INTRODUCTION DE. L'ÉDITEUR. CII
prit humain à prendre sérieusement ses propres lois
pour la réalité des choses. Les panthéistes rationalistes se font d’ailleurs la plus étrange des illusions, lorsqu'ils se figurent établir une science pure de toute donnée extra-rationnelle. Tout leur édifice en effet repose sur une hypothèse qui, pour la hardiesse, ne le cède à aucune autre, savoir que la raison se pose elle-même comme étant l'absolu. Après Kant, il ne devrait plus être permis de se méprendre sur la nature d'un tel point de départ, et d'attribuer l'évidence à une affirmation de cette espèce.
En vertu des explications qui précèdent, la question de savoir si le christianisme peut servir de base à une philosophie, revient à celle-ci : La foi chrétienne s’appuie-t-elle sur des faits observables dans la nature humaine, et fournit-elle des lumières satisfaisantes pour la solution des problèmes que se pose l'esprit humain ? Si elle remplit ces deux conditions, elle se recommande à tout esprit impartial, à titre d'hypothèse sérieuse et digne d'examen. Or elle remplit ces deux conditions plus et mieux qu'aucune autre des théories que renferment Îles annales de la pensée humaine.
Le premier de ces points de vue surtout fut celui de M. de Biran. Il constate par l'observation desétats intérieurs qui viennent offrir à la vérité révélée des appuis positifs. La défaillance de l’âme abandonnée à ses propres ressources, l’action de la grâce divine pour la relever, l'efficacité de la prière, la joie et la paix dont nous avons l’impérieux besoin, et que nous rencontrons dans l'Évangile, ce sont là pour lui des
LA
eciv OEUVRES DE M. DE BIRAN.
vérités d'expérience, des vérités psychologiques et non de foi seulement. 1! considère comme une pau-
‘* vre philosophie, celle qui néglige de prendre ces vérités en considération, parce que l'esprit engagé dans cette voie dépasse les limites ordinairement posées entre la science et la religion.
Mais admettons que ce ne soient là que des illusions; admettons que cette base psychologique de la vérité chrétienne soit trouvée chancelante. Entrons dans les doutes qui arrêtent parfois M. de Biran, dans sa carrière : les états intérieurs attribués à la foi comme à leur cause, peuvent n'être en réalité que le simple résultat du jeu des organes et de l'équilibre des fonctions de la vie. D'autres faits restent, des faits qui défient les explications de cet ordre.
L'horgme est destiné à trouver le bonheur dans l'ordre, à accomplir la loi de la conscience, à entrer librement dans les plans de l'amour universel; il est destiné à traverser la vie, dans la joie et la paix, comme un voyageur appelé à de plus hautes destinées. Mais l’homme est déchu; impuissant pour le bien sans cesser de l'aimer; entrainé vers le mal sans cesser d'entendre, dans les profondeurs de son âme, une voix secrète de reproche et de protestation; son cœur s'attache aux choses passagères de la vie, et toutefois sans y rencontrer le bonheur... Tel est l’enseignement chrétien. Or, il ne suffit pas de dire que le péché originel est un mystère, que la ratson n’a rien à faire dans les questions de cet ordre, et de passer outre. La doctrine de la chute présente
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cer
sans doute, en elle-même, de graves difficultés; mais l'état de l’homme, sous le double rapport du bien et du bonheur, est certes une matière d'observation ; et ce qu'il importe de se demander, c’est si cet état, tel que l'expérience le manifeste, ne soulève pas des problèmes dont le mystère de la chute offre seul une explication plausible. L'âme humaine est-elle dans des conditions normales, ou bien est-elle le théâtre permanent des luttes décrites par l’apôtre saint Paul, chantées par le poëte Racine? Les sombres éclairs que jette la pensée de Pascal, quand il exalte et rabaisse tour à tour notre nature, sont-ils des contradictions, ainsi qu'on se plaît à le dire? ou bien la contradiction est-elle dans les choses mêmes, dans cette âme avide du bien et enchaînée au mal; dans cette poursuite du bonheur qui aboutit à la misère, dans cette soif de vie à laquelle répond la mort? Cequi est contradictoire aux faits, à l'expérience de chacun, aux combats, aux souffrances, aux déchirements de l'humanité, n'est-ce pas la doctrine qui prend pour bon notre état actuel, substitue à l’idée du mal celle d’un moindre bien, d’une simple imperfection, la conception abstraite d’une imitation de l'être ; et, en présence des lugubres problèines du péché et de la souffrance, hasarde des solutions qui blessent la
conscience, sans avoir au moins l’excuse de satis-
faire la raison ?
Allons plus avant : Il y a une transmission héréditaire du mal : voilà le christianisme. Et que dit une psychologie vraie? Si l’homme porte en soi des principes innés de raison; s'il est faux que son en-
ec: ŒUVRES DÉ M. DE BIRAN.
tendement soit une table rase; est-il moins faux qu'il naisse table rase sous le point de vue moral, et se trouve dans un parfait équilibre entre le bien et le mal? N’y a-t-il pas des penchants de naissance qui deviennent le vice, quand la responsabilité apparaît? Lorsque la conscience s'éveille, ces penchants sont-ils devenus, oui ou non, des habitudes impérieuses comme le besoin, fortes comme la nature? Chacun est-il responsable de tout le mal qui est en lui? Peut-on, sans outrager la justice, dire à une créature humaine : de tout ce que tu reconnais en toi de contraire à la loi parfaite de la morale, il n’est rien qui ne soit l'œuvre de ta volonté? N'y a-t-il pas entre l'individu et ses ancêtres, entre une génération et une autre génération, entre l’homme et l'humanité, une solidarité mystérieuse sans doute dans sa nature et son origine, mais dont la réalité est claire comme le soleil, pour qui n'a pas appris que dès qu'on aborde un domaine qui touche aux dogmes religieux, il faut ou sourire, ou s'incliner et porter ailleurs ses regards?
Loin de.moi la pensée d'affirmer que les vérités chrétiénnes peuvent directement se lire dans les faits et ressortir d'une simple observation. Mais ces vérités sont dans un rapport immédiat avec des éléments
d'observation qui les confirment, qui peuvent con-
duire à les faire accepter; et si le caractère d’une saine philosophie est d'appuyer fortement ses bases sur l'étude attentive de l'âme humaine, ce n’est pas une philosophie chrétienne qui faillira à cette condition. La solidité de ses principes apparaîtra d'autant
INTRODECTION DE L'ÉDIFÉER. covit
mieux, qu'on creusera plus: profondément dans les secrets de notre nature.
La philosophie chrétienne faillira-t-elle davantage à la seconde condition d’unescience digne de cenom, qui est.de fournir des solutions aux grands problèmes que se pose l'esprit humain? Certainement la lumière évangélique n'a pas apparu dans le monde sous la forme spéciale de cette clarté intellectuelle que cherche la métaphysique. Tout dans les paroles de Jésus-Christ et dans la prédication de ses apôtres tend à la pratique, au relèvement, à la consolation, au salut des âmes ; rien n'est dirigé du côté des recherches et des curiosités de l'esprit. Telle est la religion dans son essence, et en tant que religion, elle ne doit ni ne peut abandonner ce terrain. Mais il n'est pas une parole de piété qui ne suppose une doctrine, pas une vérité pratique qui ne soit dans une connexion intime avec une vue théorique; et les éléments les plus simples de la religion, les vérités qui entrent sans effort dans l'âme de l'enfant, de l’homme du peuple, de la pauvre femme, contiennent toutefois tous les germes d’une conception systématique de l'univers, renferment des réponses aux plus hautes questions que puisse se poser la pensée spéculative.
Le théisme proprement dit, le théisme clairement formulé et pur de tout alliage, appartient | spécialement au christianisme, nous l'avons dit, et, en Île disant, nous avons pu nous appuyer du témoignage non suspect d'un des chefs de la philosophie française contemporaine. Ce qu'on sait moins peut-
con . ŒUVRES DE M. DE BIRAN.
être c'est que, d'une manière plus générale, la vérité chrétienne est riche de solutions qui lui sont propres pour les grandes questions que les penseurs débattent depuis l’origine de la science. Il existe un certain nombre de difficultés qui, sous le nom de dualités ou d'antinomies, sont véritablement en philosophie les questions maîtresses dont tout le reste dépend. Concilier l'infinité de Dieu avec la réalité du monde, sans recourir à des solutions équivoques qui nient au fond un des deux termes du problème ; — interpréter l'opposition du bonheur et du devoir, dont les besoins les plus impérieux de l'âme tout entière réclament la parfaite union; — expliquer le mal et la souffrance, sans atténuer la réalité des faits et sans léser les droits imprescriptibles de la conscience ; — dire pourquoi la raison a besoin d'arriver sur tous les sujets à une pleine lumière, tandis qu’elle va se heurter de toutes parts à des mystères impénétrables : ce sont là quelques-unes au moins des exigences principales d’une philosophie sérieuse et digne de ce nom. Or, pour tous ces problèmes, le christianisme, interprété par une science fidèle, fournit des solutions spéciales et seules satisfaisantes.
Ces solutions se trouvent, sans doute, plus ou moins énoncées dans les travaux accomplis depuis l'ère chrétienne; mais elles s'y trouvent éparses, mêlées souvent aux restes des conceptions de la philosophie antique qui les obscurcissent ou les dénaturent. La science chrétienne est appelée, de nos jours, à les dégager purement et avec netteté de l'ensei-
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cc
gnement religieux dont elles émanent, à. les rclier entre elles. à les suivre dans leurs conséquences, par les procédés propres de la raison. C'est ainsi qu'on pourra prouver par le fait que, sus le joug, ou, pour mieux dire, dans la lumière de la foi, la raison voit s'étendre son domaine, devient plus forte et plus libre, ne recule devant aucun problème, ne s'arrête que lorsqu'elle a reconnu qu'elle doit s'arrêter; et, après avoir prouvé sa force en ne tentant pas follement de percer des ténèbres dont elle a reconnu la cause et le caractère de nécessité, la montre encore en trouvant la solution de problèmes que le rationalisme évite ou dénature. C’est en fondant une science vraiment chrétienne dans ses bases, et vraiment scientifique dans ses procédés, qu’on pourra confirmer les croyants dans leur foi, et rendre respectable à tous les esprits sans préventions une doctrine qui, d’une part, ira se fonder solidement sur la psychologie, et de l’autre, porter la lumière dans les plus hautes sommités de la métaphysique.
Une telle science cdnfirmers les croyants dans leur foi; car nous pensons que le dernier effort de la philosophie est d’affermir les vérités élémentaires qui font la vie des âmes chrétiennes. Nous pensons que l'intelligence la plus humble et l'esprit le plus élevé peuvent se rencontrer en présence. de l’Évangile, dans la même foi, dans la même espérance. Nous n’en sommes pas réduits à creuser un abîme entre le commun des esprits et la classe hautaine des penseurs. Nous croyons que la vérité est reçue pour être donnée, et que ceux qui s'élèvent sur l'échelle
cex ŒUVRES DE M. DE BIRAN.
de l'intelligence, ont la mission et le devoir d'attirer les autres à eux (4). Une foi incompatible avec la science est, sans doute, erronée; mais une science qui détruit le besaia de répandre la vérité, qui déclare impossible la communion universelle des âmes dans l'intelligence et l'amour; yne science qui, en échange du sentiment de l’hymanité qu'elle Jeur enlève, promet à ses disciples les tristes joies de l'orgueil et du dédain, une telle science, de quel nom faudra-t-il la nommer?
Ce serait déjà un grand titre d'honneur pour une philosophie chrétienne, que de prémunir la pensée cantre des aberrations qui semblent nous faire rétrograder jusqu'aux jaurs des contemplatifs de l'Inde antique.
Et qu’on ne dise pas : Que voulez-vous? Voulezvous revenir qu moyen-âge? Voulez-vous renoncer à la liberté de la pensée et aux conquêtes de l'esprit moderne? Ce que noys vaulons, c'est de relever la pensée abattue en lui indiquant des voies de lumière, loin desquelles elle s'égare dans le découragement ; ce que nous yoplons, c'est de préparer l'avenir de la science en la faisant vivre du principe qui seul fait vivre, seul peut faire durer ce qu’il y a de salutaire dans la civilisation moderne.
La philosophie est-elle jsalée, a-t-elle d'autres destins que le mouvement général des esprits? Est-ce revenir au moayen-âge, que de réclamer toujours ————
(4) Le savant s’est senti le frère de celui qui ignore ; il a compris
que le premier acte de la piété envers le ‘ciel, était d'éclairer et de féconder les intelligenchs. (Jules Simpn.)
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. ccxi
plus, pour l'état social, la justice égale pour tous, la charité universelle, la liberté de conscience, la pureté des mœurs ? et qu'est-ce que tout cela, sinon l’enseignement de l'Évangile, accepté, à des degrés divers, par la conscience des peuples? Le moyenâge a beaucoup fait sans doute : de la putréfaction romaine et de la barbarie des nations conquérantes, il a tiré la société moderne. Mais l'œuvre est-elle achevée? A-t-on épuisé le christianisme ? L'a-t-on dépassé ? A-t-on trouvé des principes nouveaux, des principes meilleurs? Et qui donc oserait soutenir sérieusement que poursuivre l’œuvre de la civilisation chrétienne, c’est revenir en arrière ?
La philosophie est dans les mêmes conditions. Le moyen-àge a beaucoup fait aussi dans ce domaine : il a organisé le monothéisme; il a développé le sens moral ; il a discipliné et fortifié l'esprit humain ; ila permis et préparé l’avénement des grandes théories de la nature. A-t-il tout fait? A-t-il épuisé la science chrétienne? Cette science, l’a-t-on dépassée? A-t-on trouvé, dans l'ordre métaphysique, des principes nouveaux et meilleurs? Qui oserait le dire? Qui oserait dire que la philosophie s’est assimilé toute la substance de l'Évangile, quand les penseurs les plus illustres n’ont pas réussi à asseoir sur des bases solides les doctrines pour lesquelles ils ont combattu ; quand Descartes ne prévient pas Spinosa; quand Leibnitz échoue à sauver la liberté; quand Kant voit son œuvre méconnue et faussée avant de mourir; quand le panthéisme, le matérialisme, le doute renaissent de toutes parts, et que les intelligences les plus hardies
CCXII ŒBUVRES DE M. DE BIRAN
et les plus éprises de l'amour des nouveautés, n'aboutissent qu’à renouveler la forme de conceptions anciennes, souvent repoussées déjà par la conscience humaine? Oh ! que nous sommes loin d’avoir solidement implanté dans le sol de la science ces vérités évangéliques que le cœur réclame, que la conscience accepte, qui éclairent l'esprit, étendent son horizon, et tout ensemble le préservent des abîmes ! Que nous sommes loin de voir régner une philosophie digne de ce nom, qui nous laisse le Dieu vivant et vrai, créateur du monde et de l'humanité, l'ordre moral dans toute sa pureté sainte, un soulagement à n0s souffrances, un pardon à nos fautes, la prière vraie et les fermes espérances de l'avenir !
Non, certes, il ne faut pas revenir au moyen-âge. Il faut proscrire l'intervention du pouvoir social dans les matières de pensée et de croyance. Il faut s'unir dans une ligue sainte en faveur de la liberté intérieure, de la liberté des àèmes; appuyer toutes les voix qui soutiennent cette cause de justice ; dire aux gouvernements que, s'ils doivent protéger l’ordre social et affermir ses bases, ils n'ont pas mission pour décider de la vérité et de l'erreur; rappeler aux chrétiens que l'Évangile n’est pas né dans le pouvoir mais dans la persécution; qu'il a conquis le monde par la patience, non par le glaive; et que ses armes dans ce grand combat ne furent que l'ohéissance et le martyre. Voilà ce qu'oublia le moyen-âge; voilà ce que doivent proclamer aujourd’hui de concert, et tous ceux qui croient au christianisme, et tous ceux qui, sans y croire, acceptent pourtant quelques-uns
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. GCxuI
des principes toujours prêts à sertir de son sein.
Puis, il faut renoncer encore, je ne dis pas, l'avis serait superflu, à canoniser Aristote, et à prendre chacune de ses sentences pour un oracle, mais à accepter trop facilement les résultats des travaux des Pères de l’Église et des docteurs de la scolastique, comme identiques à la révélation. Il faut se demander, au contraire, et rechercher avec soin, s'ils n'ont point trop subi l'influence de la science antique ; si la pureté des solutions chrétiennes dans l'ordre de la métaphysique ne s’est point altérée parfois dans leurs expositions, par une alliance trop intime avec les savantes doctrines d’Aristote ou les nobles théories de Platon.
Il y a là tout un travail historique, aussi important en soi qu'il est conforme au génie de notre siècle. La scolastique avait son œuvre à faire ; elle l’a accomplie. 1nintelligents dans notre orgueil, ne répudions pas son héritage, mais ne retournons pas en arrière. Demandons au passé les gages de l’avenir. Dans les conditions nouvelles qui nous sont faites, à la lumière et dans la liberté, reprenons et poursuivons l’œuvre excellente de la science chrétienne. Remontons aux sources de cette science, à la prédication apostolique consignée dans les documents écrits qui la conservent, transmise et confirmée au travers des siècles par la foi des âmes croyantes, cette tradition perpétuelle qui toujours a suhsisté à côté des discussions de l’école. Que la pensée qui a transformé le monde verse toujours plus ses eaux pures et fécondes dans le domaine propre de
CCxIv ŒUVRES DE M. DE BIRAN.
la philosophie. Bms cette œuvre, aidons-nous avec respect mais avec liberté du travail des siècles et des efforts des docteurs de l’Église ; aidons-hous des recherches de toutes les intelligences, de toutes les âmes sincères qui, comme M. de Biran, sont venues à la foi sans déserter la science. . .. et, munis de ces ressources, marchons en avant.
C'est une étrange illusion que de croire le christianisme épuisé, et la transformation qu'il a apportée dans l'esprit humain, parvenue à son terme. C'est le méconnaître, que le croire asservi à une forme passagère, et de le supposer détruit parce qu'il fut contenu, pour un temps, dans les cadres aujourd'hui brisés de la scolastique. Sans doute, le christianisme est immuable de sa nature; on ne saurait ni refaire, ni modifier l'œuvre divine. Mais autre chose est la vérité religieuse, autre chose les systèmes qui s'efforcent d'en exprimer scientifiquement le contenu. Le soleil ne s'est-il pas levé toujours le même, sur les ruines successives des systèmes des astronomes? La nature ne poursuit-elle pas son cours, au milieu des théories des naturalistes qui s'élèvent et s’écroulent tour à tour? L'Évangile éter nel survit de même aux conceptions de la science qui cherchent à l'exprimer; et tandis que les systèmes se succèdent, passent et se renouvellent, il demeure comme une source permanente de lumière; les siècles passeront sans l'éteindre.
Toute forme extérieure peut se détruire ; humaine, elle appartient au domaine de la mortalité: la vérité ne meurt pas parce qu’elle a la vie en elle-mème. Vé-
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CCxY
rité ancienne et toujours nouvelle, source où l’on puise depuis dix-huit siècles sans que son flot diminue, l'Évangile suffira aux besoins de la pensée, aussi longtemps que la pensée poursuivra son cours; loin d'arrêter l'essor de l'esprit humain, il lui réserve de nouveaux progrès et de nouveaux triomphes.
Il n’est pas temps en vérité de s'arrêter avec découragement sur la route, de douter de l'avenir et de regarder en arrière. Nous avons mieux à faire que de nous borner à recueillir, comme dans un miroir, les rayons pâlissants de la sagesse des siècles écoulés. Le jour où les Chrétiens, renonçant à leurs luttes intestines, travailleraient de concert à compléter l'œuvre commencée de la science vraie, et l’offriraient à un monde qui, après tout, a besoin de doctrine et de vérité; le jour où la philosophie éclairée par tant d'expériences et avertie par tant de chutes, embrasserait sérieusement l'Évangile, et rassemblerait tous les jets de lumière qui jaillissent de ses ténèbres, ce jour-là serait grand et lumineux dans l’histoire de Îa pensée.