‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 19 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. XLIX

« Le mémoire que vous avez envoyé à l’Académie « méritait, selon moi, d'être couronné; il n’a eu que « la seconde place et méritait la première. Je me « suis félicité d'être un de vos juges, puisque j'ai € pu vous admirer avant le public, et exprimer bau- «tement mon admiration. Vous jugerez du travail «de votre trop heureux rival. Le mémoire de « M. Suabedissen lui fait beaucoup d'honneur; il « porte l'empreinte de la méditation, et le style en « est simple, précis et lumineux. Mais, au fond, ce « n’est qu’un exposé clair, complet, de la philosophie « qu’on appelle à tort, en Allemagne, la philosophie « de la nature, du système de Schelling; il était «facile pour un Allemand de faire ce mémoire. « Dans le vôtre, au contraire, il ya une marche «neuve et originale. Vous cherchez à résoudre la « question par la voie de l'analyse, et cette analyse « est aussi ingénieuse que profonde. Vous vous en- « gagez courageusement dans le labyrinthe du moi, «avec le fil conducteur d’un esprit supérieur ; vous «vous placez dans le point central, et de là vous «en tracez, d’une manière ferme, les sinuosités, «et vous en signalez les issues. En général, ce mé- « moire rappelle les beaux temps de la philosophie «française, les temps des Descartes et des Male- «branche. Voyez, je vous prie, Monsieur, dans ce « que j'ai l'honneur de vous dire, l'expression faible « mais fidèle de mes sentiménts; de vains compli- « ments seraient également indignes de la vérité, de « vous et de moi.

« Quand votre excellent ouvrage aura paru et que

Le d

k ŒUVRES DE M. DE BIRAN

« je pourrai le relire, je prendrai la liberté de vous « exposer quelques doutes et quelques objections, « avec autant de franchise que j'en mets à vous pré- « senter mon admiration. Quand on cherche sincè- « rement la vérité, c'eat s'aecorder que de se com- « battre.

« Ce qui surtout m'étonne et me réjouit, c’est que « vous ne partagez pas la manière de penser de la # plupart de vos compatriotes qui, depuis Condillac, «ne veulent voir d’autres sources de no& connais- « sances que l'expérience, ne placent cette expérience « que dans les sensations, et s'imaginent qu'en ana- « lysant le langage, ils résoudront le problème géné- « rateur. L'analyse du langage peut répandre du « jour sur le développement de nos facultés et sur la « nature de nes représentations, mais elle ne pourra « jamais nous servir à découvrir l'origine de pos « idées. C'est dana le sens intime, dans la conscience « du moï, qu'il faut aller chercher cette source, « plus cachée que cella du Nil; et quand on y pro- « cède comme vaus, on peut se promettre autant et « plus de succès que Bruce. »

M. Ancillon, comme on la vait, n'est pas seulement frappé de la valeur propre de l’œuvre de M. de Biran et de l'originalité de sa pensée; il salue dans cette œuvre le premier indice d'un mouvement nouveau dans le sein de la philosophie française: l'affranchissement de l’école de Condillae, et la restauration des grandes traditions du xvii° sièole. C'est sur ce point particulièrement que ja voulais attirer l'attention du lecteur.

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