coups de pistolet. C'est dans la vallée qui conduit de Cluse à Sallanches que les rochers se trouvaient surtout propres à ce divertissement. La troupe genevoise, avertie par celle qui avait précédé, renchérit sur la manière d'apostropher les échos. Ces messieurs se munirent de grenades, qui leur procurèrent un plaisir des plus bruyants. C'étaient des roulements qui imitaient parfaitement le tonnerre, et qui se soutenaient pendant quelques oiinutes.

Outre le divertissement de ces échos singuliers , ils eurent encore un spectacle fort agréable. C'étaient des cascades en grand nombre, qui, du haut des rochers, se jetaient dans l'Ârve. Mais ils en trouvèrent une surtout dont la beauté les frappa. On l'ap** pelle dans le pays le nan d'Arpmas. C'est vn gros torrent qui se précipite d'un rocher d'une hauteur prodigieuse. MM. les Anglais convinrent que la fameuse cascade de Terni, en Italie, n'ei^ approche pas, quoique fort vantée par les voyageurs. H est vrai que dans celle de Savoie la quantité d'eau n'est pas ton* jours égale. Cependant, excepté les temps de grande sécheresse, cette nappe d'eau Eût un coi^p d'œil des plus frappants.

Quelque sauvages que soient ces endroits du Faucigny^ on ne laisse pas d'y trouver de temps en temps de fort beaux paysages, qui amusent agréablement un voyageur. Sur cette route on est quelquefois charmé de la beauté des vues et des situations, qui fraisent d'autant plus qu'elles contrastent avec d'autres tout k fait sauvages. On voit, par exemple, auprès de Sal** kncbes > ^ droite et à gauche, des mcmtagnes très-taen cultivées et qui offrent les plus agréables objets.

Nos voyageurs (je parle toujours des Anglais) étant arrivés tout près de Sallanches, ne jugèrent pas à propos d'y entrer. Us

«e (rouYèrent dans une belle plaine qui les invita k camper. On dressa la tente, et on fit les préparatifs du diner. Pendant que le reste de la troupe se promenait dans le voisinage , le voyageur Pocock , qui avait dans ses bardes son babit arabe , l'endossa en seeret. Ces autres messieurs entrant dans la tente, eurent peine à le reconnaître. Ce travestissement fournit matière a se divertir. D'abord on le traite comme un grand seigneœr venu du Levant. On place une sentinelle, l'epée à la mam, à la porte de sa tente, et cbacun est dans le respect devant lui. Les babitants de Sallanches ajrant aperçu de loin quelque chose d'extraordinaire, accoururent aussitôt. En moins de rien, presque toute la ville se rendit autour de la teate de cette Altesse Levantine, et vint lui faire le salamalec. L'émir Pocock soutenait à merveille sa nouvelle dignité. D crachait de temps en temps quelques mots arabes que l'on prenait pour des ordres donnés à ses gens, et qui s'exécutaient fort ponctuellement. Quelques dames de considération vinrent aussi voir ce spectacle, mais un peu plus tard que les autres. On ne crut pas devoir les laisser longtemps dans l'erreur. Elles lurent de la confidence. On leur avoua que cette scène orientale était un pur badinage, à peu près semblable k la scène turque de Molière, dans son jBourgecis gentilhomme.

Après avoir fûx eneore quelques lieues de mauvais chemin, nos voyageurs arrivèrent enfin k Ghamouni, qui est un assez grand village au pied des glacières. Il est situé au bord de l'Ârve, dans une assez longue vallée. D y a un prieuré qui dépend des chanoines de Sallanches. On y campa, et pendant qu'on j^épa^ rait le souper, on prit langue des paysans du lieu. Us montrèrent d'abord a nos curieux les bouts des glacièri^ qui paraissaient dans la vallée. Il s'agit de ces glacières qui portent k peu près a plat, et non de celles des montagnes. Elles leur panireni des rochers blancs, ou plutôt des glaçons énormes formés par l'eau qui découlait des hauteurs. Ce premier coup d'oeil piquait plutôt la curiosité de nos voyageurs qu'il ne la contentait. Il s'agis-

sait d'aller chercher ud point de vue k vol d'oiseau, pour découvrir quelque chose de plus considérable. D leur semblait que «'ils pouvaient gagner une montagne qui domine les glacières^ ils en verraient la plus grande partie. Mais les gens du lieu leur firent la chose fort difficile. Ds leur représentèrent que personne n'allait dans ces lieux escarpés que les chercheurs de cristaux, ou ceux qui chassaient aux bouquetins, gens accoutumés par une longue habitude k gravir au haut des rochers. Le Prieur du lieu, vieillard fort sage, les en dissuadait encore plus fortement que les autres. Mais ils poussèrent leur pointe, et voulurent bien s'exposer k toutes les difficultés dont on leur faisait peur. Ds arrêtèrent pour le lendemain une troupe de paysans vigoureux et faits au pays. Les uns devaient leur servir de guides, ou porter des provisions : les autres devaient leur servir d'appui et de soutien dans tous les pas scabreux. Ils se munirent encore pour le même usage de longs bâtons ferrés, et, avec ces précautions, ils se hasardèrent de monter dès le matin.

Après quatre ou cinq heures d'une marche des plus pénibles, ils parvinrent enfin au haut de cette montagne. Les gens du lieu la nomment Montanverl. De Ik, ils virent les objets les plus extraordinaires. «De la cime de cette montagne, dit leur relation, nous voyions la glacière en entier. Elle s'offrait k nous k plein et dans toute son étendue. On peut avoir couru le monde longtemps, sans avoir jamais rien vu de semblable k ce specta*cle. On est embarrassé k en donner quelque idée. Les descriptions que nous font les voyageurs des mers de Groenland, paraissent en approcher un peu. U faut s'imaginer le lac Léman agité par une violente bise, et gelé tout d'un coup ; cette comparaison donne quelque idée de cette glacière. Elle occupe trois grandes vallées qui ont la forme d'un Y, dont la queue va jusqu'k la Val-d'Âoste, et les deux cornes jusque dans la vallée de Chamouni. »

La deuxième relation décrit cet objet k peu près de la même manière. « Pour avoir une idée distincte des glacières, dit-elle,

il faut d'abord se les représenter dans une grande vallée, qui a environ quatre lieues de long sur les deux tiers de large. Il faut se figurer cette grande vallée de glace, ouverte en plusieurs endroits par des gorges de montagnes, dont il y en a cinq des principales qui aboutissent k la vallée de Chamouni. Ce sont proprement ces extrémités ou gorges, que les gens du lieu appellent glacières. »

Ces derniers voyageurs descendirent la montagne de Montahvert du côté opposé, et parvinrent sur la glacière même avec des peines infinies. Voici ce qu'ils observèrent , quand ils la virent de plus près.

« n est vrai, disent-ils , que la glacière vue de la montagne, c'est-à-dire dans un grand éloignement, parait un lac gelé tout à coup, au fort du plus violent orage ; mais, dès qu'on en approche, les vagues deviennent d'une hauteur étonnante, et il y en a de plus de quarante pieds.

«Ces vagues (c'est ainsi que j'appelle les inégalités de la glace) sont toutes dirigées d'une manière latérale et oblique. Il n'y en a pcânt de longitudinales, mais elles vont dans un sens contraire k la plus grande étendue de la glace.

« On voit sur la glace une infinité de fentes plus ou moins grandes, ayant les unes environ vingt pieds de longueur sur quatre k cinq de large, et les autres beaucoup moins. Ces fentes sont presque toutes k la partie faible de la glace , c'est-k-« dire, dans les abaissements des yagues, et dirigées presque toutes d'une manière latérale et oblique comme les vagues. C'est par ces fentes que nous avons pu juger de l'épaisseur de la glace, du moins aux endroits dont je viens de parler, qui ne va qu'k cinq ou six pieds , étant dans les autres endroits de trente k cinquante pieds d'épaisseur. Quand la glace se fend, c'est avec des éclats qui ressemblent au tonnerre.

< Par ces fentes l'on voit des eaux sous la glace, qui en doivent toucher la surface intérieure. Nos guides y enfoncèrent un bâton bien avant, et l'ayant abandonné de la main il se releva de

lui-même. Ce ne peut éire que Teau qui touchait à la glace qui ait pu produire cet effet.

«Lorsque quelqu'un a eu le malheur de tomber dans uoe de ces crevasses, ce qui est arrivé quelquefois k des chercheurs de cris* tal , on retrouve , au bout de quelques jours, son corps sur la glace , et très-bien conservé, surtout s'il y a eu un peu de pluie auparavant, ou seulement un peu de radoucissement de temps. La cause qui soulève ainsi ces cadavres, et qui les repousse sur la glace, est vraisemblablement la surabondance de l'eau, qui, ne trouvant pas un passage assez libre sous la glace , se cherche une issue par ces fentes. C'est ainsi qu'elle se dégage de tout ce qui s'oppose à son passage.

<x On dit dans le pays que ces glaces ont leur accroissement et leur décroissement : ce qui parait aussi très-vraisemblable. On ajoute qu'à tout prendre elles augmentent plutôt que de diminuer.

c< La vallée où sont les glacières est placée au haut d'une mon-* tagne, mais environnée de plusieurs autres beaucoup plus escarpées , et qui s'élèvent à une hauteur immense. Elles ne ressemblent pas mal a des bâtiments d'architecture gothique. On voit s'élever de divers endroits des pointes qui percent dans les nues. La plupart de ces pointes sont couvertes de glace dès leur sommet jusque dans les gorges ou bases, qui aboutissent toutes aux montagnes qui forment la vallée des glacières. Ces montagnes ou pointes que l'on voit dès le Montanvert sont fort hautes, n y en a plusieurs, mais on en distingue trois principales, une vers le midi et deux tirant vers l'ouest. Celle qui est au midi et que l'on voit d'abord devant soi , se nomme l'aiguille du Dru. Cette pointe ressemble assez k un obélisque, dont la cime se perd au-dessus des nues^ faisant au sommet un angle fort aigu.

a Les deux autres pointes qui sont k l'occident, sont l'aiguille de Mont-Malet et le Mont-Blaoc , qui est le plus au couchant. C'est cette pointe du Mont-Blanc qui passe pour la plus haute des glacières, et peut-être des Alpes. On la découvre de Dijon ^l même de Langres.

« Les pointes du Mont-Malet et du Mont-Blanc sont absoluaient inaccessibles , soit à cause de la glace qui en couvre la surface presque partout, soit parce qu'elles sont trop escarpées.»

Scheuchzer, dans son Voyage des Alpes , a décrit quelquesunes de ces montagnes de glace que l'on trouve dans la Suisse. Vous ferez fort bien, Monsieur, de le consulter. Vous trouverez aussi l'équivalent dans les Délices de la Suisse. Voyez surtout la description que l'auteur nous donne, d'après ce fameux naturaliste, d'une glacière du canton de Berne. Il nous dépeint des montagnes couvertes d'une glace qui ne fond jamais , quelque, chaleur qu'il fasse. La croûte de glace est d'une profondeur immense. Elle se fend quelquefois avec un bruit si horrible, qu'on dirait que toute la montagne va sauter en pièces.

Vous voulez bien, Monsieur, que je m'arrête ici, et que nous, renvoyions k une autre fois la suite de nos relations.

Je suis, etc.

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