‹ Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre (volume 3)Chapitre 27 sur 56 · TROUVÉE EN SAVOIE · texte numérisé non relu

TROUVÉE EN SAVOIE

(Journal Helvétique, Mai 1739. Mémoires de Trévoux, JaQ?ier 1742.)

MEssiEuas,

Les antiquités sont un genre de littérature qui doit trouver placedans votre journal. Nous y avons déjà vu quelques inscriptiens découvertes en Suisse. En voici une qui n'est pas tout à dit de votre ressort , puisqu'elle se trouve dans le pays des Âllobroges. Mais comme je ne connais point de journal allobroge« j'ai cru que les Helvétiens, leurs plus proches voisins, voudraient bieD la recevoir et la faire connaître.

Le lieu où Ton voit cette inscription est Taloire , bourg situé iw le bord du lac d'Annecy, environ à deux lieues de distance de cette ville. Il y a là un ancien couvent de bénédictins, fondé en 1025 par Hermeogarde, femme de Rodolphe 111^ roi de Bourgogne. C'est un fils de M. de Mellarède qui en est aujourd'hui abbé commendataire.

Taloire est un coteau où l'on voit d'excellentes vignes, dont les retigieus possèdent la plus grande partie. Une semblable si-

tuatioa n'a pas paru iiMËfiéreote au anciens bénédictins pour j placer leurs monastères. Ceux de Tatoire n'ont reçu qu'une légère réforme, et ne se piquent pas autant d'érudition que ceu de la congr^tion de Saini-Maur ; on dit qu'ib cultivent beaucoup mieux leurs vignes que les sciences. Dom Marlenne el Dom Durand y passèrent il y a traite ans; mais ils ne donneat pas une idée fort avantageuse de la Inbliothèque, dans leor Voyage littéraire : la cave est mieux fournie et mieux entretenue. U y a quelques années qu'on allait voir dans ce couveot une curiosité d'un genre singulier. C'était une cuve d'une éûotme grandeur, et qu'on aurait pu marier avec le £uneux tonnesui de Heidelberg. Elle avait passé en proverbe, et, pour exprimer quelque vmsseau d'une capacité extraordinaire, on disait : Cesi ta cuve de Taloire. Elle esl maUiettreuseiaent tombée en mine. Elle a eu le sort de la plupart de ces admirables ouvrages auxquels on avait donné le nom de Merveilles du monde , qui ne subsistent plus que dans l'histoire ou dans la mémoire des hommes.

Il me semble que nos deux voyageurs bénédictins, après avoir rendu raison des manuscrits deTaioire, auraient dû foire connakre au public notre inscription romaine. Elle est sur une pierre enchâssée dans la muraille de l'église des bénédictins, iflimédialement au-dessus àm portail. Guichenon, dans son Uisknre de Sevoie, en &it bien mention ; mais il l'a donnée avec tant de Ciole&, qu'elle y est ininleHigible. J'ai donc prié un religieux du couveti, qui a beaucoup plus de goût pour l'éttfde que ses confrères, de vouloir bien la copier exactement Vous la trouverez ci-après telle qu'il me l'a envoyée , m'assurant qu'elle est parfadtement coêkt^ me à l'original.

Cette inscription parait curieuse. Elle aens apprend que Caius Bhesius Grains, fils de Caiug, de la tribu VoUiniênait a fait construire à ses dépens, pour l'usage du pnblic un é£fice où il a mis une horioge, et qu'il l'a gwante par une grille OH une balustrade (clatris); qu'il a donné pour cela un certain

nombre de sesterces {H. S.) ; qu'il a établi on esclave pour avoir soin de cette horloge ( S EJtUM fonr SERVVM), et qu'il donne pour ce dernier article N. IlIL Nummos quatmr. Les trois dernières lettres D. S. R. doivent signifier. De sud re, ou De suo retUtuit.

HOROLOGrVM. CVM. SVO. iEDIFICIO. ET.

SIGNIS. OMNIBVS. ET. CLATRIS.

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