STATUETTE EN BRONZE
trouvée à Genève, GRANDEUR D'EXÉCUTION.
DESCRIPTION D UNE STATUE ANTIQUE D'UN PRÊTRE GAULOIS, CONSERVÉE A LA BIBLIOTHÈQUE.
(Habit couri gaulois. — Paiera. — l(s Druides.)
{Journal elvétique, Mai 1753. Nouvelle Bibliothèque Germaniqm, tome XII,
2e trimestre de 1753.)
Vous continuez, Monsieur, à me demander des éclaircissements sur diverses pièces de notre bibliothèque publique de Genève, qu'on n'eut pas le loisir de vous donner suffisamment lorsq l'on vous la montra. Vous vous rappelez une petite figure de bronze, qui vous frappa par sa singularité. On vous dit simplement que l'on croyait qu'elle représentait un prêtre gaulois, et l'on passa trop vite, à votre gré, à quelque autre curiosité. Vous voulez donc que nous y revenions aujourd'hui.
Vous me faites diverses questions sur cette statue. Où a-t-elle été trouvée? Depuis quand? De quel siècle est-elle? A quels caractères prétend-on y reconnaître un prêtre gaulois? En un mot, vous voulez que je vous communique tout ce que nos savants ont dit de ce monument antique. Je ne vous promets pas de répondre à tout ce que vous souhaitez de savoir sur cette pièce curieuse; mais vous devez être content de moi, quand je vous aurai dit tout ce que j'en sais.
Cette statue fut trouvée à Genève, sur la fin du siècle passé. On travaillait k quelque ouvrage de fortification, du côté de l'ancien faubourg de Saint-Victor, en 1690, et, en remuant des terres, on découvrit cette antique. Elle est parfaitement conservée, et elle semble sortir des mains du fondeur. Il ne lui manque que quelque instrument qu'elle doit avoir tenu de la main gauche, et qui a disparu. Je vais vous la décrire un peu plus en détail.
Elle n'a que cinq à six pouces de hauteur, et représente un
homme d'âge mûr, avec une barbe tressée. Ses cheveux paraissent empruntés; ils sont roulés sur le front, en forme de guirlande. Il tient à la main droite un petit vase creux, et dont Torifice est asspz étroit. Il est revêtu d'une tunique courte, à manches étroites , attachée sous le cou avec une espèce d'agrafe, et ceint d'une ceinture dont les deux bouts pendent sur les cuisses. Il est chaussé d'une sorte de bottines qui laissent le gras de la jambe k nu.
Nos Antiquaires donnèrent d'abord leurs conjectures sur cette trouvaille. L'un d'eux, au premier examen, crut que ce personnage inconnu pourrait bien être quelqu'un des empereurs romains depuis Adrien, et, sur quelques légers indices, il crut y reconnaître Antonin le Pieux. Il expliquait le petit vase qu'il tient à la main droite, comme marque ou symbole de son apothéose, et il lui supposait une javeline à la main gauche. Il appuyait sa conjecture sur quelques médailles où cet empereur est représenté de cette manière. Il insistait principalement sur ce que ce prince se voyait autrefois k Rome dans cette attitude au-dessus d'une colonne : la statue fut enlevée par les ordres de Sixte V, qui y substitua celle de saint Paul. Cependant, après un plus mûr examen, celte conjecture fut abandonnée. Si c'eût été Antonin, il aurait dû avoir une couronne de laurier : de plus la chaussure de notre statue n'est ni romaine, ni digne d'un empereur.
Un autre expert, consulté sur cette statue , dit qu'on n'y voit aucune trace de la dignité impériale , et qu'il croyait que ce n'était qu'un simple commaiwlant d'armée, qu'on avait représenté prêt à sacriiier ou k faire quelque libation , avant ou après une expédition militaire.
Cet antiquaire fut combattu a son tour par un autre, qui lui fit remarquer qu'on ne voyait dans celte figure aucune marque d'un homme de guerre , ni bouclier, ni casque , ni épée , rien en un mot de ce qui doit caractériser un militaire.
Enfin , après un examen plus approfondi, on reconnut que
rhabillement était tout gaulois. L'habit court caractérisait cette nation. C'est ce que nous apprenons par ce vers latin :
Ditnidiasque nates Gallica Palla tegit.
On convint ensuite que le vase que ce Gaulois tient à la main y doit faire reconnaître un ministre de la religion ou un sacrificateur celte. Le vase en fait un ministre de l'autel, et l'habit court en fait un prêtre gaulois. Ceux qui étaient chargés de cette fonction chez les Grecs ou chez les Romains, étaient tous en robe longue.
Un examen plus détaillé confirma ensuite cette conjecture. Vous jugez bien, Monsieur, que dès que ce petit homme fut sorti de terre, il fut étudié avec beaucoup de soin depuis les pieds jusqu'à la tète. Aucun de ses traits n'échappa à nos curieux antiquaires. Après avoir bien considéré sa physionomie, qui est tout à fait celle d'un A.llobroge , un air rude et sauvage, ils firent attention à toutes les autres marques qui peuvent le caractériser.
Il a la tète nue et beaucoup de cheveux ; mais cela ne désigne que l'emploi général de sacrificateurs, qui étaient tels chez les anciens, excepté en Egypte, où ils devaient avoir la tète rasée.
Nous apprenons de Diodore de Sicile et de Suétone , que les prêtres celtes et les Germains prenaient grand soin d'avoir la tête garnie de cheveux , et que quand la nature ne leur en donnait pas, ils y suppléaient par des cheveux postiches. Mai s ce qui leur était particulier, c'est la manière dont ils les arrangeaient : ils les élevaient de dessus le front vers le sommet de la tête, et les ramenaient ensuite vers la racine des cheveux , en sorte que cela faisait un toupet , ou une espèce de bourrelet sur le front. Cet arrangement des cheveux est très-bien marqué dans notre statue ^
^ Varron nous apprend que la manière dont les prêtres tournaient leurs cheveux, avait un nom particulier, et s'appelait tutulus.
Nos antiquaires , après avoir tenu quelque temps ce prêtre par les cheveux, pour s'assurer encore mieux de lui, le prirent par la barbe. C'était aussi un ornement essentiel au sacerdoce gaulois. Ils tâchaient de l'avoir aussi ample qu'il leur était possible. Celle du nôtre est carrée, extrêmement épaisse et touffue, accompagnée de deux moustaches, non pas retroussées, mais recourbées en bas.
On revint ensuite k la tunique courte et serrée par une ceinture, qui parait avoir été assez ornée. La ceinture ne manque jamais dans les médailles qui représentent quelque sacrificateur ancien. Vous savez. Monsieur, ce que dit l'Écriture sainte de celle du souverain pontife des Hébreux.
La chaussure est une espèce de brodequin ou de demi-bottines, qui ne vont qu'a mi-jambes, et qui en laissent nu tout le haut. On n'y voit aucun ornement : elles ne paraissent avoir été destinées qu'à soutenir la fatigue. Apparemment c'était la chaussure ordinaire de la nation.
Mais le petit vase que le prêtre tient de la main droite demandait plus d'attention que le reste, étant le caractère le plus distinctif. 11 semble qu'on Ta voulu représenter prêt a verser cette petite coupe pleine de vin, entre les cornes de la victime*. Ce vase n'a point d'anses, et peut être regardé comme une petite patère. Les prêtres gaulois maniaient si souvent cet instrument, qu'Ausone nous apprend que, par cette raison, on les appelait eux-mêmes du nom de patères * . Ce symbole qu'on lui a mis a la main est donc aussi expressif, pour nous le faire connaître, que si Ton avait écrit sur le piédestal : Sacrificateur GAULOIS. Tout se rapporte donc à l'idée d'un prêtre officiant.
^ Ipse tenens dextrâpateram inttr corniM fudit, dit Virgile. Quelques auteurs ont cru que la patère signifiait également un petit vase à faire des libations, ou un plus grand et plus large qui avait un manche, et qui servait à recevoir le sang de la victime. Mais la patère proprement dite est sans manche et sans anse.
* Voyez des vers d*Ausonne à l'honneur d'Attius Patera, dans la V» de ses pièces de poésie intitulée, C(mmemoratio Professorum Burdigalensium,
On peut soupçonner, avec beaucoup de vraisemblance, que ce qu'il tenait à la main gauche et qui s'esi perdu, était un couteau de sacrifice.
Il est bien difficile de dire précisément de quel siècle est notre antique. On pourrait être surpris de voir une bonne statue de la main des Gaulois ; mais, en vivant avec les Romains, ils apprirent un peu de sculpture : auparavant, ils n'entendaient point du tout les arts. Il parait donc que celle dont il s'agit doit être nécessairement postérieure à la conquête des Gaules.
Quand on vous montra cQtte statue dans notre bibliothèque, on vous la donna pour la figure d'un ancien druide. Ce qui pourrait faire douter que c'en soit un, c'est la description que le célèbre M. de Bochat nous a donnée d'un druide, représenté sur un simpule^ d'argent trouvé en Suisse en 1633. On y voit plusieurs figures en bas-relief, et, entre autres, un druide. Voici comment ce savant antiquaire nous le décrit :
« Celte figure, dit-il, représente un homme plus vieux que jeune, la barbe courte et épaisse, deux moustaches lui couvrent la bouche. Il a les cheveux courts. La tunique, sans ceinture et presque sans plis, lui descend plus bas que le gras de la jambe; c'est son seul habillement. Les manches, qui ne couvrent presque que l'épaule et la moitié du bras, sont fendues en plusieurs pièces jusque près de l'épaule.
« Ce' qui doit faire prendre ce personnage pour un druide, c'est que, de la main droite , il tient une espèce de faucille ou serpe , et de la gauche une branche haute de gui de chêne qu'il a coupée de sa serpe , ou une plante de verveine dont les druides ne faisaient pas moins de cas et d'usage que du gui^ »
En comparant cette description avec celle de notre stalue, on y trouve quelque conformité; mais il y a de la différence dans l'habit, qui pourrait faire soupçonner que l'un ou l'autre n'est pas un druide. Celui de M. de Bochat a la tunique assez Ion-
* Vase sacré, servant aux libations dans les sacrifices.
* Histoire ancienne de la Suisse, T. II, p. 412.
gtte, le nôtre t'a très*courte. Le premier est sans ceinture, l'autre en a une, et c'est un ornemait essentiel au sacerdoce.
Mais ce savant antiquaire nous donne une ouverture, qui pourrait tout concilier, c'est que son druide ressemble assez au dieu Sylvain. On représentait ce dieu des forêts, une serpe à une main et une branche d'arbre à l'autre.
Je vous prie. Monsieur, de faire attention que toutes les autres figures qui sont autour du simpule sont des divinités. On y voit Jupiter, Mars, Apollon, Diane, Mercure. La figure la plus voisine du prétendu druide , et au-dessus de laquelle M. de Bochat a cru apercevoir deux corbeaux , est vraisemblablement Vénus , avec ses deux colombes, qui sont ses oiseaux symboliques. Alors le simpule sera tout chargé de divinités, et on ne voit pas bien ce qu'un druide viendrait faire dans ce cercle des dieux. Les petits changements que je vous propose sont d'un savant de ce pays fort familiarisé avec l'antique, mais qui laisse cependant M. de Bochat prononcer en dernier ressort.
Après m'avoir demandé une explication détaillée de cette petite statue, qu'on vous avait donnée pour être celle d'un druide, vous voulez encore que je vous fasse un peu connaître ceux qu'on appelait ainsi. Vous les rencontrez quelquefois dans vos lectures : vous souhaitez d'en avoir une idée un peu précise.
n est fort aisé de vous satisfaire. Plusieurs auteurs nous ont décrit ce ^enre d'hommes assez singulier. Si vous avez les Commentaires de César^ traduits par d'Ablancourt , il en est parlé assez amplement au livre VI. Cet emp^eur doit passer pour l'auteur qui nous les fait le mieux connaître.
Je n'ai pas laissé de consulter aussi quelques modernes. Voici comment l'un d'eux en parle. «Les druides, dit-il, étaient chez les Celtes , chez les Gaulois et chez les anciens Bretons, à peu près ce qu'étaient les mages chez les Perses, les Chaldéens dans l'Assyrie, et chez les Indiens les gy mnosophistes. )» Mais cela est trop vague, vous voulez quelque chose de plus distinct.
La première idée qu'on doit se faire des druides, c'est de les
regarder comme les prêtres et les sacrificateurs chez lés Gaulois. Il n'y a point de religion qui n'ait ses ministres. Les druides dirigeaient le culte des dieux : ils avaient l'intendance de tous les sacrifices, tant publics que particuliers : ils étaient aussi les théologiens et les interprètes qui décidaient de tous les points de la religion. Ils étaient^chez les Gaulois k peu près la même chose que les lévites chez les Juifs. Le collège des druides avait donc l'administration des choses sacrées.
C'était une espèce d'ordre religieux que l'on pourrait comparer, à quelques égards, aux moines de l'Eglise romaine. Ds formaient un corps ecclésiastique qui avait son chef. Ce général exerçait sur eux une autorité souveraine. La différence d'avec les religieux d'aujourd'hui , c'est que les druides se mariaient, et ne vivaient pas dans la clôture.^
On peut aussi les regarder comme des philosophes chargés d'enseigner la morale. En général, c'étaient les maiitres qui devaient instruire la jeunesse, et ils avaient ordinairement un grand nombre de disciples. Il est vrai qu'il n'est parvenu jusqu'à nous aucun monument de leur science ; mais il n'en faut pas être surpris, car une règle de leur institut était de ne point mettre leur doctrine par écrit, ni leurs lois , ni leurs histoires, ni les mystères de leur religion. César en donne la raison: il dit qu'apparemment ils en usaient de k sorte pour dérober au vulgaire la connaissance de leurs sciences, et de peur qu'elles ne fussent avilies, en se répandant trop dans le public. Ds trouvaient mieux leur compte à tenir les peuples dans l'ignorance. C'était un moyen de s'attirer, et de conserver plus sûrement, leur estime et leur vénération.
D'autre ont cru qu'ils évitaient de rien donner par écrit, afin de mieui exercer la mémoire de leurs disciples. Ils leur faisaient apprendre par cœur un très-grand nombre de vers. D arrive effectivement quelquefois que des écoliers, se fiant trop k l'écriture, négligent de cultiver leur mémoire. Ces raisons pourraient paraître assez plausibles a l'égard de leur philoso-
phie et de leur religion ; mais il semble que leurs lois deTaieni être écrites, et surtout leur histoire. Il est surprenant qu'ils n'aient pas publié quelques ouvrages, où la postérité pût lire les actions glorieuses de leurs princes et de leurs concitoyens.
Les druides étaient aussi les médecins des Gaulois, et leurs mathématiciens, c'est-k-dire proprement leurs astrologues. Us s'appliquaient beaucoup k connaître la situation et le mouvement des astres.
Mais la fonction qui leur donnait le plus de relief, c'est celle de juges. Ils étaieut chargés de rendre la justice : c^était eux qui décidaient de presque tous les différends, et qui établissaient les peines et les récompenses. Si quelqu'un refusait de se rendre à leurs jugements, on lui interdisait les sacrifices. L'usage de l'excommunication avait lieu parmi eux. Une communauté ou un particulier qui rejetait leurs décisions, n'avait plus de part au culte public de la religion : quiconque ne se soumettait pas, était regardé comme un impie et un scélérat. Les foudres des druides n'étaient pas moins formidables que ceux des papes ne l'ont été dans la suite.
Chaque année les druides s'assemblaient au pays chartrain, et assez près de la ville de Chartres , qui passait pour être environ le milieu des Gaules. Les particuliers qui avaient des différends se rendaient de tous côtés dans cette assemblée, qui se tenait dans un lieu consacré. Lk, les procès étaient ordinairement terminés , et la sentence prononcée par les druides était reçue humblement, a peu près comme un oracle du ciel.
Quand on dit que les druides étaient les prêtres et les sacrificateurs des Gaulois; quand on ajoute qu'ils étaient en même temps les philosophes, les mathématiciens, les jurisconsultes, les théologiens et les médecins du pays, vous comprenez bien, Monsieur, que cela signifie que ces différentes fonctions étaient partagées entre eux. Il ne faut pas croire que chaque druide eût étudié toutes ces différentes branches des sciences. Strabon noue apprend qu'il y avait des druides sacrificateurs, des drui-
des philosophes moraux , et d'autres qui étaient poètes. Mais, quoique leurs fonctions fussent différentes , ils faisaient corps ensemble, et ils étaient tous compris sous le nom commun de druides.
On les choisissait dans les plus nobles familles , et la noblesse de leur extraction, jointe k la dignité de leur charge, leur attirait beaucoup de considération de la part du peuple. Une autre partie de la noblesse s'occupait principalement de la guerre. Toute l'autorité était partagée entre eux et les druides. On comprend bien que ceux-ci étaient dispensés d'aller à la guerre ; de plus, ils étaient exempts de toute espèce de tribut.
Les druides avaient un chef qu'on pouvait regarder comme leur souverain pontife : on lui conférait une autorité absolue. Quand il était mort , celui qui avait le plus de mérite parmi eux lui succédait. Majs s'il y avait plusieurs prétendants k cette dignité, à peu près égaux en mérite ou en crédit, on en élisait un à la pluralité des voix. Il est aisé de comprendre que cette élection donnait lieu quelquefois k des factions et k des querelles, qu'on poussait même dans plusieurs occasions jusqu'k en venir aux armes.
L'institut des druides avait eu son origine dans la Grande- Bretagne, et de la, au dire de César, il avait passé dans les Gaules. Ceux d'entre les Gaulois qui voulaient connaître k fpnd leurs mystères, allaient dans cette lie pour y faire leurs études.
On ne connaît pas trop bien leurs sentiments , parce que les documents nous manquent. On sait cependant que l'immortalité de l'âme était un des principaux points de leur tliéologie, et qu'ils regardaient ce dogme comme une croyance utile, et propre a inspirer le mépris de la mort. Ils croyaient aussi a la métempsycose.
Pline rapporte leur manière de cueillir le gui de chêne, qu'ils regardaient comme une des cérémonies les plus importantes de leur religion. Cet arbre était tenu parmi eux pour sacré, ce qui doit s'entendre du chêne vert. Chaque année, dans
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un temps marqué, ils s'assemblaient dans un bois, et coupaieat, avec une faucille ou serpette d'or, le gui qui naissait sur cette espèce de chênes : ils le serraient avec grand soin comme un rare présent de la divinité. Ils immolaient des victimes à cette occasion, et quelquefois des victimes humaines. Cette cérémonie finissait par un festin, qui laisse une idée plus agréable que la précédente.
Nous pourrions supposer que notre petit druide avait eu à la main gauche la serpette pour couper le gui, et que cet instrument s'est perdu. Mais, de peur que vous ne m'accusiez de faire trop valoir nos coquilles, je m'en tiens, comme précédemment, à lui mettre un couteau k la main , pour en faire un simple prêtre ou sacrificateur. H n'aspire pas à être un druide du premier ordre.
Afin de ne rien omettre de ce que j'ai pu recueillir sur les druides, vous aurez ici jusqu'à l'étymologie de leur nom. On le dérive du mot celtique deruj qui signifie un chêne. Pline a essayé de le tirer d'un mot grec, qui y a du rapport : mais vous comprenez bien qu'il faut remonter plus haut, et en chercher l'origine dans la langue même des Celtes.
Voilà, Monsieur, tout ce que j'ai pu trouver sur ces druides, genre d' hommes assez singulier pour devoir exciter notre curiosité. Nous en saurions davantage, n'était leur scrupule bizarre de ne rien laisser par écrit , ni de leur histoire , ni de leurs dogmes.
Je suis, etc.