‹ Œuvres illustrées de George SandChapitre 57 sur 78 · I. Cbilive, maivtise, mëchanle · texte numérisé non relu

I. Cbilive, maivtise, mëchanle

— Et sa chétite tante, qui aurait mieux fait de s'en aller à la place de l'autre.

— Si la Jeanne voulait écouter les bourgeois, cependant, elle pourrait s'en retirer.

— Les bourgeois, les bourgeois ! ça prend d'une main et ça retire de l'autre. Faut pas déjà tant se fier sur ça.

-^Faut donc mourir pauvre comme on a vécu?

— Nous ne serons pas les premiers, allez, mon pauvre Léonard ! dit la vieille d'un ton lugubre.

— Ni les derniers, allez, ma pauvre Guite ! répondit le sacristain d'un ton philosophique.

Et il se fit un grand silence qu'interrompit le roulement lointain du tonnerre.

— Ah! voilà qui l'achèvera, la pauvre femme! dit Léonard , et si elle ne se dépêche pas de finir, M. le curé se mouillera le carcas (le corps).

— Je me doutais bien de ça, à ce matin, reprit la vieille. Il v avait à la Piquette du jour tant de fumée blanche sur les viviers , que je disais à la Claudie : Ça tonnera après le midi , et ça emportera la pauvre Tula dans l'autre monde, avant le soleil couché...

— Tula? s'écria Guillaume en se levant et en s'approchant des deux paysans avec une émotion profonde.

— A\\\ mon petit Monsieur, que vous m'avez fait peur! dit la vieille parque en ramassant son fuseau, qu'elle a\ait laissé tomber dans la fosse.

— Vous avez dit un nom que je cherchais depuis longtemps... Tula, n'est-ce pas?... La femme qui va mourir s'appelle Tula?

— Oui , Monsieur, répondit Léonard ; vous la connaissez?

— C'est elle qui a servi madame de Boussac, il y a quinze ou vingt ans?

— Et qui a nourri son garçon.

— Et elle demeure par ici?

— Pas loin d'ici. Monsieur: elle est de la paroisse, puisqu'on va l'enterrer là, tenez, dans ce trou que je fais.

— 11 n'y a donc pas d'espérance de la sauver?

— Oh! non. Monsieur, dit la mère Guite; ma fille y a été hier soir, et elle était déjà à l'agonie. On est venu chercher tantôt M. le curé, avec le bon Dieu , bien vile , bien vite. On pensait qu'il arriverait trop tard pour l'administrer.

— Léonard, vous allez me conduire chez celte femme, n'est-ce pas ?

— Oh ! pour ça, Monsieur, ni pour or, ni pour argent! car M. le curé va rentrer, et il n'aurait personne pour a/Jener' sa jument, mêmenient, je vais chercher mon dard (ma faux) , pour en donner un trait sur ces herbes , à seule fin d'en porter une brassée dans la mangeoire.

— Et vous, mère Guite? dit Guillaume impatienté.

— Oh! moi, Monsieur, dit la vieille, je ne peux plus courir c^mmo vous. Je descends bien : mais j'ai Irop de peine à remonter... Mais vous irez bien tout seul? Tenez, vous voyez bien ce chemin creux, sur la gauche, là-bas, au fond ; voyez des grosses pierres blanches et une maison à côté? c'est là. L'endroit s'appelle Épinelle.

— J'y cours, dit Guillaume.

— Attendez donc, attendez donc! lui cria Léonard ; pas par là ; vous n'en sortiriez pas. Vous ne connaissez pas les viviers, à ce qu'il me paraît? Vous vous péririez là dedans!... Je vas vous appeler quelqu'un pour vous conduire. La Claudie était par ici tout à l'heure. Claudie 1 oh ! Claudie !

Le frais minois de Claudie se montra derrière le buisson , à côté do celui de sa chèvre noire qui broutait sans façon la clôture du cimetière.

— Conduis ce monsieur chez la Tula, dit le sacristain, et ne lui cause pas liop en route; il est pressé.

— Faut-il que j'y aille? demanda Claudie à sa mère, d'un air à la fois confus et hardi.

— Prends tes sabots et donne-moi ton bâton : je garderai les bêles, répondit IranquiUement la mère.

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