LE DUC, BOURSET, JULIE
BOURSKT, à part.
Amen! {Haut.) Madame Bourset, vous gâterez vos beaux yeux à pleurer ainsi.
JULIE
Monsieur, je n'ai pas voulu tpie ma fille entendît révéler vos secrets. Mais moi, cachée ici près, j'ai tout entendu. J'ai appris des choses que je n'avais jamais soupçonnées. Je vous ai aidé jusqu'ici dans vos projets de lortune ; j'ai partagé vos richesses et votre enivrement. J'ai même été vaine, ambitieuse, et j'en rougis; mais vous aviez ennobli ce vice à mes yeux en me faisant croire que nous accomplissions une grande œuvre , que notre luxe laisail prospérer la France, et que nous étions au nombre de ses bienfaiteurs. Si je restais votre dupe un jour de plus, je serais forcée de me regarder comme votre complice ; car je sais que nous ne sommes plus que des spoliateurs. Soutirez que, sans manquer à mes devoirs et sans rompre le lien qui m'attache à vous, je
LES MISSISSIPIENS
sépare mes intérêts, mes vœux et mes habitudes des vôtres. Je serais un prétexte à votre faste et à votre ambition, et je ne veux pas l'être. Je me relire dans une petite maison de campa;jne avec ma fille ; nous y vivrons de peu, nous y serons heureuses l'une par l'autre. Vous reprendrez ttus les diamants que vous m'avez donnés ; je ne veux plus rien qui me rappelle que tes misérables jouets ont ruiné plus de cent familles. Adieu , M nsieur, tâchez de vous acquitter! N'ayant pas assez d'influence sur vous pour vous y amener, je n'y serai du moins pas un obstacle, et je ne rou.'irai devant personne. BouiîSET, avec une raye concentrée.
Allez, et que le ciel vous conduise! Voilà qui porte à mon honneur un dernier coup !
LE DUC
Entre nous soit dit, vous l'avez un peu mérité, Bourset, mon ami. {A Julie.) Vous êtes fort émue, Madame; permettez-moi de vous conduire jusqu'à votre appartement. (// sort avec Julie.)