SECTION PREMIÈRE
CONSIDÉRATIONS SUR LES DIVERS SYSTÈMES DE PHI- LOSOPHIE ENVISAGÉS RELATIVEMENT A L’ANALYSE DES FAITS PRIMITIFS.
em en —
Il est, je crois, assez généralement reconnu (et personne ne peut le nier) que toute perception coms plète ou actuelle, comprend, avec le sentiment. du moi, simple, un, et constamment identique à luimême, la représentation ou l’intuition de quelque chose, soit objet, soit impression sensible, variable et multiple, différente de ce moi. *
De quelque manière qu'on puisse expliquer l'union intime ou l'association des éléments de pereep tion, toujours faut-il reconnaître que ces éléments sont deux. C’est là un fait, une donnée actuelle, un point de départ d'où l'analyse pourra partir pour décomposer encore, ou pour s'assurer qu’il n’y a plus lieu à aucune décomposition ultérieure. Mais la dualité constatée, reconnue d'une manière aussi générale, est-elle bien le fait primitif? et ce fait est-il vraiment indécomposable? C’est ce que nous affirment des philosophes dont l'autorité est du plus grand poids; et qui ont même attribué toutes les illusions et les écarts des systèmes abstrails aux vaines tentatives faites pour expliquer et analyser la dualité qu’ils admettent
comme primitive et par là même inexplicable. Néan- IL 40
moins, ce point de. vue qui s'applique à notre expérience réfléchie actuelle, peut-il s'appliquer également à l’origine de nos facultés et de notre existence apercue? Le sentiment du #n0f at-il été umi d’une manière aussi intime, aussi indivisible aux impressions affectives? L'est-il môme toujours également à toutes Îles affections que nous pouvons éprouver dans notre manière actuelle de sentir et de percevoir? N'y a-t:il pas des degrés de variation en plus ou en moins, et, de cette expérience même, ne pouvons-nous pas induire avec fondement que le sentiment du moi ou d'individualité personnelle n’a pas nécessairement commencé avec les impressions de la sensibilité, ou ne leur est pas essentiellement inhérent? Ne pouvonsnous pas conclure par suite que l'espèce de dualité, qui constitue notre perception complète actuelle, n’est pas réellement primitive, mais que ses éléments ont pu être réellement séparés dans l'origine'et peuvent être conçus ainsi l’un hors de l’autre, non pas seulement dans un point de vue purement abstrait, mais dans certains modes réels et positifs de notre existence?
En attendant que nous puissions fournir des exemples propres à confirmer la séparation, admettons dès à présent comme hypothèse, l’un des éléments de ja peragption complète sous un titre quelconque, qui exprime sa simplicité, tel que l'effet d’une impression sensible séparée de tout sentiment du m0t ou d'individualité personnelle. On pourra demander si Île second élément, proprement nommé subjectif, peut aussi exister à part, ou plutôt 8j le moi, dès qu'il
commence à exister pour lui-même, n’est pas essentiellement et indivisiblement uni à quelque mode particulier qui lui serve pour ainsi dire de support; enfin, s’il peut y avoir de #01 pur, sans affection, intuition ou impression sensitive, comme il peut y avoir impression sensible sans mot. Dans le cas de l'affirmation, il ÿ a lieu de demander encore quellé peut être la nature ou le caractère de ce sentiment du moi, indépendamment de tôute modification accidentelle? Est-il simple et absolu, ou bien est-il composé et relatif? se fonde-t-il sur quelque condition qu'il soit possible d’assigner dans l'expérience, ou est-il vraiment inconditionnel? S'il est relatif, quel est le véritable conséquent de ce rapport fondamental qui détermine l'individualité personnelle? S'il a quelque condition expérimentale, quelle est précisément cette condition? Comment pourrons-nous la reconnaître sans sortir de l’expérience'intérieure? Telles sont les questions premières qu'il s'agit. de discuter, et dont la solution ne peut ressortir que d’une analyse plus exacte et plus approfondie des phénomènes du sens intime. C'est pour n'avoir pas fait cette analyse exacte et complète, ou pour n'avoir pas su s “arrêter à certaines limites, déterminées par la nature des choses ou par la nature même de notre esprit, que les divers auteurs de métaphysique me paraissent avoir laissé encore tant de doutes et d’inexactitnde sur l’origine et la réalité de nos connaissances, ainsi que nous allons chercher à le faire voir dans les exemples suivants.