INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LI
Il ne faut pas seulement accorder à M. de Riran le mérite de vues scientifiques personnelles et spontanées, on doit reconnaître encore sa priorité dans le mouvement des esprits qui a produit la philosophie française contemporaine.
La réaction contre les tendances du xviri° sièele n'avait pas attendu, sans doute, pour se manifester le résultat de ses méditations. Cette réaction, toujours en germe dans les besoins des âmes , dans les intérêts de la société et dans les croyances chrétiennes, n'avait jamais cessé d'avoir quelques représentants, et venait de trouver, en dernier lieu, des représen-+ tants illustres. Avant le Mémoire sur la décomposition de La pensée, MM. de Bonald et Ballanche avaient commencé leurs publications; l'abbé Frayssinous avait entrepris ses conférences de Notre-Dame, le Génie du Christianisme avait ouvert aux imaginations un monde nouveau; Saint-Martin, après avoir souteny publiquement dans les conférences des écoles normales, qu’il y a dans l'homme un organe d'intelligence distinct de la sensibilité, avait donné au public quelques-uns de ses opuscules. Bien des voix avaient done fait entendre des paroles qui présageaient et préparaient un avenir autre que celui que Garat et Destutt de Tracy assignaient à la pensée humaine: Mais ces réactions très-positives contre les tendances des encyclopédistes et des idéologues ne se produisaient pas en général sur le terrain, et avec les formes propres de la science; elles revêtaient plutôt un caractère littéraire, politique ou religieux. Dans le mouve. ment spécialement philosophique, M, de Biran eat
LIT OEUVRES DE M. DE BIRAN
le premier. C'est en 1805 qu'il s'éloigne franchement de l’école de Condillac; c'est en 1814 seulement que Laromiguière entreprend de modifier les doctrines de cette école, et que la grave parole de Royer-Collard leur oppose les théories du réformateur de la philosophie écossaise. Cette date de 4811 est importante, parce qu'elle fixe le moment où des tendances nouvelles se font jour avec éclat à la Sorbonne, et inaugurent une ère nouvelle dans l’enseignement de la métaphysique en France; mais le penseur solitaire avait pris les devants. C'est cette priorité dans Je mouvement des idées qu'on avait observée à Berlin, et c'est pour ce motif aussi que Royer-Collard pouvait dire du métaphysicien admiré par M. Ancillon , cette parole que l'histoire a enregistrée : « Îl est notre maître à tous. »
Confiné à cette époque dans la solitude de son département, M. de Biran ne pouvait avoir avec les chefs du mouvement intellectuel de la France, que quelques rapports de correspondance. Il chercha toutefois à exercer, autour de lui, la faible action philosophique que lui permettaient les circonstances. Il rédigea, pour une société qu'il avait fondée à Bergerac, trois écrits : l'un, sur les perceptions obscures du système de Leibnitz, l’autre, sur la doctrine de Gall, le troisième, sur les phénomènes du sommeil.
En 4811, il adressa à la Société royale de Copenhague, un Mémoire sur les rapports du physique et du moral, qui obtint le prix proposé par ce’ corps savant. Ces divers travaux renfermaient moins les