‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 3)Chapitre 3 sur 37 · DES AFFECTIONS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS PARTICULIÈRES

Au commencement de la vie, toutes les impressions reçues ont le caractère d'affections générales ; elles se communiquent rapidement à toutes les parties du système sensitif ; tout irrite, choque et affecte des organes encore trop faibles et trop susceptibles. Ainsi le simple contact de Tair excite rudement la surface du corps; les rayons lumineux et sonores n'agissent sur les organes que par leur masse, et ils affectent la sensibilité générale sans pouvoir encore se localiser ou se coordonner dans leurs sens propres ; toutes ks impressions sont donc alors du genre des affections intérieures dont nous venons de parler. Mais, à mesure que Taffection générale s'affaiblit, Timpression particulière et locale sort de son obscurité première et donne naissance à des produits tout nouveaux. Bientôt les matériaux de la perception distincte sont prêts à être mis en œuvre, et n'attendent plus que l'élément personnel, nécessaire pour compléter les premiers phénomènes de la représentation extérieure.

Parmi les différentes espèces d'impressions sensibles reçues |)ar chacun de nos sens, les unes conser-

SYSfTÈm APFBGTIF. — GIL II. SI

vent toujomii plus ou moins le caractère prédominant d'affections générales et sont toujours jusqu'à un certain point tumultueuses ou confuses dans le système, les autres sont plus distinctes, ou plus disposées par leur nature même à se localiser ou se coordonner da^ leurs organes propres. Celles**ci sont plus rapprochées du sens de l'effort; elles sont plus, aptes aussi k entrer ultérieurement en combinaison avec l'élément personnel, à admettre les formes de l'espace ou du temps qu'on a cru leur être inhérentes. Celles-là sont, ainsi que nous venons de le voir, toujours étrangères par elles-inémes au vouloir, à la pensée ou au moi. Les formes perceptives qui s'y associent ultérieuremefit leur sont en quelque sorte accidentelles et toujours prêtes à s'en séparer.

Nous indiquerons successivement les caractères propres à ces différentes espèces d'impressions sensibles, les différences qui les séparent, et les analogies qui ont déterminé leur réunion dans une même classe ou système. On doit se souvenir que la première de ces analogies consiste dans la passivité de ces affections, soit spontanées, soit produites par une cause quelconque interne ou externe étrangère à la volonté.

Impressions immédiates alTectives du tact passiC Nous avons déjà in#(|ué le cîiractère de ces imr

92 FOND. DE LA PSTGHOLOGBSr ^ PAft t. B. SEGT. L

presdions ûninédiatea faites sur les orgaMBkitéHeurft essentiels à la vie, dont on pourrait coHiger, pour ainsi dire, l'ensemble sous le titre commun de sêtu pttaty qui embrasserait tous tes modes de notre sen. sibilité intérieure comme celui de l'effort cdmprend tous les modes de notre aetivïté ou motilité Tolontaire.

L'exercioe continu de ce sens vital consiste* m dedans, dans le jeu varié d'affinités animales d'ob dépendent les diverses fonctions sécrétoires, excrétoires et tout l'ensemble des déterminations de l'organisme ; d'où l'instinct premier de conservation et de nutrition, les besoins et les appétits que ma^ nifeste l'animal naissant, et tous les mouvements aveugles s'y rapportent Audehohs, nous trouvons encore le même sens en exercice, danè toutes les impressions immédiates, faites sur les extrémités nerveuses de la peau qui recouvre le corps entier. Lefc affecticms qui se rapportent il ce tact passif extérieur, sont celles du chaud ou du froid, du sec ou de l'humide, du poli, du rude, et d'une multitude d'autres impressions sensibles, excitées par les différents corps fluides ou solides qui viennent toucher le nô-^ tre. Ces affections n'ont pas de noni dans nos langues, parce qu'elles n'ont pas d'idées qui les représentent dans l'esprit.

En réservant pour une (tutre partie de cet ouvrage les détails relatifs à cette espèce d'impressions, tels que les diverses ^ymfiathies dont lé taèt est l'organe ou le moyen, nous nous bornerons à remarquer dans iM)tre*objet actuel^ qu'en fcâsant irbstractîon de la

SYSTÈME AFFBCmP. *-^ Cff. IL 23

part que prend aux affectîoAs taetiles le sens de l'effort, dont le toucher actif est une division princi^ pale, ces affections réduites au caractère passif et absolu, sont dénuées par elles-mêmes de tout caractère perceptif, de toute forme d'espace ou de temps, de toute idée de causalité personnelle ou étrangère, et ne sauraient être Forigine d'aucune idée d'exi-» stence.

Affections de f odorat et dti gofit

Tous les organes des sens extérieurs étant eonsi-^ dérés sous le rapport de leurs impressions affective» à une cause étrangère quelconque capable de les ex* citer, peuvent être très-bien assimilés, non pas au tou^ cher, comme on le dit, mais au tact passif, ou au sens vital commun dont chacun de ces organes est une division particulière. Cette assimilation convint plus expressément encore aux sens de l'odorat, et du goût, dont les objets, ou les causes excitatives, agisK sent par un véritable contact immédiate Les molécu«^ les odorantes et sapides viennent dans leur état d« dissolution, s'appliquer en effet à ces organes d'une manière immédiate, comme les parties matànelles et juxta-posées des corps solides, s'appliquait au tact proprement dit* leê analogies de ces affbclipii»

diverses sont aussi notées par le langage qui a des épithètes communes pour les saveurs, les odeurs et les impressions tactiles.

Les fonctions du goût et de l'odorat tiennent le premier rang dans la vie animale : le nouveau-né en fait usage dès la première fois, sans tâtonnement et sans expérience; il sent d'abord l'odeur du lait, l'appète, en savoure le goût. Ce sont là les premières déterminations qu'il porte avec lui en venant au monde. Mis ainsi en jeu par l'instinct de conservation ou de nutrition, l'exercice de ces sens reste toujours presque tout entier sous la direction ou la dépendance de ce premier mobile. On sait, en effet, combien sont étroites et nécessaires les sympathies qu'ils entretiennent constamment avec les organes intérieurs, tels que l'estomac et le sixième sens, qui influent si puissamment sur leur capacité affective, «t dont ils suivent aussi les vicissitudes, les caprices, les périodes d'excitation, ou de sommeil et d'inertie. Une saveur ou une odeur qui se lie ainsi à la sensibilité générale intérieure, s'obscurcit elle-même comme impression particulière et locale. Plus çlle affecte la combinaison vivante ou Tanimal, plus ellç s'éloigne du caractère perceptif individuel, oa du mai capable do la juger, de la reconnaître, de la lier par un rapport d'attribution à sa cause, son objet ou son siège.

Il y a ici à la vérité une partie non affective qui caractérise proprement telle odeur ou telle saveur comme distincte de toute autre, et qui sert ausil dans la suite de fondement à la réminiscence

SYSTÈME AFFECTIF. --* GH. IL âft

OU an souvenir attaché à cette sensation particulière; mais il est remarquable que cette partie perceptive, toujours plus obscure dans les impressions dont il s'agit, toujours plus disposée à s'envelopper dans Taffection générale qui raccompagne, est aussi pkis lente à s'en séparer dans le développement premier . de notre faculté perceptive. On a remarqué, en effet, que l'odorat et le goût, très-susceptibles et très-fins dès la naissance, pour tout ce qui se lie à l'instinct dénutrition ou de conservation, ont besoin d'un plus long exercice que les autres sens perceptifs pour distinguer las sensations particulières, étrangères au besoin, et pour lesquelles ils paraissent hors de là comme insensibles.

Aitsctioiis visuelles.

Nous voici arrivés à une espèce d'affections simples qui, analogues aux précédentes sous le rapport de passivité, ou de dépendance absolue d'une cause organique ou matérielle étrangère à la volonté, en diffèrent cependant par des caractères spécifiques très-notables.

Le premicf de ces caractères différentiels consiste en ce que les impressions des rayons lumineux qui affectent d'abord le système sensitif, par une sorte

Page 1