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330 FOND. DE LA FfiyCHOLCIOIB. m^ FAUT. TL SEGT. HT.
stfs, de les Il^r les uns aux autres dans Tordre eii ils paraissf at se produire, epiin de déterminér<iuand cela est possible, eomment Tun étant posé^ l'autre doit s'ensuivre nécessairement, par la nature même des choses. Cette dernière détermination ne peut avoir lieu que dans les sciences physioo^mathématiques, où le rapport des causes ou forces avec leurs effets, ramené au plus haut degré de simplification possible, $e trouve uni et presque identifié avec celui de la dépendance nécessaire entre nos idées. J'appellerai déduction é«tpiicative certaine ce procédé de l'esprit qui, s'appuyant sur le double rapport dont il s'agit, dérive plusieurs effets homogènes d'une même cause simple, en conservant l'intuition d'une dépendance nécessaire.
Un autre mode d'explication des phénomènes est le seul possible dans une infinité de cas, où l'esprit, attentif seulement {i l'ordre de succession des phénomènes, se borqe à connaître les circoni^tances de cette liaison expérimentale, ou s'attache à déterminer comment tel effet peut succéder à tel autre^ soit d'après l'analogie ou la ressemblance apparente qui le lie avec lui, soit d'après la fréquence des successions antérieures. J'appellerai ce mode d'explication déduction explicative probable.
Lorsque nous concevons distinetiven)ent eomment une cause étant donnée dans son effet le plus immédiat, ou dans celui dont sa notion est inséparable>tou8 les autres faits doivent suivre nécessairement, et sont déduits du premier, ou peuvent être prévus, Pesprit applique directement le rapport de causalité. Je di-
sfSTiin rSfukslif. »» cm. if • S8i
rài ddi|s ee eas qu^ la cause est eonçue métapbysi^ guemeot (1) pu que nous avons Tid^e de eé^use e/fi^ dente. Lorsque la cause p'étant pas donnée, ni même conçue dans auoun effet qui en soit rexpression directe et immédiate, l'esprit se borne à observer Tordre de succession expériipentale des phénomènes ou leurs analogies, çn appelant cause celui qui est avant et effet celui qui le puit habituellement, sans apercevoir comment Tun se f;rouve lié b Tautre, sans être pn état de prévoir aucune suite ou liaison, hors de Texpérience , le phéqomène antérieur qui tient lieu de la cause, et improprement dit ainsi, est une came physique.
Quant à cette simple liaison expérimentale qui fait que nous nous attendons à voir un phénomène naître après un autre qui Ta constamment précédé, c'est une loi et comme une sorte d'instinct de Timagination ; les animaux y obéissent comme nous, et il n'est pas besoin pour cela d'aucune notion de eause, d'aucun exercice de la raison. Aussi le pur empirisme exclut-il avec cet exercice toute déduction explicative.
Je parlerai d'abord de l'application directe du rapport de causalité, ou du fondement des déductions explicatives certaines, lorsque les phénomènes sont déduits de la notion métaphysique de cause.
A. — Déductions explicatives certaines.
J'ai dit qua la causa pouvait être donnée dans un
(1) Voir les Éléments de la philosophie de l'esprit humain par Dugald Stewart, note G.
effet immédiat, dont elle est inséparable, et je dois développer ma pensée sur ce premier point capital, en Tappuyant sur des exemples.
Nous avons vu, dans la première partie de cet ouvrage, que toute notion de cause ou de force extérieure est une induction première et originelle du sentiment immédiat de cette force propre et consti* tutive, déployée sur le corps, et par lui sur les corps étrangers. Cette induction qui a maintenant pour nous la valeur d'un principe, ou d'un fait primitif, n'emporte pas moins avec elle quelque chose'd'hypothétique, puisque c'est en quelque sorte par une supposition, naturelle il est vrai, que nous attribuons aux êtres qui agissent sur nous une force semblable à la nôtre.
Un mouvement volontaire ou libre accompagné d'effort, emporte nécessairement avec lui l'idée, ou le sentiment de la cause qui est mai. Un mouvement involontaire, ou perçu au dehors, emporte aussi nécessairement l'idée d'une cause ou force qui n'est pas moi , mais qui est censée ou crue capable de faire l'effort. Demander quelle est hors de nous l'essence de la cause, ou force motrice, séparée du mouvement actuel, c'est demander ce qu'est en nous l'effort séparé d'une résistance. Dans l'un et l'autre cas, notre ignorance est invincible; cela est démontré par la nature même de notre connaissance, à partir du fait primitif, ou de la personnalité individuelle, sans laquelle il n'y aurait point de connaissance possible. Si l'on disait que la notion de l'absolu, être, substance, cause ou force, est nécessairement
dans le premier acte de la pensée, selon le principe de Descartes : je pense, donc f existe comme chose pensante^ du moins faudrtit-il convenir que nous ne pouvons avoir 1*idée séparée de cet absolu en tant que tel; que nous ne pouvons le connaître en luimême. Nous ne pouvons donc rien savoir de la force motrice absolue, sinon qu'elle existe; mais, elle n'existe pour nous que comme motrice ; elle n'est donnée que dans la relation à l'effet produit, d'où nous ne pouvons l'abstraire sans l'anéantir.
On ne sait guère ce qu'on demande quand on s'informe de ce qu'est une cause en elle-même, séparément de l'effet par qui, ou en qui elle se manifeste à l'entendement, et sans lequel elle n'existerait pas pour nous. La première chose qu'il faudrait savoir, c'est d'abord ce qu'est en elle-même l'âme ou la force motrice de notre corps, ensuite comment elle s'applique à ce corps, ou comment elle agit pour le mouvoir. Si nous savions cela, ainsi que Ta très-profondément conçu notre grand Descartes, nous saurions tout sur la nature ou l'essence des causes ou forces immatérielles de l'univers, nous pourrions espérer de connaître comment elles agissent pour produire leurs effets; nous déduirions parfaitement et a priori les effets de la notion première de leurs causes productives. Mais réciproquement, si cette science de l'absolu de l'âme, ou de son action sur le corps, est démontrée impossible, puisque pour l'avoir il faudrait pouvoir transformer en connaissance objective ce qui est essentiellement subjectif, ou voir ce qui est en nous-mêmes du dehors comme si nous étions
autres, il faut en conclure qu'il n'y a aucune notion possible de force étrangère absolue ef que, comme toute la connaissance de notre totm' gît danâ TëffoM et dans le mouvement qui en est le résultat, la connaissance de toute force étrangère, induite du senti^ ment de la nôtre, consiste dans celle du mouvement extérieur qui résulte de son application à un corps.
Tout mouvement a une relation nécessaire au tempss et à un espace interne ou éxteiDe, interne s'il se rapporte au mai, ou k l'effort voulu comme à sa cause unique immédiate, et externe s'il se Inapporte à une force étrangère nm moi. Lorsque la cause ou force étant donnée ainsi dans son effet immédiat, ou conçue par sa relation à l'espace et au temps, est conçue métaphysiquement, sa notion est réduite aU dernier degré de simplicité, à tout ce qu'elle peut être pour nous d'après hotre manière de concevoir. Vouloir aller au delà, c'est méconnaître la nature et les bornes nécessaires d« l'esprit humain, c'est méconnaître la simplicité et l'immatérialité des forces.
L'espace et le tenips s*nt des modes simples, seuls susceptibles de mesures, de divisions où de proportions exactes. Ces proportions numériques entre tes parties de l'espâcfe et du temps représentent ceUes qui sont entre tes forces. C'est leur expression bàtu^ relie, pufé, qui n'admet qiie des éléments simples comme «es fo**ces, et rien de composé o* d*hétén>gène à \^ùt Vratupe. La science qui se compose de ces relations fist donc mathématiquement exacte; elte prend l'idée de la cause tel qu'il est donné à l'esprit humain ^ 4a t^èttnaitre; #le «déduitt Une multitude
SYSTÈME RËFIiEXIF. -^ GH. IV. J(35
d'effets OU de mouyemento d'un premier fait ou d'un premier mouvement qui (se lie de la manière la plus immédiate à l'exiMence même de cette cause ; elle les en foit ressortir de la même manière ou par la même opération qui déduit d'un premier rapport nu^ mérique simple» une multitude de rapports compensés à l'infini, ou de Tessence d'une figure, toutes les propriétés qui lui appartiennent, sans rien emprunter d'ailleurs. Â partir du premier fait qui manifeste une cause ou par lequel cette cause est donnée, la science se formera donc d'une suite de jugements intuitifs liés entre eux ; ce sera une science de raisonnement appliquée aux existences ou aux faits.
L'astronomie ou la mécanique céleste, nous offre les plus beaux exemples de cette manière de procéder dans les déductions explicatives des effets, d'une seule cause donnée ou supposée en premier lieu. Dans cette science, pas plus qne dans la mécanique, U ne s'agit en effet de la recherche des causes, comme d'un procédé qui ferait suite à la classification ées phénomènes ; mais, en partant d^un premier fait, tel que celui du mouvement planétaire, qui manifeste une cause de tendance ou force attractive, exercée du centre des révolutio^ns sur chacun des corps qui circulent autour de lui, il s'agit de montrer que l'ensemble de» efiels éloignés, découverts successivement par Une observation laborieuse, dépendent de la ctmse, en sont mathématiquement déduits et qu'ils pouvaient même être prévus dans l'énei^ie de la cause, dans la formule qui t'exprime en fonctions de Te^pace et du temps.
Il n'y a rien d'hypothétique dans les déductions, car il ne s'agit point d'expliquer la manière dont le soleil agit à distance sur les planMes, ou, en général, te corps placé au centre des révolutions, sur ceux qui circulent autour de lui; il ne s'agit pas du cam^ ment de la cause, qui est le secret du griod architecte, mais de son existence et de sa quantité relative, seul objet approprié à la connaissance humaine. Que la cause agisse par impulsion immédiate ou par une attraction exercée à distance, la nature de la cause en sera-t-elle moins connue?
« Je prends dans le même sens, » dit Newton (1), « les attractions et les impulsions accélératrices et <( motrices, et je me sers indifféremment des mots <i impulsion, attraction, ou propension quelconque « vers un centre, car je considère ces forces mathé- <i matiquement et non physiquement. Ainsi le lec- « teur doit bien se garder de croire que j'aie voulu <i désigner par ces mots quelque espèce d action ou « de cause physique, h
Plus haut il dit : « On rapporte la force centripète « absolue au centre, comme à une certaine cause <( sans laquelle les forces motrice et accélératrice « ne se propageraient point dans tous les lieux qui « entourent le centre, soit que cette cause soit un « corps central quelconque (comme l'aimant dans le <( centre de la force magnétique, et la terre dans le « centre de la force gravitante), soit que ce soit quelle qu'autre cause qu'on n'aperçoit pas. Cette façon de « considérer la force centripète est purement mathé-
(i) Principes. Définition viu.
« maiique et je ne prétends point en donner la cause « physique (i) )> (c'est-à-dire, dans mon sens, expliquer comment elle agit).
Ceux qui ont accusé Newton d'avoir introduit des causes occultes dans la physique n'avaient probablement jamais réfléchi sur l'origine de notre idée de cause ou de liaison nécessaire, et sur le fondement de l'application que nous faisons de cette notion purement réflexiveaux phénomènes. Aussi ne se sont-ils pas aperçus qu'en substituant une cause physique à la cause métaphysique qu'avait très-profondément saisie Newton, ou en ramenant les effets de cette cause à ceux de l'impulsion ordinaire, comme à un jeu de tourbillons, de matière subtile ou de corpuscules gravifiques, ils introduisaient eux-mêmes des explications occultes dans une science parfaitement claire et évidente en elle-même, lorsqu'on prend la force dans le sens mathématique de Newton. Ils ne s'apercevaient pas que la force d'impulsion considérée dans les corps, n'est pas moins occulte que celle d'attraction, que ce sont deux notions également réflexives dans leur principe, ou tirées du sentiment de l'effort que nous exerçons, soit en poussant, soit en tirant à nous les corps qui nous résistent, et que, comme c'est par la même induction première que nous attribuons aux corps ces deux modes d'exercice de la même force qui est nous-mêmes, il n'y a pas de raison de croire que l'un ait seul un fondement réel que l'autre n'aurait pas (â).
(1) Principes, Définition viii.
(2) « Sur la force centrifuge, » dit Maupertuis , « il ne peut y
a88 FOND. DE LA. PSTGHOIiOGIEii •«- PART. IL SEGT. IV.
Il ne reste donc4 dans les deux cas, que les relations mathématiques des espaces et du temps, qui aotit la mesure des forces ou dei causés^ dont nous suppo* sons ou croyons l'existence réelle, sans qu'il soit possible, par la nature même de notre esprit, d'avoir aucune idée représentative de Ces forces en ellesmêmes. Voilà pourquoi il est indifférent, comme le dit Newton, de considérer la force qui s'exerce d'un centre, sur les corps placés dabs sa sphère d'activitéi comme résidant dans un point mathématique ou dans un, corps central d'un volume donné, jouissant de propriétés physiques* Cela ne fait rien à' la na* ture de la force qui n'a point de relation nécessaire
« avoir de dispute; elle n'est que cet efïbrt que les corps qui cîr- « culent font pour s'écarter du centre de leur révolution. Unoorps « forcé de se mouvoir dans quelque courbe, fait un effort continuel « pour s*échapper par la tangente, parce que , à chaque instant, « son état est de se mouvoir dans les petites droites qui conapo* « sent la courbe et dont les prolongements sont les tangentes. La "« nature de la force centrifuge et ses effets sont donc bien « conçus. Il n'en est pas de môme de la force centripète ou de la « pesanteur. »
Pourquoi n*en est-il pas de même? La force centripète ne peuteUe pas aussi être conçue comme un effort que fait le corps qui circule pour s'approcher du centre de la révolution, effort contra^ rîé par la force tangenlielle ? Son état à chaque instant n'est-il pas aussi bien de se mouvoir vers le centré où il tend que de se mou* voir sur la tangente? En n'ayant égard qu'au double effort que nous attribuons au corps qui circule, Tun n'est donc pas plus difficile à concevoir que l'autre : tous deux ont la même induction originelle pour principe. S'agit-il de la nature des forces considérées en elles-mêmes? l'obscurité est égale, puisque nous ne éoncevons pas mieux la cause du premier mouvement impulsif ni le comment de son action, que celle du premier mouvement de tendance vers un centre ; et Ton a tort de penser que la cause d'un mouvement est donnée par cela seul qu'il s'agirait d'une impulsion ou d'un choc. S'il s'agit des effets des forces centrifuge et centripète, ils sont également déterminés parlesttlfttiDnswithi^nati^es dM 1^096 (Et des iutN«» ^arcburuji^
avec ces propriétés et n'est point homogène avec elles.
Newton part dn principe décobvert par GaHlée^ que la force ou la cause qui fait tomber les corps vers le centre de la terre est uniformément accélérée» puisque les espacei^ parcourus croissent comme les carrés des temps. Il compare cette force avec celle qui retient à chaque instant ia lune dans son orbite^ et trouve que cette dernière force est la même qui fait tomber les corps vers la terre, diminuée en rai* son du carré de la distance de la lune. D'où il déduit, par rapport à notre système solaire^ que la pesanteur est commune et réciproque entre tous les corps de ce système, suivant la raison inverse du carré des distances au centre du soleil et des autres planètes comme au centre de la terre. Cette première gêné* ralisation est fondée sur ces deuK vérités :
Un corps qui tourne autour d'un centre, de telle tnanière que les aires de la courbe qu'il décrit, à par*tir d'un point donné, soient proportionnelles aux temps écoulés, est attiré par le centre : voilà l'existence de la cause, de la force attractive, manifestée par un mouvement, un fait d'observation.
Si les temps des révolutions totales de ^eux pla»nëtes autour <i'un même centre sont entre eux comme la racine des cubes de leurs distances au soleil^ lew attraction vers le centre sera en raîsbn inverse du carré de leurs distances : voilà la loi de c^te force déduite d'une autre observation.
Mais ce qui caractérise au plus haut degré l'évrdenoe mathématiq^ de ces relatiMia néeessaii^s»
c'est que les deux faits donnés par l'observation se déduisent également bien a priori de l'existence de la force, ou delà tendance vers un point fixe. Ainsi, il est absolument vrai qu'en supposant cette tendance, les deux analogies de Kepler qui n'étaient que des faits d'expérience, trouvés par une sorte de tâtonnement, et sans liaison entre eux, et avec un principe plus relevé, prennent un tout autre caractère.
La lune décrit autour de la terre des aires pro* portionnelles aux temps : donc elle tend vers elle, ou est attirée suivant une certaine loi, loi qui serait démontrée être celle de la raison inverse du carré, si la terre avait un autre satellite plus près ou plus loin, dont le temps de la révolution, comparé à celui de la lune, fût comme la racine du cube de la distance. Newton substitue au second satellite qui n'existe pas, le mouvement d'un corps qui tombe vers la terre, suivant la loi expérimentale de l'accélération des graves trouvée par Galilée. Comparant ce mouvement d'un corps qui tombe d'une certaine hauteur, pendant un certain temps donné, avec celui de la lune tombant vers la terre d'une certaine quantité déterminée par le sinus verse de l'arc décrit pendant le temps de la chute du corps, il trouve que la force qui fait tendre la lune vers la terre est la même que celle qui fait tomber le corps, et que l'intensité de cette force diminue comme le carré de la distance augmente.
De ce que les temps des révolutions sont en raison sesquplée des moyennes distances, il suit que l'attraction agit en raison inverse du carré des dis-
SIST&ME RÊFLEXIF. — GH. IV. Ui
tances; et de la comparaison établie d'après Texpérienee, entre l'espace parcouru par un corps pesant, dans une minute par exemple, et celui que la lune parcourt en tombant vers la terre, pendant le même temps, il suit que la pesanteur agit sur les corps qui tombent et sur la lune, suivant le même rapport inverse du carré des distances. L'identité des deux forces de pesanteur et d'attraction, ou de tendance vers un corps central, est donc prouvée par l'identité des lois.
L'attraction des planètes vers le soleil suit la même loi ; elle ne diffère point de la pesanteur. Donc au lieu de dire que les planètes sont attirées vers le soseil, ou les unes vers les autres, nous pouvons dire qu'elles pèsent yers le soleil» etc., comme nous disons que les corps pèsent vers la terre. C'est ainsi que l'idée d'abord particulière de pesanteur des corps sur la terre se généralise, en devenant celle d'une force commune, répandue dans tout le système solaire, et qui s'étend de chaque centre dans une sphère d'activité de plus en plus étendue.
La pensée de Newton s'élève encore à un plus haut degré de généralisation. De l'attraction égale et réciproque entre tous les corps du système solaire, il déduit l'idée (tune force attractive répandue dans toutes les parties de ta matière, qui agit en raison inverse du carré de leurs distances entre elles (1).
(i) Par cela seul que Tattraction est conçue comme une force, elle ne peut Tètre comme faisant partie des propriétés essentielles ni même primordiales de la matière ; car les forces qui sont conçues comme agissant sur les corps , pour leur imprimer divers mouvements, lèsent par là même hors de ces corps, et ne peuvent entrer
ut FOND. DE LA KTOHÛLCMUB. «- PART. IL SEGT. Vf.
lift notion de foroo attractive prend ici le plos haut degré de généralité, et pourtant elle ne perd rien de sa simplicité; o^est toujours la ipème force une et simple, dont Tesprit accroît seulement Textension, oi) la sphère d'activité, en l'associant à toutes noa idées de corp^. Ce procédé diffère bien de la généralisar tion ordinaire, où la première idée complexe de l'individu se simplifie successivement, en passant à celle
parmi les attributs qui dérivent de leur essence. C'est donc encore pour avoir confondu les causes métaphysiques, ou efficientes, avec les ûauses physiques, qu'on a tantôt si vouement discuté h question de savoir si Tatlraction devait ou non être rangée parmi les propriétés essentielles de la matière. Il suffisait pour couper court sur cette question, de consulter les idées que nous pouvons nous former, d'i^ne part, des causes ou forces productives hors de nous, et d'autre part, des propriétés ou qualités attribuées au corps ; oar si ces idées diffèrent essentiQUement par leur nature et par leur origine; si les unes se représentent à TiiQagination, ou aux sens, et que les autres échappent absolument à cette représentation, nous ne saurions trouver aucune bonne raison pour admettre qu'elles ^ont également fondées dans le3 olyets.
Celte question est subordonnée à celle de savoir si le sujet moi, qui agit pour mouvoir le corps, est de la môme nature que lui, ou OBt au noii)))re de sep attributs ; question qui P0 peu) en fajre upe sérieuse, pour peu qu'on réfléchisse.
De ce que l'attraction, ou la tendance réciproque dQs corps les une vers les fiqtres , ne pourrait pas être rainenée à l'impulsion, ou ei^pliquée par l'impulsion d'un fluide , on a conclu légèrement qu'elle devait être rangée parmi les propriétés essentielles de la matière. Mais on pouvait seulement en conclure que cette force est sut generis , ou que pon existence est un fait simple et iudécomposable comme celui de la force impulsive conçue hors de nous ; oar cette dernière (brce ne peut pas âtr^ conaidérée cmaw» une propriété des çorpg. Le niouvQpapot d'un cprps çst la ca]ise physique du mouvement d'un autre corps ; ce sont deux phénomènes homogènes qui se suivent, mais dont la liaison nécessaire, efficace, â'a son principe ni dans l'un ni dans l'autre de ces n^obiles. Un corps étant placé à distance d'un aufre , celui^i 9e meut vers lui ; la cause du meuvement peutrelle être conçue dans le corps central inmiobile? Nous oonpevops, ou croyons cpuoevoir, comment un iqpuveHieiït en produit un autre, mais non con^menl
KYSTÈME RéPLEXIF. — CH, IV. ÈhB
de Tespëee, puis de la classe, et enfin du genre; et nous trouvons là une nouvelle preuve de la distinct tien que nous avons établie entre les idées générales et les idées abstraites universelles. Ce n'est pas la seule analogie des effets qui fait reconnaître ou juger l'identité de la cause, mais c'est l'identité même ou la similitude mathématique des relations simples aperçues entre les effets ouïes mouvements.
un mouvement peut avoir pour cause un corps en repos. Pp y réfléchissant un peu, on voit que la cause efficiente n'est ni plus, ni moins obscure dans un cas que dans rautre. Quant à la cause physique, si Ton se borpe à la succession des phén9|Dènes, il sera d'une vérité d'expérience que deux corps étant placés dans certaines situations, l'un se meut constamment vers l'autre suivant certaines lois de vitesse que l'observation et le calcul déterminent, et l'on connaîtra ainsi tout ce qu'il est possible de savoir sur la relation de la cause physique à son effet, en tant que cette relation est limitée h Tordre de succession des phénomènes, ou au rapport d'antériorité et de postériorité des mouvements homogènes. Mais gi Ton veut de plus expliquer comment le premier phénomène , savoir lajprésence du corps attirant, détermine ou produit le deuxième, le mouvement du corps attiré , il est évident que ce mouvement ne pouvant être expliqué par le repos , il faudra admetti^ ou supposer des mouvements extérieurs qui vont se rattacher immédiatement au corps qui attire : ce sera une atmosphère composée de corpuscules doués de divers mouvements, et capables de les communiquer à tout ce qui ee rencontre dans leur sphère d'activité. On s'aidera, dans ces explications, des analogies de la matière gravifique avec la lumière, l'électricité, le magnétisme, tous fluides dont l'existence phénoménique est prouvée par les faits , et qui agissent comme l'attraction en raison inverse du carré de la distance ; ainsi on parviendra à des explications plus ou moins probables, suivant que l'hypothèse satisfera aux phénomènes.
On convient donc qu'on ne peut expliquer physiquement un mouvement que par un autre mouvement, et qu'ainsi toute attraction doit pouvoir être ramenée à Pimpulsion, en tant qu'il s'agit d'en expliquer le comment ; mais il n'en reste pas moins vrai que la cause métaphysique étant connue d'une tout autre manière que les effets qui lui sont attribués, ceux-ci peuvent être déduits nécessairement de sou e^tçpce , fanf auQUU mélange d'hypotbèi^^ eur la cause physique.
Bàk FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. — PART. IL SEGT. IV.
Quelle que soit l'essence de cette cause, ou la manière dont elle s'applique au corps, soit à travers le vide, soit par l'intermédiaire d'un fluide éthéré, les effets n'en seront pas moins évidemment déduits de l'existence ou des relations premières de la force. Pour qu'on pût en savoir davantage, il faudrait supposer que cette force pût être connue absolument en elle-même, et hors de Teffet premier qui la ma* nifeste.
Qu'on imagine un jeu de tourbillons , de matière gravifique qui se propage avec une rapidité infinie du centre des révolutions jusqu'aux corps placés dans la même sphère d'activité, on ne fera que suppléer un intermédiaire omis à dessein par Newton ; on tentera d'expliquer hypothétiquementles effets par une combinaison physique dont nous allons assigner le caractère. Mais la cause métaphysique restera hors des limites de cette explication, elle sera donnée de la même manière, par les mêmes relations, sans qu'on puisse remonter au delà. Il n'y aura enfin rien de changé, ni dans l'application du rapport de causalité, ni dans les premières déductions explicatives, qui ne sont pas susceptibles d*un plus haut degré d'évidence et de certitude.
B. — Hypothèses explicatives probables.
Le champ des connaissances certaines est trop res* serré pour l'esprit humain. II a besoin de se déter-
miner à chaque instant d'après des probabilités, dés ressemblances souvent éloignées; il cherche à tout ce qu'il voit des explications, et il se contente des plus vagues pourvu qu'elles parlent à l'imagination, et qu'elles aient de quoi la^satisfaire.
Il faut admirer Newton, non-seulement pour l'ouvrage en quelque sorte surhumain qu'il a accompli, mais encore pour ce dont il s'est abstenu, contre l'instinct de l'humanité. Il n'a j)as fait d'hypothèses^ dans un sujet qui jusqu'à lui n'avait été traité que par hypothèses. Il semble que ce génie presque divin, dédaignant tout ce qui tient à l'imagination, comme à une faculté purement humaine, ait voulu lui fermer l'entrée dans l'érection de ce monument immortel consacré à la raison pure. L'imagination n'a rien à voir, en effet, dans l'application du rapport de causalité. Toute notion de cause est réflexive dans son principe. Prétendre connaître une force par l'imagination, ou chercher à l'aide de cette faculté comment la force agit, c'est dénaturer la notion de force, c'est l'anéantir pour mettre à sa place des images ou fantômes hétérogènes.
Les hypothèses sont des combinaisons de faits réels ou imagmés, qui ont pour but d'expliquer le comment des phénomènes directement observés, en les liant les uns aux autres par une chaîne plus étroite. Ces combinaisons imaginaires considérées comme les causes physiques^ ne sauraient admettre au nombre de leurs éléments la véritable cause, ou force productive, qui est toujours essentiellement conçue comme simple, et qui reste toujours hors du champ
34* FOND. DK tA PStCHOLOGIB. -^PART. fl. SECT. ;iV.
de l'hypotliëse, quelque probable que celle--cl de^ vienne, par une comparaison exacte avec les faits de là nature. On voit par là combien les detiic espèces de causes sont de nature différente, et combien on est sujet à se tromper en confondant ces deux sortes d'explications.
C'est par là qile la philosophie de Newton diffère absolument de celle de Descartes. Dans là première, on déduit les phénomènes, Ou leurs rapports les plus composés, d'une cause réelle, donnée par une première relation, saris aucun mélange d'hypothèses. Dans la seconde on part d'une cause physique, ou de Ikîts hypothétiques dont on cherche les rapports avec les faits observés, pour expliquer le comment de ceux-ci.
Descartes nous donne lui-même le secret de toutes seé erreurs en physique, dans la suborditiation qu'il établit entré toutes les sciences de faits, et les combinaisons hypothétiqiies qui ont pour but d'expliquer le cottitnent de des faits. ^ Toute la science hu- * mdne, dit-il (1), consiste seulement à voir dlstinc- « tement comment ces natures simples concourent « entre elles à la forthatloU des autres Choses, re- <( marque très-utile à faire. Car^ toutes les fols qu'on <( propose une difficulté à examiner, presque tous <( s'arrêtent au début, incertains k quelle pensée ils « doivent d'abord se livrer^ et persuadés qu'ils ont « à chercher une nouvelle espèce d'être qui leUr est 4( inconnue. Ainsi, quand on demande (juelle est la
(i; Bègiei pour Ut dtrmion (te CeiprU, Règle xiu
M nature de raimanti auÈsitât, et parde qu'ilu augi>' « rent que la chose est difficile et ardue, éloignant « leur esprit de tout ce qui est évident , Us l'appli-^ « quent à ce qu'il y a de plus difficile, et attendenl^ a dans le vague si par hasard, en parcourant Tes-m pace yide de causes infinies, ils ne trouveront pas <i quelque chose de nouveau. Mais celui qui pense <i qu'on ne peut rien connaître dans l'aimant qui ne m soit formé de certaines natures simples et connues « par elles-mêmes, sûr de ce qu'il doit faire, rassem* « ble d'abord avec soin toutes les expériences qu'il <( possède sur cette pierre, et cherche ensuite à en « déduiii%quel doit être le mélange nécessaire de nà- 4i tures simples pour produire les effets qu'il a rei- - « connus dans l'aimant. Cela trouvé, il peut affirmer a hardiment qu'il connaît la véritable nature de l'ai- « mant, autant qu'un homme, avec les expériences « données, peut y parvenir. »
Ce passage curieux est très^propre à faire sentir toute la différence qui existe entre les déductions certaines et les hypothèses explicatives probables.
1* Ce que Descartes appelle ici natures simples, ce sont nos idées abstraites réflexives, l'espace, le temps et leui*8 diverses relations considérées dans le nombre, les figures, la quantité du mouvement. Il est vrai que toute recherche mathématique sur les êtres, ou les causes métaphysiques, en tant qu'elles se manifestent par ces relatidîis , consiste nécessairement dans la combinaison de ces idées, ou si l'on veut, de ces natures simples, et nous sommes assurés que les relations de ces idées simples représen--
3A8 FON0. DE LA PSTCBOLOGIE. — PART. IL SECT. lY.
tent celles qui sont entre lès causes ou les forces, puisqu'il ne s'agit point de la nature ou de Tessence de celles-ci, mais de leurs mesures ou des rapports numériques de leurs effets dansTespaceet le temps. Mais est-il possible de construire les idées des êtres, ou des phénomènes que la nature compose hors de nous, et sans nous, avec divers éléments hétérogènes, comme nous construisons nos idées de quantités, ou celles des relations numériques qu'ont entre elles certaines forces simples comparées et mesurées par leurs effets immédiats? Vainement on prétendrait assimiler les lois de la combinaison de nos idées simples avec les lois que suit la nature dans la formation des composés avec certains éléments. Il est possible de connaître ces idées simples, et il ne le* sera jamais de déterminer au juste la nature et le nombre des éléments des composés qui sont connus par la sensation. Aussi toute analyse physique ou chimique n'est-elle qu'une hypothèse, plus ou moins probable suivant qu'elle satisfait à un plus ou moins grand nombre des faits que nous connaissons, sans .quenous puissions jamais obtenir la certitude complète qu'elle les embrasse tous.
21^ L'exemple de l'aimant cité par notre philosophe est précisément celui qui prouve contre sa méthode des hypothèses, et il eût mieux fait d'en emprunter un de ses tourbillons.
« Il faut, dit-il, commencer par réunir toutes les « expériences sur cette pierre et chercher ensuite à « en déduire quel doit être le mélange nécessaire de
SYSTEMS RÉFLEXIF.--.GH. lY. 3&9
a natures simples pour produire les effets reoon- « nus dans Taimant. »
Si les effets sont déduits immédiatement de l'expérience, à quoi bon recourir aux natures simples comme à un intermédiaire pour leur explication? Ne suffît-il pas d'observer et de comparer les résultats de nos observations, de saisir l'ordre de succession des phénomènes, enfin de trouver les lois générales qui régissent chaque système de faits, pour compléter notre science physique? Dans le sens de Descartes il s'agit d'expliquer comment le fait est produit nécessairement, quand on sait déjà qu'il Test d'une manière contingente (1). L'expérience ne peut apprendre cette nécessité ; elle ne conclut rien de ce qui est au delà du moment ou du lieu où elle opère; elle ne voit point la raison suffisante pourquoi la chose sera toujours ainsi, et n'est jamais certaine qu'elle ne sera pas d'une autre manière. Au lieu que si nous apercevions clairement et distinctement que telle combinaison de natures, ou de forces simples, conçues par elles-mêmes, est capable de produire les phénomènes que nous avons expérimentés, nous pourrions déduire ceux-ci, non plus des expériences variables et contingentes, mais des relations constantes et nécessaires de ces natures simples dont nous connaîtrions évidemment et a priori la nature
(1) « Pour la physique, » dit ce philosophe (dans une lettre au père Mersenne), « je croirais n'y rien savoir si je ne savais que dire « comment les choses peuvent être, sans démontrer qu'elles ne peu- « vent être autrement. » Cette prétention étonnante, dans un esprit de la trempe de Descartes, annonce que tout son génie était tourné vers la science des vérités nécessaires.
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identique et permanente. Ainsi, quel que fût rotqet de nos recherches , nous procéderions toujours par des déductions explicatives certaines, évidentes, et comme le dit Descartes (1), « il n'y aurait pas de con^ M naissances plus obscures les unes que les autres. » Toute la difficulté consisterait dans les combinaisons étendues qu'il faudrait faire des mêmes natures sim* pies, pour expliquer certains phénomènes sublu*^ naires plus compliqués que les autres.
Ces espérances étaient grandes et belles, mais la physique entière de Descartes les a démenties, à partir des tourbillons, qui, loin d'expliquer le système du monde, ont contrarié toutes les données de l'expérience et du calcul, quoique des mathématiciens du premier ordre (â) aient fait des efforts incroyables pour les concilier avec ces données, entant hypothèses sur hypothèses. Il fallait donc que les combinaisons des natures simples, dont parle Deseartes» ne fussent pas bien déduites des faits. Et vraiment quand on croit pouvoir tout expliquer en combinant des idées simples, il y a peu d'apparence qu^on s'attache à des observations exactes comme si Ion posait devoir tout déduire des feits.
S"" Ces exemples ont mis dans le plus grand jour la ligne de démarcation qui existe entre les sciences de vérités néce3saires d'une part, qui se fondent sur les relations de nos idées simples identiques, et sur celles qui existent entre des êtres, ou des Caits donnés aussi comme simples A l'entendement, ou susceptibles
(1) Règle xif.
ifi) Huyglïeïis, Bus^ngier, etc, etc.
SJSTÈm RÉFLEXIF-CHAP, ÏV. Ô5i
d'être ramenés à cet état de simplicité, sans altérer la nature des phénomènes que l'esprit considère, et, d'autre part, les scierjpea expérimentales, ou de vérités contingente^, qui se fondent sqr certains rapport3 d'analogie, dépendait de la nature ou de l'espèce des modifications des objets sensibles comparés, rapports sujets par conséquent à varier comme nos ^ens^tionij dont ils ne peuvent être séparés ou abstraits, sans que les phénomènes dont il s'agit cban? gi^nt de nature ou disparaissent complètement.
En introduisant la méthode des hypothèses, ou l'explication du commmt des phénomènes dans la mécanique céleste par e;cemple, Descarles la réduis slt à n'être qu'une science physique pu expérimentale^, et laso^mitp^r suite £t toutes les chances de la simple probabilité, t'expériençç a prouvé que les tourbih lon.s de matière subtile pouvaient être variés d'une infinité de manières, quant au nombre, à la posi-tion, aux mouvements, suivant que le besoin l'exige, ]Mais les combinaisons qui satisfaisaient à certains faits, à certaines lois se trouvaient en opposition avec telles autres; si bien qu'il a fallu renoncer ab^ solum^nt à un édifice qui croulait de toutes parts. On a dû &'m tenir m simple fait de l'existence d'vm^ force qui fait tendre les planètes vers le centre de Ifiur^ révolutions; et, tirer de là par déductions explicatives eprtaines, toutes les circonstances et les rapports mathématiques des mouvements planétaires qui dépendent de ce premier fait, sans emprunter dç la physique aucun élément étranger, en vue d'expUquipr le comment i\i fait, P^ de, rappUpatioa de h
force, comme si on pouvait la connaître en ellemême, séparément de son effet.
II en est toujours ainsi, à plus forte raison, dans les hypothèses imaginées pour expliquer des phénomènes encore plus composés, tels que ceux de nos sciences physiques. Ces explications sont toujours plus ou moins lâches, et on n'a jamais la certitude que l'hypothèse soit la seule, ou qu'une autre ne puisse tout aussi bien s'y adapter.
4** Le passage cité auparavant nous indique trois opérations qui concourent successivement à la formation des hypothèses expUcatives. La première est préparatoire, et consiste à observer ou à recueillir des expériences. La deuxième forme l'hypothèse en combinant ensemble le nombre et l'espèce de natures simples, nécessaires pour produire les phénomènes observés ou expérimentés. La troisième déduit de l'hypothèse les faits qui en dérivent ; et la comparaison de ces faits avec ceux de l'expérience montre, s'ils sont reconnus identiques, la réalité de la cause physique supposée, et complète l'explication des phénomènes dont il s'agit.
11 est évident que ces trois opérations n'ont point lieu, lorsqu'on déduit les phénomènes astronomiques de la combinaison de deux forces simples, telles que l'attraction, ou la tendance vers un centre, et l'impulsion ou la force tangentielle. Ces deux forces, ou notions simples, sont données par les relations des espaces que chacune d'elles séparément ferait parcourir au mobile, aux temps, au nombre d'instants employés, c'est-à-dire à la vitesse. Il n'y a
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point de combinaison éventuelle ou hypothétique d'éléments simples, mais seulement des relations numériques, déduites les unes des autres et du premier fait qui manifeste la force. Cette déduction est immédiate, et n'a pas besoin de combinaison hypothétique. Tout ce qui est vrai de la courbe géométrique abstraite Test nécessairement de la courbe tracée dans l'espace; les bases du calcul n'ont rien d'hypothétique, et ses résultats sont nécessairement et réellement vrais : témoin les lois de Kepler, déduites du mouvement elliptique, sans tâtonnement, et plus sûrement que de l'expérience, ou des observations qui pouvaient tromper.
Quand il s'agit des phénomènes physiques tels que ceux; du magnétisme ou de l'électricité, l'esprit ne marche sûrement qu'à l'aide de l'observation ou de l'expérience, sans lesquelles aucun fait ne pourrait être donné. Or, l'expérience, jointe à l'induction, fondée elle-même sur l'analogie, ou la ressemblance des phénomènes, nous apprend bien que ces faits coexistent<lans un certain ordre, et nous porte à croire qu'ils coexisteront et se suivront toujours de la même manière dans les mêmes circonstances, mais non comment ils dépendent les uns des autres, de telle sorte que l'existence de l'un étant donnée, les autres doivent s'en suivre nécessairement, sans qu'il y ait possibilité d'admettre ou de concevoir un ordre contraire. Voulons-nous ramener ces phénomènes aux combinaisons de certaines idées ou natures simples, telles que les relations numériques de l'espace, du temps, ou en général à la quantité du mouvement?
m FOND. DE lA {«ICG[QU9CrI& ^r-PàXT. Q. SEGT. lY.
Q0U3 trouvons une opposition invincible dans la natuF6 même de^ obo^ft ou «les faits. £n abstrayant du phénomène composé les qualités sensibles qui le constituent, pour les ramener à ces éléments simples» susceptibles démesure ou de déterminations exactes, on le dénature, on le détruit. Les ornnbinaisons de ces éléments amples ne reproduiront jamais exacte-» ment un composé tel que celui de la nature; les dé-» ductions de Thypothèse ne sauraient représenter les phénomènes. Ouel moyen d'ailleurs de constater 1% dentité entre les résultats ainsi déduits et les faits observés? Comment par suite le caractère de néees-* site qui s'attache aux déductions abstraites pourrat-il se transmettre aux faits de Texpérience?
Dans les cas,, extrêmement nombreux en physique, où il devient impossible de vérifier l'hypothèse explicative, en la comparant exactement avec les faits de détail dont l'observation est difficile, et qu'on ne peut pas faire rencontrer à volonté, comment s'assurer que les déductions de l'hypothèse sont précisément conformes aux phénomènes et à toutes leurs circonstances? Comment se déterminer entre plusieurs hypothèses semblables que Timagi-nation peut suggérer? Que n'a-t^on pas dit, que ne peut-on pas dire encore, par exemple, sur les causes hypothétiques des variations de hauteur du baromètre, sur la déclinaison de l'aiguille aimantée, ete« ? £xpIiquera-t-on les phénomènes de l'aimant par des tourbillons de matière subtile, qui entrent par un pdJe et sortent par l'autre? ceux de la combinaison des ^idee avec les substances terreuses par de p^ts
corps pointus qui vont s'absorber dans la^ gaines faites pour les log^sr? Combien de modifications peuiïon faire subir k de t^ll^ bypothèses« ^ans qu'il en résulte d'explication satisfaisante propre h embrasser lous lescas{1) t
On présume que la matière électrique ou magné^ tique, partant d'un centre, pour s'étendre dans une certaine sphère d'activité, agit sur les corps placés dans cette sphère, en raison inverse du carré de la distance. Ce n'est point en partant de la notion d'une force électrique ou magnétique, ou des relations simples que manîsfestent ses effets immédiats, dérivés de l'essence de cette force, qu'on pourra confirmer cette présomption ; mais par une expérience ingénieuse telle que celle de M* Coulomb. £t quand un tel résultat sera connu, ce n^ sera qu'un fait intéressant, et une analogie dans la théorie comparée du magnétisme ou de Télectricité; mais on ne pourra s'en servir pour expliquer par voie de déduction certaine, tant d'autres circonstances de ces phénomènes qui paraissent entièrement isolés du rapport dont ils'agit. On voit bien que ce n'est pas ainsi qu'on procède dans la mécanique et, en général, dans les sciences physico-mathématiques, et nous avons dit pourquoi.
(1) a La probabilité est une fraction dont le numérateur est le « nombre de tous les cas favorables, et dont le dénominateur est le « nombre de tous les oae tant faior^btes que défavorables. » (^ Sage, da^s les Essais de philosophie de M. Prévost , tome n, page 287.)— Mais comment connaître exactement ce nombre? La méthode des limites, et celle d'exclusion, nous donnent bien quelques règles dans les sciences de calcul, mais elles nous abandonnent à tout le vague des conjectures dans les sciences de faits, où elles MrawBt le j^tts néœssaireâi.
Un des emplois les plus heureux et les plus sûrs des hypothèses explicatives, est celui qu'oiuen a fait; pour expliquer certaines apparences astronomiques. C'est ainsi que Copernic substitue Thypothèse du mouvement de la terre à celle de tous les épicycles, imaginés par les anciens astronomes pour représenter les variations du mouvement apparent du soleil, de la lune et des planètes , et au système de Tycho , qui faisait tourner autour de la terre le soleil avec toutes les planètes circulant autour de lui.
Il s'agit ici de phénomènes simples de distance et de situation, qui se prêtent d'eux-mêmes à l'abstraction, et aux relations numériques dont nous avons parlé. Il n'y a point de circonstances sensibles notables qui altèrent la simplicité des rapports, et qu'il ne soit pas permis d'écarter. L'observation directe des phénomènes est toujours facile, à notre portée, et représente un objet de la plus grande uniformité, "On peut combiner certaines idées simples de mouvements, de situations, de distances qui représentent hypothétiquement les faits observés. On peut déduire de cette combinaison plusieurs résultats de détail qui échappaient à l'observation simple (et il est •bien remarquable que des déductions purement mathématiques fassent reconnaître ou prédire des phénomènes cachés ou fugitifs, qui auraient eu besoin du plus long travail pour être démêlés et fixés par l'observation) ; on peut comparer exactement ces résultats encore hypothétiques avec les phénomènes, tels qu'ils apparaissent et tels qu'ils paraîtraient si l'hypothèse était réalisée; enfin on peut conclure
dttr parfait accord qui règne entre les phénomènes déduits et ceux qui sont observés, la vérité de l'by-* pothèse, ou la réalité des mouvements qui corres^ pondent à telles apparences.
C'est ainsi que Copernic, en se plaçant par l'ima^ gination au centre du soleil, voit tous les mouvements planétaires s'accomplir autour de lui, de la manière la plus régulière et la plus simple. Il note tous ces mouvements, et en forme une combinaison hypothétique, d'où il déduit tout ce qui y est renfermé. Ensuite, descendant sur la terre, il tient compte de tous les changementsque son mouvement doit produire dans les apparences des corps qui circulent avec elle, tantôt plus vite, tantôt plus lentement. Il déduit de là les phénomènes de rétrogradation, de station, d'interposition des planètes. Enfin l'accord de ses déductions avec tout l'ensemble des faits confirme son hypothèse, et la rend d'autant plus probable qu'elle a d'ailleurs l'avantage supérieur d'une simplicité conforme à la marche ordinaire de la nature.
Mais ne nous y trompons pas : cette probabilité, quelqu'élevée qu'elle soit, n'est pas la certitude. Les relations combinées par l'hypothèse ne sont pas encore parfaitement simples; l'hypothèse part de certaines apparences, contemplées d'un certain point, pour en déduire d'autres, vues d'un autre point. Tout n'est pas déduit d'un seul principe, ou d'une seule relation simple, mais d'une idée composée; l'esprit conçoit enfin la possibilité d'expliquer ces apparences d'une autre manière. La déduction explicative
à5» FOND. DB th mcnôUMtHi ^VSÂf. IL SEGT. Ff.
restera donc au taombre ded hypothèseï» seulement probables, quoiqu'elle ait le plus gratid nombre de chances possibles en sa faveur (1 ) .
On pourrait se servir de l'hypothèse de Copernic, comme d'un terme de comparaison propre à apprécier les degrés inférieurs dé probabilité de t(^utes les hypothèses employées de la même manière.
Nous devons faire remarquer ici l'analogie qui existe entre les procédés connus de l'analyse mathématique et ceux de la méthode des hypothèses. Dans Tune comme dans l'autre, on part dé certains résultats hypothétiques comme de données* ou l'on suppose que le problème est résolu suivant certaines conditions; et c'est en comparant ces résultats hypothétiques avec les véritables données, ou avec les faits observés, qui sont ici comme les quantités connues en algèbre, qu'on parvient à la Solution ou à l'explication demandée*
Il s^agit toujours de trouver Une suite d'intermé*diaires, entre le fait donné et un autre fait antérieur, d'où il doit être déduit probablement, et Thypothèse a pour objet de combler ce vide. D'où nous pouvons voir que la méthode appropriée aux sciences physiques
(1) cVst là (dit Le Sage, eti parlant de Yaberration, employée comme preuTe du mouvement progressif de la terre) un syllogisme hypothétique, dans lequel de la vérité du conséquent on infère celle de Tantécédent, contre une des règles les plus simples de la logique... Tous les autres arguments en faveur db mouvement de la terre sont dans le même cas que celui-là, çt leur collection la plus complète revient à dire : Si la terre était douée de certains mouvetnehts, dn deVtâit voir de tels phéâômènesi maià on en voit de pareils; donc la terre est douée de ces mouvements, (Essais dç philosophie, par M, Prévost, tome u, pages 273 et ^74,}
est ranalyse> qui part toujours du composé, n'arrive jamais au simple, et ne s'appuie jamais non plus sur une évidence intuitive; pendant que la synthèse, partant toujours des notions ou des relations les plus simples^ pour en déduire une infinité de rapports toujours homogènes au premier^ même dans leur plus grande complication, est appropriée aux scien* ces exactes, ou à celles qui ont pour objet des causes et des êtres métaphysiques : témoin le grand ouvrage des Principes de la pMlùsophié natureUé^ monument éternel élevé à la gloire de la syn^ thèse.
Concluons que la méthode que Descartes ai'ecommandée dans l'étude des faits de toiit ordre, n'est autre que celle des hypothèses employées à expliquer probablement le comment des faits connus par expérience ;— que cette méthode n'est d'aucdn usage dans les déductions explicatives certaines, où l'on part de la cause donnée, ou d'un fait immédiat dé-rivé de son essence ; -- que dans ce dernier cafe les relations simples se combinent progressivement les unes dans les' autres, depuis la première jusqu'à Id dernière qui est identique^ sans admettre ce mélange d'éléments hétérogènes qui a toujours lieu dans les hypothèses explicatives, ou dans l'emploi des causes physiques; -^ que l'explication du comment admet seule des intermédiaires hypothétiques entre telle cause physique supposée et les faits à expliquer; — que (ie mode d'explication laisse à l'écart le vérita*" ble rapport de causalité, pour s'attacher uniquement à Yotdte de sucocission de phénomènes contitj-
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gents, dont la permanence est probable et jamais certaine.
. De tout ce que nous avons dit sur les déductions explicatives, résulte de plus en plus la différence essentielle qu'il faut admettre entre les facultés qui nous sont données, soit pour connaître ce que nous sommes en nous-mêmes, soit pour connaître ce que les êtres sont aussi en eux, dans les relations fixes et immuables de leur essence, et les facultés qui sont limitées aux rapports variables de nos modifications sensibles entre elles, ou avec les objets qui les occasionnent. De là résuite aussi la ligne de démarcatiop si souvent etTacée, et si importante à rétablir, entre le vrai, le bon absolus, et le vrai, le bon sensibles ou .relatifs.
Nous aurions pu multiplier les exemples propres à faire reconnaître la nature des sciences de vérité absolue, nécessaire, ou de raison, et la nature des sciences de vérité relative, contingente. Nous aurions pu montrer comment une même science physique, telle par exemple que l'optique, l'acoustique, peuvent admettre ces deux sortes de vérités. La vérité de raison est fondée sur les relations fixes de l'objet, dépouillé de toutes ces qualités hétérogènes qui le mettent en rapport avec les sens, pour n'être considéré que dans ce qu'il peut être en lui-même, ou par rapport à l'entendement. C'est ainsi que l'aveugle Saunderson démontre les propriétés de la lumière, et tous les résultais purement mathématiques de la direction des rayons eu ligne droite, de l'égalité des angles d'incidence et de réflexion, des rapports des
sinus de réfraction, etc. Ainsi un sourd pourrait déduire toute la théorie acoustique des propriétés de la corde vibrante, des rapports numériques des vibrations avec la longueur, Tépaisseur des cordes, tandis que ces mêmes hommes ne peuvent absolument imaginer aucun des effets sensibles de la lumière ou du son, ni concevoir aucune des hypothèses explicatives imaginées par ceux qui voient et entendent pour expliquer lé comment de ces effets.
Mais, sans nous arrêter à des exemples empruntés des sciences physiques, nous terminerons par quelques considérations sur l'emploi des deux espèces de déduction explicative dont il s'agit, dans la méts^physique ou la psychologie en particulier.
En appliquant les résultats précédents à la science des facultés de l'esprit humain, on voit que, suivant l'emploi qu'on y fera du principe de causalité, cette science se trouvera placée au premier rang de celles qui se composent de vérités nécessaires absolues, et de déductions explicatives certaines, ou se rangera avec celles qui n'admettent que des vérités contingentes, soit conditionnelles, et des hypothèses explicatives probables.
La science qui s'attache d'abord à bien constater les faits primitifs, quant au nombre et à l'espèce, trouvera dans la conscience du moi les principes nécessaires et universels, et, avec le véritable fondement des notions de force, de substance^ d'unité, d'identité, etc., celui de la liaison constante de toute cause productive avec son effet. Elle ramènera tous