‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 56 sur 90 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CLUL · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CLUL

saurait atteindre ni à titre de faits, ni à titre d'inductions logiques. Dès lors, on est conduit à accepter l’état présent de l’homme pour son état normal; à ne’ voir dans le péché qu'une condition nécessaire de l'existence, une marque du caractère limité des êtres qui ne sont pas l'être infini, que saisje? une condition du bien ; ou, tout au plus, un désordre accidentel imputable à la seule volonté de l’individu, et dont l'individu par sa seule force aussi doit pouvoir se dégager. Mais si le mal a dans le: monde d’autres proportions et un autre caractère ; si la conscience se refuse à y voir en aucune façon une nécessité, ou la simple marque d’une limite ; s'il'est en dehors de toute justice et de toute saine observation psychologique de rendre l'individu responsable de tout ce qui apparaît en lui comme une violation de l’ordre ; enfin si l’homme se sent à la fois dans l'obligation de se délivrer du mal et dans l'impuissance de le faire ; dès lors, la théorie qui veut que l’homme actuel soit l'homme primitif et normal se trouve insuffisante. L’âmese sent coupable et cherche le pardon, l’âme se sent faible et cherche la force, et la religion naturelle quine peut renvoyer l’âme qu'à elle-même, la religion naturelle qui n’a ni pardon à offrir, ni force à faire espérer, laisse de côté les faits les mieux constatés et les besoins les plus impérieux de notre nature (A). Elle laisse donc subsister une lacune qui permet, qui appelle même l'examen et la

(4) Voir, à ce sujet, dans le Correspondant, août et octobre

1856, les articles de M. Albert de Broglie sur la Religion naturelle de M. Jules Simon.

CLIV ŒUVRES DE M. DE BIRAN

discussion des idées chrétiennes d’une chute qui a brisé la nature et d'une grâce qui la rétablit. Ces idées s'offrent à l'examen de la science comme une solution des mystères de notre état présent.

C'est ainsi que l'histoire des pensées de l’humanité et l'observation de la nature de l’homme se rèunissent pour poser, à l'esprit qui pense, cette question capitale : Ÿ a-t-il un ordre surnaturel?

La question devait se poser à M. de Biran par . ces deux voies successivement, et avec des résultats divers; c'est là ce qui explique et justifie la digression qu'on vient de lire.

Ce fut par la lecture des Recherches philosophiques de M. de Bonald que l'auteur de l'Essaï fut conduit à aborder le problème religieux, sous sa face historique. Son âme pieuse avait déjà soif de Dieu et penchait visiblement vers le christianisme; mais tous les aspects sous lesquels on peut faire envisager la foi n'étaient pas également propres à l'attirer et à le satisfaire. Tout engagé dans sa voie de réflexion pure et d'observation intérieure, il ne pouvait éprouver que de l'éloignement pour le point de vue tout extérieur de M. de Bonald {1}. Il éprouva en effet ce sentiment, et avec assez de vivacité pour prendre la plume à diverses reprises dans le but de combattre les doctrines de l’éloquent pair de France. Il voulut, en particulier, venger la philosophie de

(4) Voir, dans le troisième volume de cette édition, l'Avantpropos de l'éditeur à l’'Exramen critique des opinions de M. de Bonald,

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