‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 3)Chapitre 4 sur 37 · II · texte numérisé non relu

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2é FOND. DE LÀ Pî5YCB0LClGIE.-^PàRT. ît SECT. I.

d'ébratileiiiëUt OU de choc en masâe (ifodtlit dftdi Forgane èltehie, ayant bientôt pérdii ce caractère affectif général, en prennent un autre non moihs passif, il est vrai, mais plus particulier, plus local, plus at)proprié k là perceptibilité distincte. L'îtiiflression Visuelle, eh s6 localisant dabâ son Sens pro(j^e, conservé bien toujours, il est vrai, une partie àflfective, et c'est ce qui fait qu'indépendamitient de tôtië ces plaisirs de comparaison attachés au beau pittorfes(|tiè, il y a telles couleurs, telles Uuance^ ou teintés agréableis au sens immédiat de la vue, comme excitàtives de la sensibilité propre de soti organe^ à ce juste degré qui fait le plaisir absolu ou imtoédiat. Mais cette affection peut être ici cohsidëi'éë commie nulle, relativement au phénomène complet de la vision dont elle n'est qu'un élément subordonné et imperceptible. Quant à l'élément principal du phénomène que je désignerai ici sous le titre d'intuition immédiate j il consiste :

i* Dans une sorte de difetinctiôii naturelle, et pour ainsi dire organique des modes des couleurs, répandues, ju^tta-posées, et coordonnées d'elles-mêmes dans un espace^ qui né peut pas être dit extérieur au niai, tant que ce t»ot n'existé pas encore pour luîihènié ou (\u'ï\ he ^e diiâtinguë pas du ttiotldé dés couleurs. ï'âppèllé ôt'gariique éetté distinction du spectre coloré, patce qû'ofa iiè peut en aèsîgnët* la cause ou la condition première ailleurs que dans là conformation mêmedel'orgâne visuel, liaturelleihent disposé de manière à réunir et à ranger dans un certain ordre tous les éléments du pinceau lumineux.

STSTËME AFFBOnF. ^ GH. EL 97

qui sont appropriés à autaht de fibrilles distinctes entre elles ^ coordonnées et juxta-posées sur cette espèce de toile nerveuse qu'on appelle rétine.

SI* Le phénomène de la vision passive se fonde sur une seconde condition organique particulière à ce sens : c'est une sorte de propriété vibi^atoire» qui paraît propre aux fibres de l'organe visuel, et en vertu de laquelle les impressions immédiates des rayons lumineux peuvent se prolonger et persister encore, après que la cause a cessé d'agir. Par une suite de la même disposition, les images des couleurs peuvent encore se reproduire spontanément dans l'organe, ou dans le centre auquel il correspond, sans cause extérieure, comme sans aucun concours de l'activité du vouloir qui, même dans son plein exercice^ est impuissant pour les prévenir ou les distraire.

Cette faculté de reproduction spontanée des images, absolument étrangère à la pensée ou au mot, semble bien dépendre en effet uniquement des lois de l'organisme, ou de l'espèce de vibratilité qui en est la condition spéciale. C'est à elle qu'il faut rapporter la formation irrégulière de ces fantômes de la nuit qui se succèdent, se combinent, se transforment de toutes les manières, aux regards de l'imagination qui ne peut leur échapper, et qui leur attribue souvetit toute la consistance des objets réels. De là encore cesiWages, tantôt mobiles, tantôt opiniâtrement pérsistatites, qui acconipagnent certains états de vapeurs, de délire, dé maîiie^ de sotiges; et de là enflb, sahs doute, ces phénomènes si surprenants

de l'instinct de divers animaux qui, avant toute èx-* périence acquise, et dès qu'ils sortent de la coque ou du sein de la mère, vont juste atteindre à l'objet approprié à leur instinct de nutrition, comme s'ils le reconnaissaient, ou s'ils en apportaient l'image ifmée que la présence de l'objet ne fait que réveiller.

Tels sont les premiers phénomènes de la vision que j'appelle passive, parce qu'elle est absolument étrangère à l'activité du vouloir ou du moi. Sans doute on pourrait rapporter par hypothèse explicative les conditions ou les lois de ces phénomènes à une autre sorte d'activité vitale dont l'idée est déduite du sentiment même de celle qui constitue notre moi; mais cette déduction et ce sentiment immédiat diffèrent l'un de l'autre comme la copie inanimée diffère de Toriginal vivant, ou comme le principe de fait diffère de l'hypothèse.

Affections auditives.

Nous avons déjà remarqué que le premier effet des sons, comme celui du bruit, est d'ébranler, ou d'affecter sympathiquement tout le système sensitif dan3 ses principaux foyers. Nous pouvons ajouter ici que diverses expériences positives concourent à prou-

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ver que Torgeme auditif n'est pas le seul conducteur des affections produites par les ondulations soAoree. On a vu, en effet, des individus complètement sourds éprouver des affections particulières dans diverses régions du corps, notamment à l'épigastre, quand on faisait vibrer près d'eux les cordes d'un instrument de musique sur lequel ils appliquaient la main. On connaît aussi l'effet des sons sur certains animaux qui paraissent en être vivement affectés, au point de pousser des cris aigus. C'est par une influence semblable qu'on guérit certaines maladies au moyen de la musique, comme aussi on excite des affections nerveuses, quelquefois des passions tristes ou furieuses, dans des sujets sensibles à certains cris, à certains timbres d'instruments (1).

(1) J'ai vu moi-même des personnes qui ne pouvaient entendre les sons de rharmonica sans s'attendrir d'abord jusqu'à verser des larmes et finir par tomber en syncope.

Rembarquez que c'est à ce qu'on appelle timbre dans .les sons, et accent dans la voix, que s'attache cette partie proprement affective des phénomènes auditifs ; c'est par là aussi que l'ouïe est un des principaux organes de cette sympathie, qui rapproche et lie intimement tous les êtres doués de la faculté de sentir et de manifester ce qu'ils sentent par les diverses modifications de la voix. A chaque passion, ou émotion de l'être sensitif, la nature semble avoir lié un accent particulier qui l'exprime et fait -symp^ thiser avec elle tous ceux qui peuvent en entendre le signe. C'est la nature même qui inspire le cri profond de Tàme, que toutes les âmes entendent et auquel toutes répondent à l'unisson. La jwirole articulée, la véritable expression intellectuelle est encore loin du berceau de Tenfant, et déjà un instinct natif modifie ses premiers vagissements de manière à exprimer les appétits, les besoins, les aflections ou les passions naissantes. Déjà instruite à la même école, la mère a saisi cette sorte de langage ; elle y répond à son tour par d'autres signes accentués, dont la sympathie explique le sens et fixe la valeur. Le pouvoir sympathique des accents et des voix se trouve aussi dans toutes les langues des peuples encore en-

Dans tous ces cas divers, les impressions sonores ne se localisent ou ne se distinguent point dans leur sens propre, mais elles se confondent dans une affisction générale que le mot peut devenir sans Tapercevoir. Mais, indépendamment de ces produits généralement affectifs des impressions auditives, indépendamment aussi de tout ce qu'ajoute aux perceptions complètes de ce sens l'activité de son organe répétiteur, celui de la voix, qui est comme une sorte de locomotion volontaire, il y a dans l'audition, comme dans la vision encore passive, un élément approprié spécialement à la perception et qui consiste de même aussi :

1*^ Dans une distinction organique des divers tons qui se succèdent dans un temps, ou se coordonnent harmoniquement sajis se confondre. Cette distinction organique se fonde, en effet, sur la construction ou la forme particulière de l'organe auditif, admirablement bien approprié à la distinction des sons, puisque la division et l'inégalité des longueurs des fibres de la lame spirale empêchent que les sons successifs ne se confondent ou ne rentrent les uns dans les autres.

2° La vibratilité de ces cordes harmoniques de

fants, qui ont à se communiquer plus de sensations que d'idées. Là se- trouve encore en grande partie, la cause de l'ascendant extraordinaire de ces orateurs passionnés, qui ont su saisir les inflexions propres à émouvoir les âmes, imiter ou reproduire les signes liés par la nature à chacune des passions qu'ils veulent exciter. Tel est le pouvoir magique, non-seulement de la parole articulée comme symbole de l'intelligence, mais de la voix accentuée comme talismaii de la sensibilité.

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