LETTRE A H, LE PROFESSEUR ROURGUET SUR LA
RIRLIOTHËQUE DR GENÈVE.
(Généralilés sur laBibliothègne.* — Dons de I. Lnflifl. — lanascrit sor papiras.)
{Journal Helvétique, Mars 1742.)
MONSIEUB ,
Personne ne juge mieux que vous de ce qui fait romement et la richesse d'une bibliothèque. Vous en avez beaucoup vu, et vous les avez examinées avec soin. Vous vous êtes attaché surtout à connaître les livres curieux et rares , et vous êtes au fait de tout ce qu'il y a dans ce genre de recommandable par la singularité. Votre expérience Ik-dessus vous a mis en état de donner une espèce de directoire aux bibliothécaires, où il y a beau-
coup k apprendre pour eux * . Vous avez d'ailleurs , dans plus d'une occasion, marqué que vous vous intéressiez à la bibliothèque publique de notre ville , et ceux qui la gouvernent ont profité plus d'une fois de vos conseils. Il est donc naturel de vous rendre raison de quelques petits changements qu'on y a faits depuis peu de temps, et de quelques pièces rares qui y sont entrées.
Les principaux accroissements de notre bibliothèque sont du commencement du siècle. Elle avait été assez négligée auparavant. Mais, dès cette époque, son fonds s'est fort amélioré. En 1 702, on fit un règlement pour prêter des livres aux jeunes gens qui n'étaient pas en état d'en acheter. Vous sentez bien, Monsieur, combien cet établissement est utile h ceux qui étudient. Sans cette Communication, les bibliothèques ne sont guère que des arsenaux où l'on va voir des armes de parade, mais dont peu de gens peuvent se servir.
Dans ce même temps, on fit un autre règlement par lequel la bibliothèque doit avoir sept directeurs, y compris les deux bibliothécaires. De ce nombre est le recteur de l'Académie, un théologien, un avocat et un médecin, pour donner chacun des conseils relatifs k leur profession, afin d'assortir également la bibliothèque des livres qui appartiennent aux différentes facultés.
Vous connaissiez déjà cet arrangement, et je ne fais que vous en rafraîchir la mémoire ; mais voici ce qu'il y a de nouveau. Notre magistrat vient d'augmenter de huit ou dix personnes le nombre de ces directeurs. On a jugé que plus il y aurait de gens qui s'intéresseraient k la bibliothèque , et mieux elle vaudrait. On y a donc joint des professeurs d'antiquité ecclésiastique, de philosophie et de belles-lettres. On y a encore ajouté un professeur en droit, et, outre cela, quelques particuliers fort éclairés soit par la lecture, soit par les voyages ; des négociants
* Journal Helvétique, Juillet 1736.