‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 3)Chapitre 22 sur 37 · IL · texte numérisé non relu

IL

28S FOND. DE I^ BSTÇHCq[iOaiSt <» CARTf St SEGT. IV.

en remontant jqsqu'au principe m ftU priiPUifi Si jeyjÇHx ma rendre un epropte «xaqt de U nature des procédés intellectnels dont gç Qpmppse ççtte p^ rie de raisonnei»ent§i j'observe d'abord que Je pre^ mïev jngeinent seul est intuitif, pu que }a relptien qu'il établit est la seule qui soit apercw ou yuç ipi« médiatèment : toutes les suivante^ ne sqnt aperçuei^ que comme des dérivés plus pu moins éloignés de cette première» l^e second terme çst une dérivjition immédiate du jugement intuitif, c'est ce jugement dentique sous une autre expression ; par ei^emple, h relation plus^ cmrtç affirmé^ d^ U ligwe drpitç, ^ reproduit identique spus cette expression ; tm Ç0té(hk triangle mpdw petit guf (a 4omme de^ ikmis Qutnh ie troisième terme dépend du second f t par suit§ du

premier. II faut done que l'esprit éinbrstssiQ d'uuQ seule vue trpis relations, et si Ton y^uti la m^mç p^ produite SPUS trois pi^pressions différentes, Mw» l'iU'

tuitipn^ ou la vue immédiate, ewlut toute eoroposi^ tion et tout intermédiaire, les nptipns^ ou ra^pdPts qu'elle ft pour objut, ne peuvent admettre plu^ d« deux termes Biropl«s, Cette intuition, ou vue immé^ di^te, n'a doue plui^éjg lieu an troisième twnaçi et à plus forte raison dans les suivants ju^qu'^u der-r nier qui se complique de tOHtes les relation» suçoes^ fiivement aperçues entre tous peujt qui |e précèdent, en remontant jusqu^^u principe, pu fait ppinîîtifi évident par lui-même,

Cependîtnt la relation qui Ue Ip dernipr terme «W premier, ou le premier prinpipe à la dernièrg poq^ié"

qoeneei ^^imm eerUiine^ au^» nécessaire que ceU«

STSTËMUS RÊFLEXIFc *— ÇEL IV» 2S3

du prçipi^ au 3ecoDd terme» Jq suis aussi certain par exemple que l'espace parabolique compris entre unepqrtion de la cpurhe et deux coordonnées est égal aux deux tiers du produit de ces coordonnées, que je le suis de cette premièrQ vérité : la ligne droite est le plus court chemin. M^is j'ai l'intuition immédiatement de cette dernière vérité et je l'assure parce que je la vois, Je ne vois point h première par ellemême, mais je l'aperçois par l'intermédiaire d'une longue suite de déductions qui s'appuient toutes les unes sur les autres, et sur un ou plusieurs principes évidents par eux-mêmes, qui isont comme la clef de la voûte,

Que je voie l'image d'un objet réfléchie par une suite de miroirs, il peut y aivoir perte ou altération de lumière dans le trajet qu'ont ftit les rayons émanés de l'objet poqr arriver k mon œil; et ce n'est pas sans doute comme si je voyais cet objet à nu ; mais je n'en suis pas moins assuré qu'il existe. Il y a de même perte d'intuition ou altération d'évidence intuitive, à partir du prenjier jugement intuitif jusqu'au dernier jugement prouvé, mais il n'y a pas perte, altération de certitude, et celle-ci se transmet sans •aucun déchet du principe à la conséquence qui en dépend nécessairement, ou qui tient à ce principe par une suite de vérités intermédiaires, comme le dernier chaînon d'une longue chaîne tient au premier anneau, et celui-ci à un point fixe où elle va se rattacher (1).

(1) «Or, cette évidence et eelte certitude de l'intuition doit se retrouver non-seulement dans une énonciation quelconque , mais dans tout raisonnement, » (Descartes, Règles pour la direction de Fcspritp — Higle m»)

Mais comment cette liaison peut-elle s'établir entre tous les jugements certains dont la suite compose un raisonnement développé? Et puisqu'à partir du premier rapport ou du premier fait évident par luimême, il n'y a pas d'intuition immédiate, de vue immédiate de la vérité dans les relations intermédiaires, comment pouvons-nous être assurés que la chaîne est continue ou que la conséquence est liée à un principe et en dépend nécessairement, soit par la loi d'identité, soit parcelle de causalité, car la même forme de raisonnement peut embrasser ces deux sortes de lois? Quel est le procédé intellectuel qui peut remplacer ou suppléer l'intuition de la vérité, et fonder la certitude des déductions, aussi complète que celle des principes évidents par eux-mêmes? Supposez que, partant du point fixe où s'attache une longue chaîne matérielle et saisissant le premier anneau, je parcoure continuement tous les chaînons a. b. c. d. e. jusqu'au dernier, sans trouver aucune lacune; quand je suis au bout, j'affirme que tous les chaînons tiennent les uns aux autres depuis le dernier que je touche actuellement jusqu'au premier que je n'aperçois pas, mais dont l'existence fixe et la liaison médiate avec le dernier m'est assurée, aussi certaine- * ment que si je les embrassais l'un et l'autre dans un seul et même acte de perception. Or, quelle est la faculté ou le procédé intellectuel qui me rend encore présent le premier chaînon que je n'aperçois plus par le sens, et qui me fait affirmer sa liaison avec celui que j'aperçois? Cette faculté ne peut être que celle qui fait revivre les actes intellectuels déjà exécutés,

pour les unir aux impressions présentes, et se sert des conceptions passées pour former les conceptions nouvelles : facultas non imaginum custos, sed quœ ex rébus mente conceptis propositum denuo promere potestf.,. la mémoire. C'est à cette mémoire intellectuelle que nous devons toutes les vérités déduites, toutes les notions que nous avons composées nousmêmes et qui ne sont pas simples et primitives.

Il y a une analogie très-remarquable entre le mode de coordination de nos jugements synthétiques dans le temps, et celui de nos perceptions directes, ou intuitions sensibles, dans l'espace. L'exemple que nous venons de rapporter est très-propre à faire concevoir cette analogie , et le procédé intellectuel qui lie les jugements les uns aux autres, dans ces longues déductions dont se compose un même raisonnement, ne diffère pas au fond de celui par lequel l'aveugle groupe sous l'idée d'un seul corps, ou figure tangible, toutes les lignes, les faces et les angles solides que le sens du toucher actif découvre, par une succession de mouvements continus. La différence qui existe dans la nature des éléments associés ou groupés, et dans l'espèce des relations aperçues, n'influe point sur le mode des associations, et c'est la même faculté qui effectue les unes et les autres, ou les rend possibles.

L'acte de réminiscence qui rappelle un jugement intuitif nous assure que ce jugement a déjà eu lieu; l'être pensant le reconnaît, comme il se reconnaît le même, identique, qui a existé et qui existe actuellement. Mais comme la réminiscence personnelle ne diffère pas du sentiment de la même existence cou-

286 FOND. Dg LA PSICHDLOCÎÉ. — PART. H. SECT. IV.

tinuée , ou que le moi ne peut penser qu'il â été dans un temps passé, sans apercevoir immédiatement qu'il est identique dans le moment présent, ainsi la réminiscence, ou le souvenir d*une intuition, est encore la même intuition qui se répète dans le présent. En d'autres termes nous ne pouvons penser que nous avons eu l'intuition de telle vérité simple sans voir encore la même vérité, aussi immédiatement que la première fois. Ce caractère convient éminemment aux faits primitifs, ou à ces dérivés immédiats que nous appelons principes, et il ne convient qu'à eux. C'est donc un moyen sûr de les reconnaître, ou de les distinguer des vérités déduites (1). Celles-ci n'étant aperçues qu'à l'aide d'un nombre plus ou moins grand d'intermédiaires qui leâ séparent des premières, chacun des jugements qui concourent à établir telle vérité de conséquence, participe à la certitude du principe qui a servi de point

(1) Ceci répond à une question que fait M. Degérando dans son excellent chapitre des Desiderata^ où il a reconnu et exprimé de la manière la plus précise tous les problèmes que peut se proposer encore la psychologie. Il demande : i" Comment s'opère le passage des vérités primitives aux vérités déduites? T Si ces dernières sont essentiellement distinctes des premières vérités ?

Tout ce qui est simple et universel est primitif, tout ce qui est composé et général est déduit» Les notions d'unité, de ligne droite^ de moi, de force , de cause, et leurs premières relations sont primitives. Les cotnpositions de Tutiité, de la ligne, des forces, et les relations de ces composés sont déduites La plupart de ces déductions sont comme des proportions, où nous parvenons à reconnaître et à affirmer telles relations enti'e des idées complexes dont nous ne pouwns apercevt)ir tous les éléments, parce que ces relations sont identiques, égales ou analogues aux premières que nous apercevons immédialeùient. C'est ainsi que totiles les vérités sur les rapports des nombres et des tlgure» sont déduites dB premiers axiomes ou définitions d'arithmétique et de géométrie,

de départ, et la communiqué aux suivants, sanspouvoir leùf coiïimUtilquêî^ lé cafactfeï^e d'intuitidn qui resté éitcluâivémëttt attaché aux prémièï*es vérités immédiates. A chaque passage d'un jugement à l'au- Iré, passant du quatrième jugement au cinquième par éitempfe, l'esprit ne doit pas perdre de vue la dépendance ùtx ce quatrième se trouve du troisième, du Second et du premier; mais en formant la liaison actuelle, il ne peut apercevoir évidement toutes cellëâ qui ont précédé. îi répugné à là nature même de Tacte d'Intuition qu'il voie immédiatement tous ces rapports à la fois. Il ne conçoit donc ces rapporté successifs de dépendance qUe d après le témoignage de la mémoire, qui lui assure qu'ils oiit tôujoUrsrlieU par cela seul qu^îls Ont été aperçus Une fois. Si ces rapports avaient été apéi'çus par intuition immédiate, leur souvenir serait encore Une intuition, comme Test nécessairement lé êôuVeUir du principe. Or, il ii*en est pas ainsi, car nous sentônâ tfës-bien que nous n^avônâ pôintrapérceptîon ou lé sentiment actuel dé telle vérité déduite, dont ftôUé nouiS sérvonà pour en trouver Une autre, quoique nous lîouS Souvenions d'âtoît* aperçu clairement sa dépendance nécessaire d'Uh principe évident par lui-même. l)onc :

1** ï)aùs la suite des termes dont se compose un raisonnement, il ri*y à d'intuitif que le premier jugement, ce qui efet contraire à la théorie qui enseigne que pour qu'un raisonnement soit bon, chaque passage d'une notion à î^autre doit être un jugement intuitif.

St"* t)ans tout raisonnement développé, la mémoire remplit une fonction essèntiéttë, qtii né consisté pas

à nous faire apercevoir encore la mqme vérité comme ayant été déjà présente, comme dans la réminiscence des intuitions répétées, mais à nous assurer que cette vérité a eu lieu, que nous avons reconnu sa dépendance du principe à l'aide d'une suite d'intermédiaires, et que nous Tapercevrions encore en répétant les mêmes opérations. Ce dernier acte de souvenir diffère de la réminiscence comme la simple idée de l'objet qui nous a fait éprouver telles sensations diffère de la présence de cet objet que nous jugeons être le même en ce qu'il nous fait éprouver encore des sensations semblables.

3** Sans la confiance que nous attachons aux simples rapports de la mémoire, nul raisonnement ne pourrait avoir lieu et l'esprit ne sortirait jamais des limites étroites des axiomes, ou des premières vérités intuitives, comme le voyageur qui ne voudrait jamais perdre de vue le point d'où il est parti, bornerait sa course au cercle le plus étroit. Mais, au moyen du souvenir qui nous atteste la certitude absolue de certaines vérités déduites, déjà très-éloignées des principes, quand nous avons reconnu une fois quelles en sont les conséquences, nous nous appuyons sur ces vérités avec autant de confiance que sur des axiomes, et l'esprit qui les adopte comme principes, prenant son vol des points les plus élevés, peut atteindre aux plus grandes hauteurs. Qu'importe donc pour nous que certaines vérités mathématiques, telles que la similitude des triangles, ou le carré de l'hypothénuse soient intuitives ou non, si nous avons la faculté de les employer comme telles ?

.4° C'est la mémoire seule qui nous fournit des points de repos dans les longues suites de déductions ; car il suffit qu'elle nous assure que telle vérité a été démontrée, pour que nous n'ayons plus aucun doute sur sa certitude, et que nous considérions comme inutile de vérifier encore sa dépendance des principes. Sans cette heureuse confiance, la masse des vérités dépendantes les unes des autres, dont se compose toute une science telle que la géométrie, devrait être parcourue d'un mouvement continu depuis le principe jusqu'à la déduction la plus éloignée, et l'esprit aurait à porter tout le fardeau de ses idées à la fois. Que dis-je? Il n'y aurait aucune possibilité de connaître des vérités déduites, et rien ne serait prouvé que ce qui n'a pas besoin de l'être.

5** Ce repos, ou cette interruption du travail de l'esprit, dans le passage de chaque système partiel de vérités déduites, ou de chaque théorème pris pour principe à un autre qui en estla conséquence et quidevient principe à son tour, ces points de repos, dis-je, ne peuvent avoir lieu dans une suite de déductions qui tendent à établir une certaine vérité ou à lier une conséquence à son principe. Dans ce cas, comine dit Descartes (1), le mouvement de la pensée ne doit être interrompu nulle part, et il faut que ce mouvement rapide et continu vienne secourir la faiblesse de la mémoire, ou alléger le travail qu'il y aurait pour elle à lier des chaînons trop séparés ou éloignés les uns des autres. « Souvent en effet, » ajoute le

(i) Règles pour la direction de Cesprit. — Règle vu.

290 FOND. DE LA PSTCHCHiOGIE. — PART. H. SECT. Vf.

même auteur, « ceuï qui cherchent à tirer de prin- <( cipes éloignés des coûclusions trop rapides, ne « peuvent pas suivfe avec tant de soin la chaîne des a déductions intermédiaires qu*il ne leur en échappe « quelqu*une. Et cependant, dès qu'une consé- « quence, fût-elle la moins importante de toutes, a « été oubliée, la chaîne est rompue et la certitude de a la conclusion ébranlée (1). » En effet, la conclu-sion tîre toute sa certitude du principe, il faut donC qu*elle s'y rattache ou que l'esprit en aperçoive la liaison, mais s'il y a quelque intermédiaire omis, Ift liaison ne subsiste plus.

Revenons sur notre exemple delà coordination des impressions tactiles dans l'espace. Plus on parcourt tous les anneaux de la chaîne avec une rapidité continue, plus les perceptions successives se lient entre elles, de manière que le sens paraît tout faire, et que le résultat paraît être une continuité de sensations plutôt qu'une suite de perceptions et de souvenirs. C^est cette rapidité même dans le jeu de nos facultés d'associations successives qui nous cache la part que prend la mémoire à toutes les perceptions composées par des suites ou des combinaisons de mouvements., dont nous cessons d'avoir la conscience. Il en est de même des combinaisons ou des suites de jugements. Ainsi l'esprit qui forme rapidement des combinaisons étendues, en transportant dans ces combinaisons un petit nombre d'idées simples, croit saisir les unes comme les autres dans le même acte d'intui-

(i) Règles pour La direction de CespriU *^ Règle TUt

tion. En abrégeant le temps, il semblé qu^il rapproché les distancés : il semble que les conclusions sont plus rapprochées du principe parce que Tesprit va plus Vite de l'un aux autres; il semble enfin que la conclusion brille d'une lumière qui lui est propre ; l'esprit ne mesui*e plus TlnterValle qui le sépare du propre foyer de cette lumière intuitive. Ainsi le point lumineux qui tourne rapidement paraît remplir de lumière le cercle entier.

Prenons une suite d^égalités déduites, ou conclues les unes des autres, sous cette forme A=B=C=D i=^ X. Ce que nous en dirons peut s'appliquer de la même manière à tout autre rapport qu'à celui d*égaiité. Chaque couple de rapports forme un raisonnement en trois termes ; de ce que A égale B je conclus qu'il égale D et ainsi des autres. Mais chaque terme s'éloigne de plus en plus du premier rapport intuitif, et le dernier peut en être si loin que le souvenir de la première relation soit effacé. En parcourant cette suite par un seul mouvement continu, la même intuition paraît s'étendre du principe jusqu'à la conséquence: c'est la vue du génie, etc'est ce qui rend l'opération du raisonnement si laborieuse aux esprits lents.

Il y a donc deux évidences : l'une absolue, qui est celle des vérités premières, considérées en ellesmêmes et indépendamment de toute autre supposée antérieure, l'autre relative, ou de déduction, qui est celle des vérités secondaires, considérées par rapport à d*autres dont elles dépendent, à qui elles sont liées par l'identité d'une même essence qui s'étend à toutes. Si nous ne cherchons que Tévidence relative, ou de

déduction, nous avons la faculté de prendre tour à tour chaque vérité déduite comme un principe, et nous sommes aussi certains de la conséquence immédiate déduite de ce principe de convention que nous le sommes de celle de la relation simple qui est un principe évident par lui-même.

Supposez qu'on parte d'un principe évident par lui-même comme l'égalité des angles correspondants, par exemple : celle des angles alternes-internes est une déduction immédiate et évidente de ce principe. Et, prenant cette seconde vérité pour principe, j'en déduis avec une évidence absolument égale à celle de la première déduction, l'égalité des angles alternesexternes, etc. On pourrait ainsi créer de suite tout un cours de géométrie, en suivant la chaîne des déductions et la dernière proposition serait tout aussi évidente, en prenant l'avant-dernièrepour principe, que l'est la deuxième comme déduite immédiatement du premier jugement d'intuition absolue.

Il est très-essentiel de distinguer cette aperception de la dépendance où est une vérité d'une autre, de l'intuition absolue du principe qui seul mérite le titre d'intuitif. Il est dangereux de confondre sous le même nom d'intuition la vue immédiate qui s'attache à un sujet, ou à une relation simple et l'évidence de déduction qui accompagne la liaison continue de plusieurs jugements dont aucun, hormis le premier, n'est intuitif.

En se laissant aller à la série des jugements, l'esprit trouve ainsi une suite de vérités liées entre elles, mais il dépend de lui d'arrêter la chaîne quand il

veut. C'est ainsi que la géométrie a été créée par plusieurs esprits, qui y ont ajouté successivement une vérité à une autre. Il est même probable que plusieurs de ces vérités ont été d'abord isolées, comme des résultats d'expérience, avant qu'on cherchât à les unir par la chaîne rigoureuse du raisonnement comme le fit Euclide ; on était loin alors de les considérer comme identiques. Les principes, ou les vérités immédiates, étaient intimement présentes à l'esprit; il les appliquait à chaque instant; mais justement parce qu'elles étaient intimes et parfaitement simples on ne les remarquait pas, ou on ne sentait pas le besoin de les énoncer. Le besoin d'avoir des mesures exactes de certaines portions d'étendue, auxquelles les moyens mécaniques usuels ne pouvaient atteindre, donna d'abord lieu à divers problèmes dont la solution, fournie plus souvent par une sorte de hasard que par des procédés réguliers, conduisit à énoncer divers théorèmes. Pour démontrer ces théorèmes ou prouver telle vérité énoncée, il fallait faire voir qu'elle était une suite ou une dépendance nécessaire de principes reconnus pour vrais. Mais ces principes généralement reconnus pour vrais n'étaient pas encore évidents par eux-mêmes. Combien de prétendus axiomes d'Euclide ont été reconnus depuis par les géomètres comme des théorèmes qui devaient être démontrés I

L'esprit humain est ainsi fait : il dédaigne les vérités simples et évidentes par elles-mêmes, et court toujours après des choses obscures et difficiles qu'il espère atteindre d'un seul élan. Ceux qui commen-

294 FOND. DE LA P9TCH0ïiQGÏ& ^ PART. Jh SECT. ÏT.

ceot la géométrie sont d'abord étonnés (fu'PU èi¥>nce» ou qu'on veuille leur démontrer des choses qu'Us croient concevoir au seul énoqcé. Il feut avoir déjà fait beaucoup de progrès pour sentir le besoin de s'appuyer sur des principes évidents, et devenir difr ficile en matière de preuve. L'intuition est ogmine une espèce de sens interne qui a besoin d'être, exercé pour acquérir un certain degré de finesse. S'il en était autrement, verrait-on les homnies, et les philosophes de tous les siècles, prendre pour principes, incontestables dont il ne fçiut pas disputer des maximes absurdes, insignifiantes ou vogues comme, par exemple, l'horreur du vide en physique, le principe que la nature ne fait rien en vain? Pour reconnaître et constater les vérités premières, gt les principes évidents par eux-mên^es, il ne faut que regJirder en nous-mêmes, ou dans nos idées; mais cette vue intérieure et fixe ou prolongée, par laquelle nous pouvons acquérir les idées de ce qui est en nous, de ce que nous sentons ou pratiquons à chaque instant, semble contraire à notre instinct naturel, à nos habitudes. Le premier pas de la science régulière et complète est toujours le dernier dans une suite de progrès dus au hasard, à des besoins capricieux, à des circonstances fortuites, qui donnent des lois à l'entendement au lievi d'être réglées et amenées par lui..

On conçoit qn'une intelligence fut asse?^ fqrte pour créer de suite la géométrie, en partant des vérité? premières et immédiateSi et suivant h chaîne des dé-r ductions jusqu'au bont, sftns omettre un §m\ m-

STSTËBfE RÉFLEXIF. — GH. Vf, 395

Qeau. Ce n'aat pas ainsi qu'il est donné à Thontme de procéder. L'activité de son esprit, mise en jeu par certaines circonstances, lui fait entrevoir certaines relatîpns entre les choses, qu'il cherche à vérifier par le^ moyens les plus expéditifs. Pythagore entrevoit qu'il doit y avoir une certaine relation entre le carré de l'hypothénuse et la somme des carrés des deux autres côtéa; il trace sa figure, mène différentes lignes, forme des triangles semblables et, combinant plusieurs théorème? déjà çonqus qu'il considère comme des principes, il trouve eqfin cette vérité qui excita en lui de si vifs transports. Quand on se propose une question, on est pressé de ]a résoudre et il est naturel qu'on y emploie le plus petit nombre possible de principes sans remonter plus haut que la nature de la question ne paraît l'exiger ; car, en partait des points les plus avancés, on a l'espoir d'arriver plus vite. On ne sent le besoin de remonter jusqu'aux vérités premières que dans les cas seuls où l'on se proposç d'élémenter la science, ce qui suppose qu'elle est déjà complète. Taqt qu'il s'agit de ï'acquérir pour nous-mêmes, ou de résoudre des questions particulières, nous prenons pour principes des vérités de déduction déjà connues, sans croira qu'il y ait quelque lumière à tirer des principes les plus reculés.

Mais, SQit qu'il parte des axiomes, soit qu'il prenne ppur principe les vérités qui en sont les plus éloigné.^5i la marche de l'esprit est toujours la même. D'un premier jugement, ou d'une première relatiou prise pQur certaine, d'après le témoignage de lamé-

296 FOND. DE LA PSTCfflOLOGIE. — PART. U. SECT. IV.

moire, ou tout autre motif de crédibilité, il passe à un autre qui en dépend comme conséquence certaine si le principe l'est. Un jugement en amène un autre, et ainsi de suite jusqu'au dernier qui se trouve lié au point de départ par une chaîne continue d'où résulte la certitude ou l'évidence de déduction, aussi parfaite que si le premier jugement eût été intuitif. C'est ainsi qu'il peut y avoir certitude conditionnelle sans l'ombre même d'une vérité absolue.

De tout ce qui a été dit jusqu'à présent, il résulte que les rapports de dépendance nécessaire qui ne peuvent avoir lieu qu'entre nos idées abstraites universelles, simples, ou composées d'éléments homogènes, doivent être soigneusement distinguées des rapports de ressemblance perçus entre nos idées sensibles mixtes. Les premiers forment les sciences mathématiques, les seconds forment les sciences physiques. Ces deux grandes classes de rapports réunis forment les sciences physico-mathématiques, et en général toutes celles où le raisonnement s'applique aux faits pour les expliquer les uns par les autres, ou les déduire d'un seul ou d'un petit nombre de principes.

Le rapport de causalité qui forme une classe à part, est, comme on l'a dit, le père de la métaphysique. Uni avec celui de dépendance nécessaire, il s'applique aux scipnces de fait, et de là dérivent toutes nos déductions explicatives, qui ont pour but de remonter des phénomènes, ou d'un état de choses donné, aux causes qui ont pu produire ces phénomènes ou amener cet état présent. Les rapports de

SYSTÈME RÉFXiEXIF. — CH. IV. 2W

ressemblance, ou les suites de jugements d'analogie fondés sur la liaison des expériences, se trouvent exclus par tout ce qui vient d'être dit de l'objet de ce chapitre. Nous n'avons plus à nous occuper que des lois de la déduction nécessaire de nos idées universelles abstraites, et de l'application de ces lois du raisonnement aux faits.

Des déductions abstraites.

« Si nous n'avions que des idées simples, » dit un de nos philosophes les plus judicieux, « il n'y aurait « point de liaison, point de génération entre les ju- « gements dont elles seraient l'objet. Le rapport qui « existe entre deux idées complexes, n'est que la réu- « nion des rapports simples qui subsistent entre « leurs éléments (1). »

J'avoue qu'il m'est aussi impossible d'admettre la première proposition que de la concilier avec la s^ conde. Nier qu'il y ait une liaison ou une génération possible entre les jugements qui ont pour objet des idées simples, c'est nier qu'il y ait des sciences de raisonnement pur, qu'il y ait des sciences mathématiques et métaphysiques. D'un autre côté, dire que le rapport de deux idées complexes se forme de la

(i) Degérando, Des signes et de 'J'art de penser ^ tome n, page 135.

2d» FOND. DE U tSYCÎHOLÔGlfe. — Pàkf. it SECT. IV.

réûtlltltl dés ^apports simples qui éxîsteht èiitré leurs élétaebtfe, c*est convenir rtôti-Seùlemént qu'il y à iiiie liaison fctUfaô géné<*àtion possible éritre lés jugements (|iii ont pouf objet des id^es simples du élémentaires, triais de pîuâ que, sans ces rapports simples, il n*y attirait pis dé rapports nettement J)erçus entre les idées complexes.

Je sais qu'il y a un point de vue, très-séduisant par sa simplicité, qui limite au rapport de compréhension tous ceux qui peuvent exister entre nos idées d'une espèce quelconque, point de vue dans lequel tout jugement et par suite tout raisonnement se borne à voir, ou, comme on dit, à sentir qu'une première idée est renfermée dans une autre, laquelle en contient une troisième, et ainsi de suite, à partir du sujet jusqu'au dernier attribut; ou, dans l'ordre inverse» à partir de l'idée du dernier attribut jusqu'à celle du sujet, que l'on considère comme étant toujours la plus composée. Dans ce point de vue, il est impossible en effet d'admettre aucune génération possible entre les jugements qui auraient pour objet une idée ou un sujet simple, car dès qu'il est simple rien n'y est renfermé, rien ne peut en être déduit : il n'y a donc pas à juger ni à raisonner. Mais ce ne peut pas être là l'opinion du philosophe qui a reconnu, et si nettement développé, les causes de la fécondité particulière des jugements abstraits qui roulent sur les idée» des modes simples, des nom-* bres, de l'étendue, etc. Toute la difficulté tient ici à reconnaître le mode de génération de tios idées abstraites, à distinguer celles qui sont générales et

^si*èMè HÉFtEXtF. ^(iE.ir. m

toujours cditïpôâées, âu moins sôiis lé point de Vue de Tettenfeiofl, et par suite i^Usdéptibleà d'aiialyse, dé celles qui liont pârfeîteMetit SifhpléS , tiaes individuelles; eilflh à sayoii* i^i ces deux espèces d'âbstfâctlon!^ dêHyetït également des idées sensibles, on s'il li*y a pour toutes (ju^Un seul et même mode de génération. Voilà Ce qtii a détèt^miné les discussions précédentes eut lesquelles j'ai 6m que devait être basée totlte là théorie du faisontiement.

Maintenant nous pouvons assurer qu'il y a un système d'idées abstraites, isîmples et non générales, qui seul fout*nit les véritables objets de nos raisonnementit ou de^ jugements constamment liéâ entre eux et à un pfemlét* qui peut être dit les engendrer; nous pôuvôtis assUfer par suite, que le rapport de dépendance nécessî(il»e diffère essentiellement de celui de côrtlp^éhension, Car la perception des li*apports les plus composés dépendant nécessairement de celle des plus simples, il est impossible de concevoir comment ceux-ci pourraient être déduits des autres par le raisonnement. Quoique ce qui a été dit précédemment puisse suffire pour lever tous les doutes et éclaircir ce point délicat, il né sera pas inutile d'entrer dans quelques nouvelles considérations sur l'origine dès idées simples dont il s'agit.

« 11 y a, dît le philosophe que nous venons de ci- « ter, un ordre suivant lequel les idées s'introduisent « dans notre esprit, et un autre Ordre suivant lequel « nos idées se combinent les unes dans les autres. Le « premier dépend de notre manière de concevoir et a de sentir ; il dépend àUssi dés circonstances eXté-

« rieures : le second ne dépend que des rapports que « nos idées ont entre elles. Le premier commence « aux impressions sensibles qui sont toujours cora- « plexes: le second commence aux idées les plus « abstraites qui sont toujours les plus simples. Il est « certain que notre esprit acquiert Tidée totale du <f solide, avant de s'arrêter à celle de chaque dimen- « sion en particulier; mais il est certain aussi, que a ridée du solide se compose de celle de trois dimen- « sions. Les métaphysiciens ont souvent confondu « ces deux modes de génération et se sont trouvés <( induits par là en de graves erreurs. Les scholasti- « ques crurent que les notions les plus simples par « leur nature devaient être pour l'esprit, l'origine de « toutes les autres et la source de la science (1). )>

Ce passage est très-remarquable en ce qu'il fixe assez nettement l'état de la question. Je m'arrête un peu à la discuter.

On suppose que l'idée totale d'un solide, tel que le cube ou la sphère, s'introduit originairement dans l'esprit par le sens de la vue ou celui du toucher, avant qu'il y ait aucune idée partielle ou abstraite de chacune des dimensions. Mais qu'est-ce que cette idée sensible totale? en quoi consiste sa composition? et comment peut-on être fondé à dire qu'elle renferme déjà toutes les idées abstraites, et les relations si multipliées qui en seront déduites par l'analyse ultérieure ou plutôt qui y seront ajoutées par une véritable synthèse? Pour un homme qui commencerait

(i) Des Signes^ tome iv» pages 3iliO, 341, 342.

à voir, et n'aurait pas encore appris à associer les jugements du toucher avec les simples apparences visibles, la sphère se réduirait, comme dit Locke, à un cercle plat, le cube à un carré, le tout ombré suivant les lois de la perspective. Assurément ces apparences ou images ne renferment pas les idées abstraites des trois dimensions ni les rapports de situation, de distance, tels que nous croyons les percevoir immédiatement par la vue. Pour un aveugle qui apprend à toucher, eût-il même l'organe extérieur calleux comme nous l'avons supposé, on doit convenir qu'il ne sauraity avoir d'idée totale, ou d'image composée, d'un solide figuré d'une certaine étendue, avant qu'il y ait une perception distincte de ses parties. C'est par une véritable synthèse que cette idée totale se forme, et l'introduction du tout composé dans l'esprit de l'aveugle ne précède point la combinaison des parties: ces deux modes de génération dont on parle se réduisent donc au même. Sans doute, l'individu qui n'a point nos signes, ne compte pas comme nous le nombre des faces et des arêtes du solide ; il n'en fait pas une analyse ou une abstraction aussi complète. Quand il a formé l'idée du composé, il doit avoir moins de moyens pour revenir au simple^ et le concevoir séparément ; mais ce simple n'en est pas moins son point de départ ; il le répète par une suite de mouvements coordonnés et liés entre eux, dont ia mémoire tient compte, dont elle retient toute la suite, depuis le premier terme déjà éloigné du sens, jusqu'au dernier avec lequel il doit s'unir. Voilà bien un exemple de jugements synthétiques

502 FOND. DE l\ PSTCHOI,QGI)E, ^ PART- H SECT. IV.

pris dans l'ordre sensible, et peut-être un emblèipç fidèle de ce qui se pas3^ 4a03 tout raisonnement propremept dit- Pw3 tous le? cas. ^t quelle que mît h mapière de procéder des sçp» externes, alors que les impressions sensibles et les prenjières images qui leur cprrespopdent sont naturellement composées dans Torigine, Qn ne saurait dire que ces impressions renferment nos idées abstraites ou que la sensatiop j^oit, pour ainsi dire^ grosse de tout cet ensemble d'idées, de rapports et de relatiops qu'upe tête hw^ maine est susceptible de produire. Upe impres^iPP sepsible pe peut être composée que d'autres impre§siops élémentaires de sop espèce ; pne image totale ne peut avoir popr élémept que des images. Mai? comment concevoir que les idée? simples de wff^ de cause ^ de F un, du même, celle de ppipt résjstapt, de nombre,de ligne droite, tel les que la géométrie les conçoit, soient des parties d'images et renfermées en elles, comme éléments de la même nature?

Qu'est-ce d'ailleurs que ces idées qu'on prétend 0tre renfermées dans les sensations, ayant même que l'exercice de l'attention les en ait fait ressortir ? comment admettre qu'upe idée e:^ipte avapt d'ayoir été remarquée ou d'être présente à l'esprit? n'est-ce pas réaliser toutes les illusiops systématiques du platonisme, tput en se récriant coptre elles? Qu'on suppose qixe les idées abstraite^ soient vues repfermées ep pâture dans le seip d3 .1^ Divipité, ou daps p^e première sepsatiop copfuse, pe leur accorde- trop pas égalep^pt, dans les deu^ cas. ppje sorte d'existepçe jéelle, fpdépepd.aPte de l'epprft qui Içs jçpp^idèr^?

SYSTÈME RÉFLEXIF. — CH. JV, .3pJ

Disons donceten nous fondant sur Tenspinble de? résultats de toutes les analyses de^ seng (1), ç^w }es idées ab$traite$ dont îl s'agit ne s'iptrpdu|sent pa? dans l'esprit avec les impresïSiiQjis spn^iblçs ; qy'eîlp? nm font pas partie intégralité, ipais cjij.'elles y isont ajoutées par up premier exercice d.e l'activitô motfice^ simultanée avec les sensations, et ensuite séparées d'elles ou abstraites (2) pay uq spcoqd e^^prcice de la m^me activité, déveïopp,éjB e.t pqyr gipsi djre, iqtellectualisée à l'aide (Je§ signps ipsji^i^és. Il n'y a dpnç p^s Jieu d'établir uD,e djstjoptiop e§siçptieUe entre la formation origin^ir^ de ces idées op leur intrçduction dans l'esprit, ç'esj-àdji*^ 1^ cqj^naiçsancfi première, que le ptoi en prend, ej: leur premier ordre d<3 çombinaison,puisquec'e^tpar la mfnef^ opération active qu'elle^ n^igseiii et se combioept cq- Jre elles comme éléments bpwiogènjes ou identiques. L'analyse, (jjii pe fait par l'^ttpptipn jointe? h I7magfnation, ne peut faire ressortir des &eng?i|;^pas ou d^s images qjae des élépiepts seij^iblps de piêjne BPture que les cop^ppsé?, qjij ^enls pei^V^nt ptre dftg renferppiés en eyx cpmnje des pçirties dgpç Ip tout. Cette sorte 4'an3lyf<î s'jirfêtant h QÙ tOHte injage §'êv^npjiit, qe courait ôttei^irp aj^cunp d^s idées ^Ht^^ïtpf ypiy^r^pUqs que Ip nfjptapbysipiep et le géQfpètf e jîoQ^idèrpnt fiU^pun dw^ k point 4^ viie qu| leur

içst prppr^- J&ûfin ces idée? réfle^iy^s sont j/?s yéri* tabtpp; pbjets d» F^ispnoewent, Jes sfiah d'pù pviia^

■ , > — jr » .

(i) Voyez la première section,

^) 6çmc€pius itUelU^ualis abstrekit ab omni êensUivo non

s'engendrer une suite de jugements liés entre eux, et à un premier le plus simple de tous, par une chaîne continue dont les termes soient en dépendance nécessaire les uns des autres.

Nous nous en doutions : la plus grande partie des attributions que nous faisons à notre propre individu, et aux êtres que nous jugeons exister hors de nous, la suite de ces attributions ou jugements, ne peuvent pas décomposer l'idée du sujet ni avoir pour but d'en faire ressortir ce qu'on supposerait y être compris, puisque cette idée est parfaitement simple, sans être le produit d'aucune généralisation arbitraire, et par suite sans avoir aucune compréhension ni extension. Les jugements ne font donc qu'ajouter à l'idée du sujet des attributs que l'esprit découvre successivement, en partant de l'essence du sujet donné par intuition, et considérant cette essence sous différents points de vue ; ils ne peuvent être dits y être renfermés comme les parties sont renferniées dans un tout ou comme une idée particulière est dite comprise dans l'extension de l'idée générale. Les jugements de l'espèce dont il s'agit sont donc synthétiques, c'est-à-dire qu'ils ajoutent à l'idée du sujet sans altérer sa simpljcité,et nous pouvons poser cette règle générale que dans tous les cas où il s'agit d'un sujet simple, donné par analyse réfléchie, rien ne peut être attribué à un tel sujet que par voie de synthèse ou de composition d'éléments homogènes entre eux et au sujet.

Mais en partant de la conception d'un sujet simple, comment pouvons-nous en déduire des attributs

divers qui viennent grossir ou étendre le fond de cette idée simple? Quelle est respëee de lien intelligible qui peut unir 1q sujet aux attributs ou ceux-ci les uns aux autres? La science de la pensée et celle de rétendue, les deux seules sciences de raisonnement nous fournissent des exemples de celte liaison réelle et nécessaire dont on demande les moyens et le fondement.

A. — Déductions mathématiques.

L'unité résistante, le point, est la première conception mathématique. L'esprit y parvient par l'abstraction réflexive, et non évidemment par aucun procédé de généralisation. Cette idée est éminemment simple et individuelle; elle ne peut que se répéter, s'ajouter à elle-même pour former tous les nombres, toutes les relations numériques qui ont pour sujet ou pour antécédent commun cette unité: c'est le modèle de toute synthèse. Le premier jugement, ou la première attribution est celle de l'existence identique : un est un ou un est identique à tui^ même»

Un ajouté à lui-même, ou se répétant une fois, est un-^-un ou deux\ et ainsi de suite en exprimant chaque collection par un signe déterminé dont l'idée numérique est inséparable. Cette idée n'est qu'une relation à l'unité qui est la seule existence réelle. £n se répétant, cette unité ne change point

de nature et (}eii)eurQ toujours simple , quoique son fppd se grossisse, pour aippi dire, paj* tputes les ajir ditions successivei^, et les relations aperçyes entre ses qollectioi}s diver^ei?, qui ne sopt ianfais que Tunité qui se multiplie, sans s^dmettre aucun élément hétérogène. D'où il suit aue dans cjiaeune de§ attributiops, ou relations ^ Tunit^ fonc}an)entale, Tesprit embrasse Tessence tout entière de Tidée nuipériqije dans celle du nombre qui n'est que la répétition de cette essence ; d'où il suit aussi que le signe et Tidée se confondent et peuvent être pris ici pour une seule et même cho^sçr 1^0 effet, qi^e je reppésente l'unité par ce signe visible 1 , ou par le son monosyllabe un, ou par un mouvement, un geste, à (juelqup sen^ que s'associe la perception du signe, cette perception simple sera elle-même l'unité, et représentera toijjours sous une fornae quelconque la mhaxe essence.

En comparant les différentes collections homogènes de l'unité, nous portons une ^uite de jugements unis entre eux et à leur sujet simple par le lien de l'identité, ou de l'égalité parfaite. Je cqn^pare par exemple 5 -|- 21 à 4 + 3. Je conclus néces^sairejnent l'égalité de ces deux collections de ce que chacune d'elles égale le même nombre?. Ce n'est pîi§ ïpi comme dans leç équations logiques ou le sigqe de l'attribut est mis topr à tour en équation avec le signe à]! genre et celui de l'individu, d'o|i l'on conclut qpe l'attribut convient à ce dernier. Ces jugenjeiits dépendent les ups des autres et du prepijer de to^s, un est un; ils ep sont dédui^^ non par l'apalyç^ lie

5ï5Ttm RÉFWEXJF, -çp. IV, 307

l'idée de Yxmté, ipais par la^uitg des Qp^rati^ps.gu^ formegtjeliaguae dg ses goIlQçtions, Fr partant i^ ]^ collectioïi 7 pour revenir Scelle 4? ses parties ^-f- 3» 5 + â, 6 + ^, etc,, Qp p^eyt diriç q^§ jg prpcèdg par unç i^uUe de jugements analytiques, qui décomposeat ndé? du nop^bre 7; mais 7 pst Jui-mêfpe u»e relation ^ Tunité (jui est 1^ teripe fondainent^l^ et Iç raisonnement consiste à prouver que cette relatipa j«st égaje h celle d^s parties 5+?, 4 -j- 3 à 1» même unité. En wbstituaot |e rapport icopimuo q^is. dans la nnjpératipp, on trPUVe toujours une véritable gyotlièse. La ipên^e chose a lien tontes les fois qu'il s'a- |[it de déduire une quantité inconnue qu'on pherphe, d'autres non>bres qu'on connaît; ces npnjbres ayant des relations déterpîinées ^vec l'unité, celles-ci conduiront aux autres.

Fn passant de l'abstrait au fipncret, il est évident qu'il ne peut y avoir rien de changé dans les relations numériques, car ees relations ne font que s'ajouter à des qualités intensives hétérogènes sans se composer avec elles. Ces qualités hétérggènes des touts concrets peuvent altérer ou troubler l'aperception des relations numériques. Ma|s aussitpt que cette aperceptjon a lieu, ou qne les tQuts conprpts ne sont considérés par l'esprit quje eQ^iffUd des unUés résistantes, sous le rapport piwple 4id Ja quantité discrète, l'espèce de concret n'y fait rien ^ l^s relations demeurent les mêmes quels que soient les objets ou les modes compares.

Cette xîirconstanpe V^en reniar^q^abje 4e l'ildeptité des Fgl.^»? fjpaériflueç^ qyellç quç poi* |g ^s^'

ture des objets. ou des modifications comparées, est la seule eause de Févidence et de la certitude qui s'attachent exclusivement à l'espèce des jugements synthétiques dont il s'agit ici, ou qui ont un sujet simple, certitude absolue, nécessaire, qui ne convient nullement aux rapports de ressemblance que le3 sens ou l'imagination mettent entre leurs objets.

En comparant, par exemple, la lumière ou le mode de scintillation des trois planètes, Vénus, Mars, Saturne, j'y trouve des ressemblances ou des difilérences qui ne peuvent provenir que du mode de sensibilité de l'organe qui s'y applique. Ces rapports d'éclat, de couleur s'évanouiraient entièrement ou seraient tout autres si j'étais autrement organisé ; ils n'appartiennent donc pas à ces objets que ma pensée atteint à des distances si éloignées ; mais j'affirme hardiment que ces objets sont au nombre de trois, et qu'ils sont éloignés dans l'espace, à telle distance les uns des autres et du point d'où je les contemple. Ces relations déterminées que ma raison a conclues d'une suite de jugements liés entre eux, et à un premier fait d'existence, sont aussi évidentes, aussi certaines que cette existence. Celle-ci admise, je ne puis pas m'empêcher d'admettre ces relations, non comme phénomènes, mais comme réalités absolues, indépendantes de mes sensations ou de mes idées.

Passons maintenant à l'idée abstraite de l'étendue, de la quantité continue, ou, comme dit Leibnitz, de la continuité du résistant [resistentis continuatio).

SYSTÈME RËFLEXIF. — GBL IV. 309

La ligne droite du géomètre n'est que le mode de coordination des unités résistantes. L'idée qui nous la représente est simple non absolument, mais relativement aux dimensions de Tespace. On peut la considérer comme formée de la répétition d'une même unité simple qui laisse une trace d'elle-même en se mouvant dans l'espace. De là les relations nécessaires entre les nombres et l'étendue qui sont comme deux symboles de la même unité.

Dans l'essence de la ligne droite, ou de l'idée individuelle abstraite réflexive que je m'en forme, n'est point comprise celle d'un attribut que l'on a confondu souvent mal à propos avec cette essence et qu'on donne pour une définition de la ligne, savoir qu'elle est le plus court chemin d'un point à un autre. Le plus court est une relation qui suppose des comparaisons faites avec d'autres lignes courbes, brisées, ou non droites (1). En considérant la ligne droite

(1) Quand je dis que la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, ou est la plus courte entre ses extrémités, ce n'est point là, comme on le dit quelquefois, une définition. La ligne droite n'a pas besoin d'être définie plus que l'unité ; l'idée que nous en avons est parfaitement simple, claire et distincte. Elle ne peut cesser d'être présente à notre esprit dans l'état de veille, puisqu'elle est inséparable de tout exercice de la vue ou du toucher. Mais si la ligne droite avait besoin d'être définie , ce serait sur son essence même et, pour ainsi dire, sur sa constitution intérieure que cette définition devrait être fondée, et non pas sur une relation, qui, toute dépendante qu'elle est de la ligne droite , suppose que cette ligne est tracée ou donnée à l'entendement. J'aimerais donc mieux dire que la ligne droite est la trace d'un point qui se meut sans changer de direction, pu une suite de points coordonnés selon une même direction , définition qui suppose l'idée du mouvement qui est primitive. Cet énoncé : la ligne droite est la plus courte entre ses extrémités , est un axiome. C'est lé rapport le plus simple que l'entendement puisse saisir, et qui par

âiÔ FOUD. DE LA PfetŒolctetÈ. — PAfeV. tt SECT. HT.

m êtlë^mèiriey sâiis Hën ettlpi*tiiïter hôH d'elle, îl est évîdéilf que je Ile f>aiirîendi*âis jantàis à Tidéè de tet attribut être plus côUr't. Cependant îl est dérivé de l'essétlcé du sujet, domme les attributs d*Uh noittbi*e donné sont dérivés de Tunlté qiiî etl e^t réagence.

Lorsque, pftkùt de la corieeptîôii d'Utte telle lî^ giie droite détéfmînéë, je me fbrme l'idée d*autréà lignes qui joignent ékÉ extrémîtéé, je hè fois que réjprétél» le pi^ehller type que je cohçds eôrtiftie iiwltable k llhflni, puisque je me feeohhdis la flicllUé de tit»et Utlè iHfltiité de ligtie^ dfoiteS daiiS toutes lë^ difec*tiotls. Cette pluralité dé lignes , eôrtitiié celle des tiilitês disofètes, ûé Constitue dôilC point pluSiéui*s objets qui se ressembleiltl mais c*èst le même répété; îl y â dôftC Idetitité ëtitré lés termes de relation qui ne peuvent dltféi*éf eutr^e eux qUe par l*ârfangefneiït, là dii*èctloti dans l'espacé, lé plus ôii le Moins

•I rt nnn t r'T n-

là même sert dé principe â ùné mûltittic(e d^'aiitres qui en dépendent néiîessàîrëmerit. Tout hdinme qiii éiiténd celte proposition p'oxiT là pfeimèrè fois lui donné un plein assentiment; il sent que la èhdsè iiè peut être àutrèiriétit. C'est Téhoncé d'une vérité déjà an- Ciefaîie dans son esprit, d'après laquelle il a dirigé tous ses pas dans le mdfide extérieur, depuis l'origine de la connaissance ; il la sentait dû ràperdevaitiritérieiirement d'une manière iminédiate, longtemps avant qu'il éii eût l'ëxpféssion. tl là l*econnaît dans son énoncé coimhe une cdnditidri preihièré, éssènliélle, de toutes les perceptions objectives. Of, c est là ce qiii constitué la nécessité métaphysique, doiit lé caractère s'àttàclie â toutes les vérités qui étaient en nous comihe sentiments, où aperceptiorië intèriies inséparables de iiolre existeiicé, avant qù^elles fussent exprimées ; bien différentes dés l^appôrts dé lios idées générales qui sont tout dans les signes. Elles précëdéiit hhstilùlidri du langage; nous ne les faisons point par artifice, mais nous les constatons» dès que le^ signes ' nous donnent lés moyèhs d^y réfléchir.

âYStÈailÉ RÉFLEXÎF. — CH. ÏV. 311

die rép^tîfîôfis de ï^ùnit^ iinéâîi*é (i). La relation, (Ju l'àttritut d*étre plus court, s^ajoute k Tidée pre^ iriiëre où fbhdàmefatale de ligne droite ; comme dan^ la forniatidil dés tiôcribi^eë la relation d^être plus petit âëjoltit à Yiltiiié côtaparéô â l^une quelconque de àeè (iôllëëtiôîls. C^ést biéil là uii jugement synttiétî(|Uè;

Eti vôulàfat féûfet^mèf' îine portion d'^èspàcé entré des ligiiés, je ti^ôute qlié là figuré là |)lus simple est letriàhglë. L^id^ë de fi^Uf'ë là ptUs'iifnplé, attribuée au triangle, est égalemèitt une relation dêfivée de sô'ri esseticé coiiîpârêe à feéllês d^àutrés figurés.

Le premier* attritrtlt de la lî^né droite, ôioi le plus court chemin, me donne tout de SUile éeiie propriété du triàiîglè (Juè Tuii qUélcOriqué de ses cotés est plus petit que la éômme des deui autres. Tous les attributs dont je grôssiâ sUédëssiVetnént là première idée Simple qUë je me forttië d'Uné dittiéhsion de l'espace,

(l) Onpotirrait dii'e (lUé (Test là faiéilié idée Sittiple de (joulèur rodge, jJar exemple, qui se répète à rihfiBl^ od aataat qti'il pmi i avoir d'objets à qui le même mode convient, pour former l'idée générale abstraite de i-ougè. Mais d'abord cette idée démode n^a aucune réalité hors de la j^ensation ; 6lle n'a H^n de fixe eiti de t)ehiiaileilf $ mais varie d'un instant à l'autre : ce n'est donc pas la même sensation qui se répète, c'est une autre ; donc il n'y a pas d'addition possible. Bttsuilè, fcë n'egt point aiijsi, du pàf la t-épétikiott d^utiè même sensation, que se forme l'idée générale du rouge ^ mais par une comparaison établie entre des objets qui paraissent à la vue 80u^ cette âppàrëtidé qtie tel Jugera éti*e la iiolémë ôli séihblàblè ei qui paraîtra différente à un autre, il n'est donc pas p06syi>le d'ai^ gimiler l'idée générale, formée d'une multitude de rapports de ^efesemblàiice , avec l'idée dnilrfersèllè qUl resté ideritiquéinënl là même) et ne fait que se répéteri eu s'ajouter à elto^mème^ â4n9 la conception des objets identique^ 6ous ce rapport.

ressortent donc toujours du fond de la même idée qui ne fait que se répéter , ou s'ajouter à elle-même, pour produire tous ses attributs, qui ne peuvent donc être jamais que des expressions de Tessence du sujet, ou des dérivés de cette essence, tant qu on reste dans le même système d'idées, ou qu'on n'y ajoute aucun autre élément hétérogène. Voilà pourquoi aussi toutes les relations aperçues ou déduites à l'infini, puisque le même type numérique est imitable à l'infini, sont constantes, universelles, nécessaires. Voilà pourquoi aussi toutes les idées sont vraies ; car la fausseté d'une idée consiste dans la réunion d'éléments incompatibles ou hétérogènes entre eux, et dans les relations dont nous parlons tous les termes sont homogènes.

Ces relations aperçues dans le concret sont encore inaltérables comme celles des nombres. Que je résolve un triangle sur le terrain ou sur le papier, c'est le même triangle intelligible; les rapports des côtés aux angles sont identiques dans tous les cas. En jugeant par le sens de la vue ou do toucher l'étendue ou le volume d'un corps, il n'y a rien de plus variable ; la conformation des yeux ou de l'organe du tact, la proximité ou l'éloignement du corps modifient à l'infini ces apparences. Mais quelles qu'elles puissent être dans le phénomène, nous savons ou nous affirmons avec certitude que les relations de l'étendue sont dans la réalité des noumènes telles que le raisonnement les découvre , ou les déduit par une suite de jugements nécessaires. Ainsi, de quelque manière que m'apparaisse telle montagne,

. STSTiME RiFLEXIF. •— GH. IV. ZiS

j'affirme que sa hauteur est d'un tel nombre de toises. Quoique le diamètre du soleil m'apparaisse d'un demi-pied, et attaché à une voûte bleue qui touche la terre aux bornes de Thorizon, j'affirme avec certitude que ce soleil, reculé dans l'espace réel à 38 millions de lieues, a un volume plusieurs milliers de fois plus gros que son volume apparent. Qu'on me dise comment ces relations, dont je suis aussi sûr que de l'existence réelle du soleil, se trouvent renfermées dans l'idée sensible qui me représente cet objet et à laquelle elles sont absolument opposées. Qu'on m'explique comment la faculté par laquelle je me mets en contradiction avec toutes mes sensations n'est autre que la sensation transformée (1) I

Concluons : que de tous les jugements que nous portons sur les choses, ou )es objets hors de nous, les seuls certains, infaillibles et fondés sur la nature ou sur l'essence même de ces choses, ne sont pas

(1) A l'appui de cette manière devoir, je citerai le passage trèsremarquable d'uD philosophe qui me parait avoir pénétré dans la profondeur du sujet :

« D'où pourrait me venir, » dit Bossuet, « l'impression de la «vérité? Me vient-elle des choses mêmes? Est-ce le soleil qui « s'imprime en moi pour me faire connaître ce qu'il est, lui que « je vois si petit, malgré sa grandeur immense? Que fait-il en moi « ce soleil si grand et si vaste par le prodigieux épanchement de « ses rayons? Que fait-il que d'exciter dans mes nerfs quelque lé- «ger tremblement, d'imprimer quelques petites marques dans « mon cerveau ? N'ai-je pas vu que la sensation qui s'élève ensuite « ne me représente rien de ce qui se fait, ni dans le soleil, ni dans « mes organes ; et que si j'entends que le soleil est si grand, que « ses rayons sont si vifs et traversent en moins d'un clin d'œil un « espace immense, je vois ces vérités dans une lumière Intérieure, « c'est-à-dire dans ma raison par laquelle je juge et des sens et de « leurs organes et de leurs objets. » (De la Connaissance de Dieu et de soi-même^ chap. iv, $ ix.)

n. Si

su FOND. DE LA PSTGHOLOQOL --» PART* IL SECT. IV.

ceux qui ont pour objet ces abstraottons sensibles, produits de l'analyse des composés de l'imagiDation ou des sens, mais ceux qui ont pouir objet des idées vraiment simples, universelles, produits de la réflexion ou de la raison, par laquelle ces idées, et toutes leurs relations , sont abstraites ou séparées des objets sensibles, avec qui elles sont associées ou existent in cancreto sans en faire partie, et sans pourvoir se représenter comme images ou parties d'ima^ ges. La réflexion est la seule faculté qui nous soit donnée pour connaître, non pas seulement ce que les choses sont par rapport à nous comme êtres organisés, sentants, ni même dans leurs rapports dV nalogie ou de ressemblance variables ; mais ce qu'elles sont absolument en elles-mêmes, ou dans le rapport qu'elles ont avec l'entendement qui les conçoit telles. Car les relations que la raison seule aperçoit entre les êtres, sont les résultats nécessaires de ce que ces êtres sont en eux-mêmes l'objet de l'entendement humain; et, puisqu'il y a une convenance naturelle entre l'objet et la faculté qui le conçoit, nous pou*vons conclure que ce qui est jugé nécessaire,. permanent, invariable dans le point de vue de la faculté, est tel que nous Tapercevons dans la nature ou l'essence de l'objet.

Concluons que tous les objets sur lesquels s'appuie le raisonnement^ ou la faculté de raison en exercice, étant simples, cette faculté ne procède, dans la connaissance qu'elle acquiert des propriétés des êtres, que par une véritable composition des rapports qu'elle déduit de leur essence simple» par la grande

loi de ridentité dxclusivement applicable à ce système d'idées. Concluons enfin, que c'est dans ce système seul que sont comprises les térités qu'on pour* rait appeler absolues ou réetks, par opposition à celtes qu'on nomme conditunrneUes ; et qu'ainsi il &ut changer absolument le titre de sciences de vérités conditionnelles, si improprement donné aux sciences mathématiques, titre qui conkpromet leur dignité» et fait méconnaître leur véritable nature, puisque, partant d'un premier élément donné dans le fait même de notre existence, elles s'élèvent de là, non**seulement jusqu'aux lois générales des phénomènes qui ne peuvent être connues que par elles, mais, de plus, jusqu'aux réalités qui existent hors de ces phénomènes, aux forces qui meuvent et ajaiment l'univers, dont elles assignent a priori les relations et les mesures.

Les sciences conditionnelles sont celles qui s'attachent aux rapports de ressemblance des objets de nos sensations ; rapports qui n'existent que sous la condition de notre mode actuel de sensibilité, et eu égard aux conventions qui forment les classes ou au langage qui les exprime.

Ce que nous avons le plus grand intérêt à remarquer, c'est que la liaison non interrompue des jugements et leur génération, ou leur déductiop les unts des autres, ne peut avoir lieu qu'autant que nous partons du simple pour nous élever au composé, par une progression ascendante. C'est le seul ordre pos^ sible, le seul (|ui se prête à la marche du raisonnement, puisque dans toute recherche, il s'agit de dis*'

poser nos idées dans certaines séries , non en les rapportant à certains genres ou catégories, mais en les liant de manière que l'esprit puisse apercevoir comment les unes naissent des autres, c'est-à-dire les plus composées des plus simples, celles-ci ne faisant que se répéter ou s'ajouter à eUes-mèmes pour produire les autres. Cet ordre est toujours possible , et le seul praticable dans les idées de quantité, où nous avons un critérium fixe pour reconnaître le simple et le composé de différents ordres ; il ne l'est pas également dans celles de nos idées, dont les éléments nous sont inconnus en quantité et en qualité, et dont nous entendons si mal la composition. Voilà pourquoi l'analyse est toujours nécessaire , non comme méthode de raisonnement, mais comme méthode préparatoire au raisonnement. Celui-ci consiste toujours, même dans les sciences les plus étrangères au calcul, à déduire un certain nombre de rapports ou de vérités, qui naissent ou se déduisent d'un premier rapport ou d'une première vérité. Or, certainement ce n'est jamais le rapport le plus complexe, ou la vérité la plus composée, qui donnera naissance aux autres dans notre esprit : tout le monde en convient. Toutes les difficultés et les discussions sur cette matière viennent de ce que l'on confond souvent une méthode préparatoire au raisonnement, qui s'applique aux idées, avec la méthode effective du raisonnement qui s'applique •aux rapports ou aux relations de ces idées, et surtout, comme nous ne pouvons trop le répéter, de ce qu'on ne distingue pas les lois de la classi-

fication de celles du raisonnement proprement dit.

Pour pouvoir comparer exactement des idées sous tous les rapports, il faut connaître d'abord leurs éléments, et pour cela leur appliquer l'analyse. Mais cette analyse faite, on commencera toujours par les rapports les plus simples , ceux qui peuvent faire connaître tous les autres. Il est vrai aussi que dans le procédé de généralisation, on va des idées particulières les plus composées, aux générales, les plus simples dans leur compréhension, et qu'on ne peut apprécier les rapports des genres qu'après avoir connu les idées individuelles ou spécifiques qui entrent dans leur formation. Mais les relations qu'ont entre elles nos idées abstraites réflexives , ne sont pas renfermées les unes dans les autres, ou dans le principe dont elles dépendent, comme le genre est compris dans l'espèce, et lorsque nous déduisons d'un premier jugement intuitif plusieurs jugements ou rapports identiqi^, qui conduisent à une vérité plus ou moins éloignée, celle-ci ne peut être considérée comme renfermée dans le premier jugement simple, pas plus que le nombre le plus élevé n'est renfermé dans Tunité.

Nous pouvons voir aussi pourquoi il n'y a point d'axiome proprement dit dans les sciences de classification, car tout axiome est l'énoncé d'un jugement intuitif. Il y a, comme le dit si bien Leibnitz, immédiation entre le sujet et l'attribut , c'est-à-dire que l'espril; aperçoit immédiatement que c'est la même idée, la même essence identique qui se trouve représentée sous deux termes différents, comme lorsqu'on

318 FdND. DB Là PSTCHOLOOIE. —PART. ÏL SECT. IV.

dit que le tout est égal à Tensemble de ses parties.' Or, lorsque un terme général ne peut être mis en équation avec le terme désignant une espèce, ou un individu qui s'y rapportent , comme lorsqu'on dit : Thomme est animal, la liaison entre le sujet et Tattribut est arbitraire, et relative aux classifications du langage ; il n'y a donc pas d'immédiation.

Ceci nous donne lieu d'observer que les sciences exactes n'ont point d'idées générales fondées sur des rapports de ressemblance entre les qualités sensibles.

Cela est évident pour l'arithmétique particulière et universelle, où il ne s'agit que d'éléments idcnti-» ques, ou de la répétition de l'unité toujours la même. Il paraît d'abord que l'opération de nombrer revient au même que celle qui consiste à classer, en don* nant le même signe à plusieurs choses ou êtres, considérés sous un rapport commun de ressemblance. En effet, ces deux opérations s'exécutent quelquefois en même temps, comme lorsque nous voulons compter des pièces de monnaie de différentes espèces, nous commençons par mettre ensemble celles de la même espèce, pour n'ajouter que des va* leurs homogènes. Mais les deux opérations p'en sont pas moins différentes, car je puis nombrer des choses quijn'ont aucun autre rapport que celui d'exister comme choses séparées les unes des autres. En classant, nous réunissons toujours des collections de qualités hétérogènes entre elles, et qui n'ont aucune identité réeltie. £ji nombrant, nous ne faisons que répéter une seule et même chose toujours îden^

STSTAICE RÈFUOnF.r^GH. nr. 810

tique. Si dans la classification le même signe s'applique à plusieurs individus, c'est par hypothèse ou par convention arbitraire. Mais il n'y a rieç d'bypa* thétique, rien d'arbitraire dans l'application du même signe à une multitude de rapports identiques. Lorsque je désigne un nombre de lignes quelcon^ que, ou toute collection, toute répétition d'une même unité par des signes indéterminés , a, 6, x^ on dit que je généralise l'expression de ces quantités déterminées, mais ce n'est point réellement les idées de quantité que je généralise, ce sont des rapports que j'exprime d'une manière abrégée, des opérations que j'indique comme devant toujours être exécutées de la même manière, quels que soient les nombres ou les lignes. Le caractère propre de la langue algébrique consiste à séparer les signes des opérations de ceux des quantités elles*mèmes, deux espèces de si-» gnes que nos langues confondent toujours. Quand je développe l'expression du carré d'un binôme ^-4--^ daiîs cette formule:^* -f-gaa; -f"^*» j^vois nettement la suite des opérations qu'il faut exécuter sur un nombre pour l'élever au carré, ou le multi* plier par lui-même, ce que je ne voyais point dans le produit arithmétique, où les signes d'opération n'existent pas, ou se trouvent confondus avec ceux des idées de nombres déterminés. De même quand j'exprime une fraction, ou un rapport quelconque par 7ft ou A : 6, j'indique une opération, wj^e corn* paralson qui sera toujours la même, quels que soient les termes comparés. Or, ceci n'a rien de commun avec les procédés ordinaires d^ la généralisation,

qui consistent à noter des rapports de ressemblance entre certaines idées ou modifications, rapports qui dépendent de la nature des modifications comparées, et par suite, qui sont inséparables d'elles. Le terme général rouge^ n'exprime point l'acte même par lequel je compare tous les rouges individuels, pour voir ce par quoi ils se ressemblent, mais bien cette ressemblance même. Les relations de quantités, au contraire, ne dépendant point de la nature des idées, ou des modes comparés, peuvent être notées à part; et comme elles sont constantes, identiques, quels que soient les objets, elles s'élèvent pour ainsi dire d'elles-mêmes au plus haut degré de généralité ou d'universalité. Voilà ce qui fait la perfection de la langue algébrique.

La géométrie qui admet des figures semblables sans être égales, comme des triangles semblables, des courbes du même ordre ou de la même famille, paraît d'abord fondée en partie sur nos procédés de classification. Mais, si l'on songe que la similitude ou la ressemblance entre les figures se réduit toujours à des proportions, ou que des rapports égaux entre les lignes ne sont jamais que la même unité plus ou moins répétée, oii trouvera que cette généralisation se réduit à une véritable identité partielle, qui est bien particulière à ce système d'idées, et ne s'applique à aucune de celles qui dérivent des sens. L'idée générale du triangle est celle d'un espace renfermé entre trois lignes; la longueur des côtés, la grandeui' des angles sont indéterminées ; mais le nombre trois est identique. Chaque ligne, quelle que

SYSTÈME RÉÏTiEXIP. — Cfl. IV. 321

soit sa longueur, ne peut être que lâ répétition d'une certaine unité linéaire, identique à elle-même dans ses répétitions ; les sommets des angles, grands ou petits, formés par la rencontre des deux lignes, sont trois points identiques. Qu'on trouve une idée générale, en physique, qui se compose ainsi d'identités, d'unités répétées I

Lorsqu'en géométrie on passe de l'idée du triangle à celle du polygone, en vue d'appliquer au premier quelque théorème plus général, c'est-à-dire quelque propriété qui convienne à un plus grand nombre de figures, on exécute bien le même procédé logique qu'en passant de l'idée d'homme ou de lion, par exemple, à celle d'animal. Mais, qui ne voit combien les procédés intellectuels sont diflPérents? Les éléments du polygone sont identiques à ceux du triangle , et ces deux signes n'expriment que le plus ou le moins ; car tout polygone se compose d'un certain nombre de triangles, et peut être ramené à un triangle équivalent. Il y a donc là plus que des ressemblances. Les propositions qui se généralisent ne sont que des rapports identiques qui se compliquent.

B. •— Déductions psychologiques.

La science métaphysique a sa source dans le fait primitif de conscience , où le sujet de l'effort est constitué, par rapport au terme qui résiste. Ce terme.

Sn FOND. DE L/k MTCHOLOOIE. -- PART. IL SEGT. HT.

séparé de tout ce qui n'est pas lui, sert de fondement k toutes les conception^ mathématiques, tandis que ce sujet, abstrait par la réflexion, est le point central d'où partent et où se rallient toutes les notions du métaphysicien.

Les objets des deux sciences sont également sim^^ pies ; ils participent à la même réalité, ils sont tous deux liés, ils sont également susceptibles d'être entendus ou conçus par la réflexion ; ils échappent de la même manière à Tima^nation ou aux sens. Mais l'un conserve encore quelques emblèmes sensibles dans les signes et les figures , l'autre n'a rien de schématique, et, dans l'acte qui le conçoit, ou plutôt par lequel il se conçoit lui-même, il y a une véritable immédiation entre l'entendement et son objet; c'est l'identité absolue nm^^=^)noi, imestnn. C'est autour de cette équation identique qu'on tourne ; c'est à elle qu'on est ramené , après avoir parcouru toute la chaîne des plus subtiles abstractions (1).

Il est bien évident qu'on ne peut rien déduire de cette idée par l'analyse, puisqu'elle est parfaitement simple, et par suite, qu'on ne peut la définir, pas plus qu'on n'analyse ou qu'on ne définit le point, la ligne droite. Mais on représente, on croit du moins représenter aux yeux la ligne mathématique, et aucun signe, aucun caractère extérieur ne peut représenter le moi* et pourtant la moindre réflexion nous assure de son existence réelle, indépendante de tout ce qui est senti ou qui varie, en lui ou hors de lui.

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SYSTÈME RËFLBXIf • «^ GH. HT. 9U

La raison tire du fond môme de cette conception simple, abstraite et réflexive, et sans y mêler auoun élément hétérogène, cette multitude de jugements réflexife et intuitifs, dont se compose la psychologie pure ou rationnelle ; jugements nécessaires liés en* tre eux, et dépendant du premier de tous, comme les relations mathématiques dépendent de la conception d'unité, de ligne droite.

Le principe de Descartes : Je pense, donc f existe , ou mieux : je pense, f existe, est le premier axiome psychologique, ou le premier jugement intuitif d'existence personnelle. On peut l'énoncer ainsi : Un être n'existe pour tui^^mime qu^ autant quHl le sait ou qu'il le pense. Le sentiment ou la connaissance du moi est la condition première et essentielle de toute pensée.

Le moi est un, permanent, et toujours identique à lui-même dans le temps. Pour que je i^ente le passage d'une modification à une autre, il faut qu'il y ait quelque chose qui reste, et ce qui reste» mai^ est différent de ce qui est changé.

Ce qui* reste, c'est l'effort contma que j'exerpe aur mon corps tant que la veille dure , ou que j'existe pour moi-même.

Tout effort nécessite un sujets ou une £Drce qui l'exerce et un terme qui résiste. Ce sujet et ce ternie sont essentiellement distincts l'un de l'autre par le fait de conscience.

Le sentiment immédiat d'un pouvoir d'agir ou de commencer le mouvement, est identique à celui de mon existence.

S2Si FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. — PART. IL SEGT. lY.

Ma volonté est une force motrice , ou cause efficiente des mouvements que je lui attribpe.

Je suis libre dans l'exercice des mouvements ou actes qui viennent de moi» et nécessité dans les impressions qui viennent du dehors, ou de mon organisation.

Je ne juge de Texistence des causes, ou forces étrangères, qu'autant que je me sens moi-même immédiatement cause ou force.

Les impressions sous lesquelles je suis passif, ont une cause qui n'est pas moi, ou qui est hors de moi.

Toute qualité que je perçois hors de moi a un sujet.

Tout mouvement qui commence a une cause.

Ces jugements, dont je pourrais prolonger indéfiniment la série, en reproduisant tous les éléments de ce traité, sont autant d'expressions différentes d'un même fait de conscience. J'ai montré comment on pouvait déduire de ce fait, par une suite d'identités, toutes les notions de substance, de cause , de force, et l'ensemble des relations dont se' compose la science psychologique.

Observons qu'il ne s'agit pas ici d'identités logiques (i), ni de vérités conditionnelles, mais d'identités réelles, de faits intérieurs, de vérités absolues constatées par le sens intime, liées entre elles par la raison, appliquées à la connaissance de ce que

(i) Le Traité des Sensations de Goodillac réduit la psychologie à une suite d'identités logiques.

nous sommes en nous-mêmes comme êtres pensants.

Des déductions explicatives.

Observer les phénomènes, les classer, en poser

.les lois, chercher les causes, tel est, comme nous

l'avons déjà dit, d'après un excellent moderne (i), le

tableau des opérations successives de toute science

de faits.

L'observation, ou le simple recueil des expériences, considérées isolément les unes des autres, et sans liaison, ne comporte point encore l'application du raisonnement. Nous avons insisté pour faire voir comment la seconde opération qui consiste à classer, d'après des analogies ou des rapports de ressemblance perçus entre les qualités sensibles des choses ou des phénomènes , diffère aussi du raisonnement proprement dit.

Les lois, comme on l'a très-bien dit, ne sont que les résultats des rapports des êtres ; mais si ces rapports n'étaient que des ressemblances, aperçues entre certaines qualités sensibles, leur comparaison ne donnerait jamais qu'un gienre plus élevé, et en s'élevant ainsi dans le progrès des généralisations suc-

(1) M. Prévost, de Genève. Voir son Mémoire sur les signes et ses Essais de pkilosaphie^ tome ii.

9» FOND. DE L4 PSIGH0U3Q1& «-« PAIIT^ H. SEGT. IV.

cc«flives« Tesprit ne trouverait jamais à poser cesi&îs que nous appelons lois de la nature, et qui embrassent sous elles la multitude des phénomènes, non point comme une classe ou un genre artificiel corn* prend les espèces ou les individus; mais comme une cause productive, unique, tient sous sa dépendance l'ensemble des effets qui peuvent lui être rapportés.

Les rapports comparés donnant pour résultats ce que les mathématiciens nomment des proportions , l'expression la plus correcte (je dirais la seule correcte) des lois est toujours une proportion exprimée en nombres. Or cela suppose que les phénomènes sont comparés entre eux selon la quantité qui seule donne lieu à des proportions^ et non pas selon les qualités intensives qui ne sont point susceptibles d'aucune mesure ; d'où ii suU que la position, ou expression des lois, ne se fonde point sur l'opération qui consiste à généraliser des phénomènes composés, tels qu'ils peuvent se représenter à l'esprit ou aux sens, mais sur les relations constantes, nécessaires, universelles, aperçues entre ces phénomènes, considérés sous le rapport simple de leurs modes de coordination dans l'espace et le temps. Ce sont ces rapports seuls qui peuvent former de? propositions numériquement exactes, et représenter ainsi ces lois invariables d'après lesquelles la nature» ou plutôt l'éternel géomètre, agit sur la matière selon le poids et la mesure.

Faites abstraction de toute idée de cauge, ou, ce qui revient au même» réduitez la cause (i n'être que

Teffet le plus gépéral : il est évident que la re^ cherche descausesi qu'on regarde comme la dernière opération de Tesprit, et le complément de toute science de fait, n'aura, comme la position des lois dans la supposition analogue, aucun caractère qui la distingue des procédés de la généralisation et de la simple induction de Texpérience.

Observer et classer, voilà donc les deux opérations uniques (1). Ce sont en effet les seules qui puissent entrer dans les sciences naturelles, en tant qu'elles se bornent à la considération des phénomènes sensibles, tels qu'ils s'offrent, soit directement à l'observation, soit à l'expérience aidée des instruments que le génie de l'homme s'est donnés, pour interroger et tourmenter la nature.

La notion de cause ne fait point partie intégrante des phénomènes sensibles ; elle n'est pas un élémmt de nature homogène aux différentes qualités, ou circonstances, que nous pouvons y découvrir par l'application de nos sens ou de nos instruments. Aucune analyse expérimentale la plus subtile ne saurait donc l'en faire ressortir. Mais si cette notion est ajoutée par notre esprit, ce sera en lui que nous pourrons en trouver le type ; il sera donc désormais inutile d'al-

(1) L'induction, qui peut étendre les propriétés ou qualités aperçues dans tel phénomène transitoire individuel, actuellement présent aux sens, à tous les phénomènes supposés semblables dans un espace et un temps éloigné, n'est que la même opération que nous appelons classification, lorsqu'il s'agit des corps ou de substances permanentes. L« procédé d'induction coordonne lesphéno^ mènes semblables dans le temps comme dans l'espace; la classification s^appuie principalement sur la relation de ressemblance entre les qualités peiyves daas l'espace*

33S FOND. DE Là PSYCHOLOGIE. -^ PART. IL SEGT. IT.

1er la demander à rexpérience extérieure, et inconséquent de la renier parce qu'on n'en trouve pas le fondement au dehors, dans des objets où elle n'est pa3.

Quoique la notion de cause s'unisse nécessairement à toutes nos représentations, elle n'entre pas dans toutes également. Celles qui ont pour objets des substances ou des corps permanents hors de nous ne l'admettent pas comme celles qui ont pour objets des phénomènes transitoires, ou des mouvements qui s'accomplissent dans un espace et un temps. De là une divison naturelle des sciences physiques, correspondante à celle que nous avons établie, en partant des principes ou des faits primitifs , entre la science métaphysique et la science mathématique, dont l'une se fonde sur le mode de coordination de nos idées simples subjectives, dans un temps dont Texistence du moi , sujet de l'effort, ou cause du mouvement, est le premier terme, pendant que l'autre se fonde sur le mode de coordination de nos idées simples objectives dans un espace dont le terme de l'effort est le premier élément

Maiiltenant, en considérant ce dernier mode de coordination dans le concret, avec nos idées objectives et composées de substances, nous trouvons les sciences physiques ou naturelles, l'histoire naturelle proprement dite, la botanique, Tanatomie, la géologie, la géographie, la cosmographie, l'hydrographie, qui se fondent sur l'observation et l'analyse de description des objets permanents , entre lesquels l'esprit aperçoit des rapports de ressem-

STSTËME RËFLEXIF. ^ GH. lY. 829

blance, et qu'il classe ou range les uns à côté des autres, suivant ces rapports, sans avoir égard à l'ordre dans lequel les objets classés paraissent s'engendrer ou naître les uns des autres, suivant la relation des causes aux effets.

En considérant le mode de coordination par causalité dans le temps, comme étant également concret avec les représentations des phénomènes transitoires composés, nous trouvons lessciences physiques et physico-mathématiques qui admettent le p»ouvement et les relations du temps et de l'espace, soit au nombre de leurs éléments, combinés avec plusieurs autres de nature hétérogène, soit presque purs ou dégagés de toute composition. Telles sont dans le premier cas, la physiologie animale ou végétale, la physique proprement dite, les théories de l'air, du son, de l'électricité, du magnétisme, de la lumière, et dans le dernier cas, la mécanique terrestre et cé- Jeste, la dynamique, l'hydrodynamique, etc.

Dans les premières sciences il n'y a rien à expliquer, rien à déduire d'une cause. On part de l'existence, on ne cherche que certaines choses ou qualités ; on ne s'informe point pourquoi ni comment chacune existe, ni ce qu'elle est en elle-même, mais comment elle coexiste avec d'autres, ou la place qu'elle occupe parmi celles qui lui ressemblent. Dans les secondes, comme il s'agit de phénomènes qui se succèdent, et qui contribuent ou paraissent contribuer à se produire, à se modifier, s'altérer ou se changer les uns les autres, la science se propose d'abord de tenir note de ces diverses altérations, ou changements succès-

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