‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 73 sur 90 · ET SUR SES RAPPORTS AVEC L'ÉTUDE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

ET SUR SES RAPPORTS AVEC L'ÉTUDE DE LA NATURE

| | Si phænomena prineipia sunt cognoscendi cætera

. " # Q Q + e + e u sensionem cognoscendi ipsa principia principium esse, scientiamque omnem ab eâ derivari diceadum est.

Honpes, (Physica sive naturæ phænomena.)

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

M. de Biran avait exposé ses vues sur la science de l'homme dans trois Mémoires successivement couronnés par l’Institut de France, l’Académie de Berlin et la Société royale des Sciences de Copenhague. Il entreprit de coordonner et de compléter les travaux qui lui avaient mérité le suffrage de ces savantes compagnies dans un travail d'ensemble qu'il désirait laisser, pour employer ses propres expressions, comme un monument de son passage sur la terre. Telle fut l’origine de l'Essai sur les fondements de la Psychologie.

Cet écrit capital ne porte pas de date, et les documents autobiographiques qui fixent de la manière la plus précise les époques où furent composés les écrits subséquents de M. de Biran font défaut pour ce cas-ci; mais les faits qui vont être indiqués paraissent établir avec une entière cerüitude que l’Essar a été rédigé dans le courant de l'année 41812. |

Le & septembre 4812, Ampère écrivant à M. de Biran, lui indique quelques lectures à faire « avant de mettre la dernière main à son ouvrage; » et, dans une lettre un peu postérieure, il parle du même ouvrage comme étant le résumé des Mémoires couronnés et comme devant être sous peu livré à l'impression. Le 5 décembre de cette même année 4812, M. de Biran écrit à M. Maurice, préfet de la Dordogne, etlui dit au sujet d’un livre qu'il prépare: « Je crois deveir

encore en différer impression pour divers motifs qu'il m'est impossible de vous détailler. »

Ges indications ne peuvent être relatives qu’à l'écrit-qui

nous occupe, et ne laissent guère de doute sur le fait que,

à la fin de 4812, l'Essai sur les fondements de la Psychologte était presque entièrement rédigé. Il n'était pas encore sous presse, toutefois, à la fin de 4843, et, à cette époque, les événements politiques vinrent détourner l'auteur de ses travaux de cabinet,

En 4845, retiré à la campagne pendant la période des Cent-Jours, M. de Biran s’occupa de lectures relatives au système de Kant, et prit connaissance des écrits de l'abbé de Lignac. Il fit, selon son habitude, de nombreuses notes pendant ses lectures, et forma le projet de remanier la rédaction de l’Essas pour faire entrer dans son cadre le résultat de ses nouvelles méditations. À la fin de mai 4815, il écrit sur un agenda, en parlant de son manuscrit de 1812: « Les anciennes divisions pourront servir en partie et j'en « ferai de nouvelles, »et le même agenda porte sous la date du 22 juin : « J'ai commencé à écrire quelque chose de « suite, en cherchant à lier tous les matériaux psychologi- « ques que j'ai recueillis depuis deux mois avec les an- « ciens. »

Il existe un manuscrit inachevé qui répond exactement à ces dernières indications. C'est le commencement d’un ouvrage divisé en deux parties, ayant pour titre, la première : De l’origine de la connaissance, et la deuxième: Analyse des sensations et des idées. Les doctrines de Kant ef de l'abbé de Lignac sont l’objet de fréquentes mentions : c’est bien la matière de l'Essai, augmentée de quelques détails et refondue dans un moule nouveau. Cet écrit ne fut pas achevé, et le fait que quelques-unes de ses feuilles ont été transportées dans l’ancien manuscrit et reliées au texte de 1812 prouve que M. de Biran s’était décidé à revenir à ce premier texte.

La seconde Restauration vint enlever le questeur de la Chambre des députés à sa solitude et couper de nouveau le

fil de ses méditations , qu'il ne réussit dès lors à renouer que par une lutte continuelle contre les exigences de sa position politique. En résultat, l'Essai: sur les fondements de la Psychologie resta en portefeuille pendant dix ans, rouvert de temps à autre, livré en partie aux soins d’un copiste, corrigé quelquefois, et plus souvent couvert dans les marges de notes qui n'étaient pas reliées au texte. M. de Biran détacha quelques fragments de son manuscrit pour des lectures à une société philosophique; il en fit passer une partie, pour le fond des idées, dans l'Eramen des lecons de M. Laromiguière, publié en 1817; enfin, en 18292, il forma de nouveau le projet ferme de donner son grand travail au public. On lit en effet, dans son Journal intime, sous la date du 24 octobre 1892, les réflexions suivantes qui sont relatives à ses travaux des jours précédents : « Je revenais avec attrait sur mes anciennes idées; « je relisais mes manuscrits avec intérêt, et en pensant sé- « rieusement à en former un ouvrage que je pourra « bientôt publier. » Les manuscrits dont il est ici question sont bien certainement ceux de l’Essas, car on trouve dans une marge dudit Essai une note, datée par une exception unique, et la date est celle du 10 octobre 1822.

En revenant à son manuscrit de 4812, il ne s'agissait pas seulement pour l’auteur d’en revoir quelques détails, ou d’y introduire quelques changements pour l’ordre et la forme de la rédaction. Dix années de réflexion avaient modifié ses vues sur des points essentiels, et il fallait introduire dans le travail ancien le résultat des pensées nouvelles. M. de Biran paraît avoir reconnu que ce remaniement lui coûterait plus de peine qu’une construction nouvelle. Ge qui est certain, c’est. qu'en 4893 il se décida à laisser définitivement de côté ses manuscrits antérieurs, et cummenca, sur un plan nouveau, la rédaction d’un travail

destiné à remplacer le précédent, les Nouveaux Essais d’Anthropologie.

La rédaction de l’Essas, malgré les travaux prolongés auxquels cet écrit avait donné lieu, paraît n'avoir jamais été terminée. Le commencement de l'ouvrage a élé souvent remanié, il ne reste du milieu qu'un écrit de premier jet, la fin demeura à l’état de notes ou même de simple projet. Le chapitre essentiel, du raisonnement, existe sous la forme d'un recueil de matériaux plutôt que sous celle d'une rédaction définitive, et les sujets importants des sentiments, dans l’ordre le plus élevé du développement humain, et de la liberté morale, ont, dans le plan général du livre, une place qui demeure vide dans la rédaction. Enfin 1l n’existe que des ébauches très-imparfaites d'un résumé général de l'ouvrage qui devait en reproduire sommairement tout le contenu, sous la forme d'un tableau synoptique.

La rédaction de l'Essai était donc incomplète lorsque M. de Biran renonça à ce travail pour en entreprendre un autre. De plus, la partie de cette rédaction , que l'auteur avait terminée, ne nous est pas parvenue dans toute son intégrité. Lorsque les manuscrits de M. de Biran sont arrivés à Genève, quelques parties de l'Essai seulement se trouvaient réunies dans leur ordre naturel. Un grand nombre de feuilles se trouvaient comme perdues dans des masses de papiers en désordre, et ont dû en sortir peu à peu par un travail persévérant. À la suite de ce travail, l'écrit s’est retrouvé dans sa série continue, à l’exceplion d'un petit nombre de feuilles dont l'absence forme deux lacunes, de peu d’importance d’ailleurs , l'une à l'article des idées d'unité et d’identite, l’autre à l’article des idées de liberte et denécessité. Mais si la série de la rédaction a reparu ainsi presque en totalité, le texte résultant des derniers remaniements n'a pasété partout retrouvé. En quelques endroits,

des séries de feuilles copiées par une main étrangère, puis corrigées de la main de l’auteur, offraient des lacunes qu'il a fallu combler en recourant aux parties correspondantes de la minute, heureusement conservée.

Toutefois, après ces explications, il est permis de dire que nous possédons l'Essai sur les fondements de la Psychologie, tel que M. de Biran l’avait rédigé, et on peut ajouter que, bien qu’inachevé, cet écrit suffit pleinement pour donner une connaissance complète des théories de ce philosophe, dans le milieu de sa carrière.

Les Nouveaux Essais d'Anthropologie n'ayant été qu'ébauchés, et ébauchés dans quelques-unes de leurs parties seulement, l’Essai demeure la production la plus étendue de M. de Biran, et, quant à la pure Psychologie, son ouvrage capital. Dans son ensemble il est inédit. Il faut seulement noter qu’une partie de l’Intraduction générale a été publiée sous la forme et le titre de fragments dans la Bibliothèque universelle de Genève (mars 1845 à mars 4846). Cette publication date d’une époque où l'Essai n'avait pu être encore reconstitué dans toute son élendue , et les fragments ayant été publiés en partie d’après une minute incomplète, et non d’après la copie corrigée qui entre dans le corps de l’Essai, leur texte comparé au texte même de l'ouvrage offre un certain nombre de variantes.

Pour compléter ces indications bibliographiques, disons encore que l'Essai avait été mis sous presse à la fin de 1847, et que dix feuilles étaient composées au moment où l'entreprise fut arrêtée par la Révolution de février 1848.

Il reste, pour terminer, à faire connaître les règles que j'ai adoptées, après divers tätonnements, pour me diriger dans ma tâche d’éditeur.

Le premier parti à prendre était relatif aux surcharges

que le manuscrit offre en grand nombre. Ces surcharges

sont quelquefois reliées au texte par des signes de renvoi,

ou, en l'absence de tels signes , leur nature même prouve

qu'elles devaient s'ajouter à la rédaction primitive ou rem-

placer des lignes que l'auteur a négligé d'effacer. Mais dans des cas très-nombreux aussi, il ÿ a lieu à se demander si l'on est en présence d’une correction du texte ou si l’on

a affaire à une simple note , n'ayant jamais dû , dans l'intention de l’auteur, se relier à la rédaction. M. de Biran avait en effet l'habitude d’user des marges de ses manuscrits pour. y fixer une pensée qui lui traversait l'esprit, comme il usait dans le même but de ses agendas de poche, du dos des lettres de ses correspondants, en un mot, de tous les

papiers qui lui tombaient sous la main.

Je crois être arrivé à distinguer avec assez de certitude les surcharges vraiment relatives au texte, de celles qui ont un caractère différent. Mais, ce travail accompli, une autre question se présentait, question plus difficile à résoudre que la précédente.

L'Essai a été retouché pendant dix années consécutives, et, pendant cette période, les vues de l’auteur ont subi des modifications considérables. Un petit nombre de surcharges, manifestement reliées au texte primitif, à titre d’additions ou de corrections, portent la trace des changements survenus dans les vues de M. de Biran. Là était la diff culté, Conserver ces surcharges en laissant à l'ouvrage la date de sa rédaction, c'était attribuer à M. de Biran , sous cette date de 481%, certaines opinions auxquelles il est notoire qu’il n’est parvenu que plusieurs années après. Il aurait donc fallu, pour éviter toute méprise, joindre des notes au texte. Ces notes, qui auraient été importantes si les corrections de l'Essai demeuraient la seule trace des nouvelles pensées de l’auteur, auraieñt perdu leur intérêt et fait

double emploi par le fait que diverses productions subséquentes, et en particulier les fragments des Nouveaux Essais d'Anthropologie sont à cet égard la source importante à consulter. Les surcharges dont il s’agit ne sont en réalité que des notes dont les Nouveaux Essais offrent le développement.

Après réflexion, il m’a donc semblé que le mieux était, en laissant subsister, quelle que soit leur date, les corrections relatives à la forme de l'exposition seulement, de supprimer les remaniements qui manifestent, quant à l’idée qu'ils expriment, des vues que M. de Biran n'avait pas en 1812. Le texte que je présente au public est donc le texte qui, pour l’étude du développement successif des pensées de M. de Biran, répond à la date de l’Essai; c’est, sauf des corrections relatives au style, et non à la doctrine, le texte pur de 1842.

Il est presque superflu de dire que l’absence d'une dernière révision de l’auteur se fait sentir dans l’Essat sur les fondements de la Psychologie. Les portions du texte, ajoutées après. la première rédaction, n'ont pas toujours été rattachées à ce qui les précède ou à ce qui les suit, avec {out le soin désirable. On pourra remarquer, par exemple, quelques défectuosités, provenant de cetle source dans l’article consacré au système de Descartes, qui estun des points les plus surchargés de tout le manuscrit. |

Le chapitre du raisonnement était représenté par plu-. sieurs séries de feuilles formant sur divers points des rédactions parallèles entre lesquelles M. de Biran se réservait de choisir, ou qu'il se proposait de refondre en un même tout. En adoplant une de ces séries pour le texte de l’ouvrage, il s’est donc trouvé des feuilles très-nombreuses laissées de côté. J'ai tiré de ces feuilles deux fragments, qui figurent à la fin de l'ouvrage sous le titre d'Appendices.

Ces fragments, trop importants pour être condamnés à l'oubli, ne pouvaient être incorporés dans letexte, sans des des remaniements que l’auteur seul aurait eu le droit d'o-

pérer.

Le tableau synoptique qui devait résumer le livre, n’est

représenté que par des ébauchesqu'il est impossible de publier ; il est remplacé par un résumé, ouvrage de l'éditeur.

Deux mots encore touchant les soins donnés au texte dans ses détails.

L'Essas renferme un assez grand nombre de citations. Souvent ces citations sont faites de mémoire, et sans une enlière exactitude ; souvent quelques mots seulement indiquent une phrase ou un paragraphe qui devait être transcrit ultérieurement. J'ai vérifié, complété et rectifié au besoin les citations, et pour plus d’homogénéité, j'ai mis en français tous les passages de Descartes, que M. de Biran indique tantôt en français et tantôt en latin, sans que la différence des langues influe en aucune manière sur les considérations qu'il présente.

Il a fallu ajouter quelques titres; il convenait d'en modifier quelques autres, ainsi que l’auteuraurait été conduit à le faire en revoyant son œuvre pour l'impression. Dans tout le reste, je me suis prescrit, comme un devoir, la fidélité la plus scrupuleuse, en ne prenant vis-à-vis de larédaction de M. de Biran, aucune liberté dépassant les limites de celle qu'accorde un écrivain à un simple correcteur d'épreuves. |

La table des matières que voici, et les notes qui l’accompagnent fourniront du reste au lecteur qui le désirera la facilité de se rendre compte, dans le plus grand détail, de l'état des manuscrits et de la nature de mon travail.

Introduction générale.

4 Résumé des Mémoires couronnés par l'Institut de France, l’Académie de Berlin et l’Académie de Gopenhague (1).

2, Détermination du fait primitif du sens intime (2).

3. Projet de conciliation entre les divers systèmes des philosophes sur la génération des idées (3).

4. Coup d’œil sur les divisions de la psychologie et sur la méthode qui y est appropriée (4).

6. Des moyens que nous avons pour vérifier ou reconnaître nos facultés. — Causes des disputes sur l'obscurité et la clarté des idées psychologiques (b).

6. Des méthodes pratiques appropriées au développement ou au perfectionnement des facultés (6). |

Rte ER

(1) Titre ajouté par l'éditèur. — 11 n'existe dans les manuscrits que la minute de l’auteur, Ce résumé a été publié dans la Bibliothèque universelle, mars 4845. .

(2) Titre ajouté par l'éditeur, — Pour cet article de l'introduction et pour les quatre suivants il existe dans les manuscrits la minute, une COple corrigée par l'auteur, plus quelques variantes. |

3) La Bibliothèque universelle, février 4846, renferme une variante T6lative à la fin de cet article. | ,

(4) Variante relative à cet article dans ls Bibl{othèque universelle, avril

h5. | (5) Cet article a été pubiié dans la Bibliothèque universelle, juin et juillet 4845.

(6) Cet article a été publié avec quelques variantes et quelques transpositions dans la Bibliothèque universelle, mars 1846.

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