‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 16 sur 63 · UT (OEUVRES DE BL DE BUIAB · texte numérisé non relu

UT (OEUVRES DE BL DE BUIAB

avec la science de la nature. Sortant du domaine des classifications vagues et arbitraires dont l'idéologie avait tant abusé ; se préservant de ces généralisations précipitées qui confondent sous les mêmes signes les éléments actifs et passifs de notre nature, les phénomènes qui dépendent du jeu des organes et les résultats de la volonté , il aspire à poser dans une analyse réelle les bases d'une synthèse vraie. Kant trouvait de l'analogie entre la révolution qu'il voulait introduire dans la philosophie, et la découverte de Copernic. M. de Biran compare l'œuvre qu'il se propose d'accomplir, à l'œuvre de Lavoisier. En découvrant le principe générateur des acides, Lavoisier a transformé la chimie. S'il existe un principe gêné* rateur des faits intellectuels, et que ce principe soit méconnu, le reconnaître et le désigner, sera transformer la psychologie. Le problème est donc de découvrir le principe générateur, et d'assigner ensuite le mode et les degrés divers de ses combinaisons avec des éléments d'une autre nature.

Le principe générateur cherché doit être un fait, un élément réel et observable ; une abstraction mise à la base de la science ne saurait produire que des théories conventionnelles, dépourvues de toute valeur. Quel pourrait être ce principe sinon le s'ujet en soi, toujours présent dans l'acte de la connaissance, élément fixe combiné avec une matière qui varie? Si le sujet est une fois déterminé, Vobjet de la connaissance le sera aussi par cela même, il sera, pour ainsi dire, mis à nu, et les combinaisons deviendront observablesi

INTRODUCTION DS L^ÈDITIim. LV

Au lieu de chercher vaguement U condition de la connaissance en général, il est indiqué, par la nature des choses, de chercher la condition de la conscience sans laquelle toute connaissance est impossible. La coRsoience est le caractère essentiel et permanent du sujet ; ai Ton réussit à déterminer sa condition, on aura trouvé par là même le fait qui constitue le sujet lui-même. Or, il est un fait condition de la cpnscience, de la personnalité, du moi, et par suite de toute connaissance. L'homme peut vivre sans le sa^ voir* comme il arrive dans les cas de sommeil absolu et de défaillance, par exemple; il n'est pour luimême, il ne se dit moi qu'en raison du sentiment d'une activité intérieure qui lui révèle sa propre existence. Être, pour lui, c'est agir. Le tnoi n'a pas de fondement dans un mode quelconque de la sensibilité, comme le pense l'école de Locke ; il ne se manifeste que dans l'action. L'action est donc le fait cherché, la condition de la conscience et de la personnalité.

M^is l'actp continu qui fait l'existence humaine n'est p^s un acte pur, et la conscience n'est pas le sentiment abstrait d'une force qu| ne se connaît que comme force. L'acte fondamental de l'existence humaine est un effbrt, c'est-à-dire une action indivisiblement liée à une résistance ; et le sentiment de la force ne se manifeste que dans le sentimeqt de cette résistance même. Effort, résistance, les deux termes sont inséparables, puisque l'un des deux étant suppriméf l'autre s'évanouit en même temps.

L'homme donc se sent et se s^it douille prifuitive^

LVi CEUVRES DE M. DE BIRAN.

ment. Au moyen de ses sens extérieurs, il Japprendra qu'il a un corps étendu, figuré, doué de telles qualités sensibles ; mais sans avoir vu son corps, sans avoir promené la main sur sa surface, il a la connaissance immédiate et purement interne d'un organisme qui résiste et cède à son effort. Ce sentimept est inséparable de celui de son existence : Tàme et le corps se manifestent à la fois et indivisiblement. Si nul ne peut méconnaître la résistance des muscles dans le fait de la locomotion, une réflexion exercée réussit à rompre le voile de l'habitude et à discerner dans Tacte de la pensée la plus abstraite en apparence, le sentiment immédiat d'un terme organique qui résiste.

Tel est le fait primitif de la connaissance, dualité absolue, irréductible, qui est celle d'une cause agissante et d'un terme résistant, non celle d'une substance et d'un mode. Lemoi, en effet, ou la personne constituée pour elle même, ne doit pas être confondu avec l'âme substance, concept objectif qui peut devenir la base d'une foule d'assertions hypothétiques, précisément parce que c'est un concept objectif ef non un fait donné par la conscience.

Les deux termes du fait primitif ne tombent pas sous la loi de la succession et du temps; il n'y a entre eux ni avant, ni après, puisqu'ils sont constitués l'un par l'autre. L'analyse philosophique est insuffisante si elle ne remonte pas jusqu'à cette dualité fondamentale ; elle devient abstraite, c'est-à-dire qu'elle s'égare en s'éloignant de la source de toute réalité, dès qu'elle prétend remonter au delà.

INTRODUCTION DK L'ÉDITEUR. Lvii

C'est ainsi qu'est constitué, aux yeux de M. de Biran, le sujet pur, dégagé de tout élément adventice. Tout lecteur attentif aura remarqué que ce point de doctrine, base fondamentale de toute sa théorie de l'homme, n'est que le développement d'un germe contenu déjà dans le Mémoire sur C habitude, et, plus explicitement, dans le Mémoire sur la décomposition delapensée. Dans l'être purement sensitif de Condillac, il a placé l'activité, substituant ainsi une dualité réelle à l'unité factice de la sensation transformée. C'est là son œuvre dès le commencement. Plus il avance, plus cette œuvre s'étend et se développe en riches conséquences. Dans VEssai il ne s'agit plus seulement de rétablir un fait méconnu, mais de déduire de ce fait toute une théorie de l'homme, et d'abord une théorie de l'entendement.

Les notions fondamentales qui sont la base permanente du travail de la pensée, ne sont, aux yeux de l'auteur, que les dérivations immédiates du fait primitif. L'idée de force a son type manifeste dans l'effort même. L'idée de substance se réfère, soit aux deux termes de la dualité primitive qui subsistent les mêmes dans toutes les variations de l'existence, soit plus particulièrement au terme résistant. L'idée de cause n'est que l'expression même du rapport qui constitue le fait primitif. Le moi, indivisible dans son opposition aux éléments sensitifs variables, est la base de l'idée de l'unité. La permanence du rapport des deux termes du fait primitif est la source de la notion de l'identité. C'est dans l'activité même du sujet que l'idée de la liberté a tout son fondement.

LYU( QPUVRES DE M. PB «IRiJf.

Enfin, I9 l)î^se première du concept de l'espace se trouve dans le se^^tiniept intérieur ^t immédiat du corps propre ^t de $es diverses pgrlje^, tandis que la yolopté, succei^sive daqs $es actes dont elle ne peut faire qu'un à la fois, est Torigine première de l'idée du temps.

Ainsi çoqt fournies à la pensée cps notions premières, qui ne peuvent être dites innées pu a priori puisqu'elles qe sqpt que l'expression du fi^it constitutif du sujet , msiis qui diffèrent profondéipent des idées générales, déduites des impressions externes par la voie de l'abstraction et de la comparaison. Les idées générales sont le résultat de l'observation qui se dirige sur les objets dji dehors; les notions sont le produit pur de la réflexion du sujet sur lui-même. Etqorpme le sujet est l'élément indispensal^lede toute connaissance, les notions dans lesquelles le sujet manifeste sa propre nature se retroi^vent partout et toujours, tandis que les idées générales varient comme les objets qui leur donnent naissance. Partout où existe le sujet, il porte avec lui ces idées fondamentales inséparables de son existence ou de la perception interne qu'il a de luimême ; il les porte dans l'acte de la connaissance, il ne les reçoit pas. Et comme de toutes les notions la plus voisine du fait primitif est celle de cause, dans laquelle ce fait reçoit spn expression immédiate, l'idée de cause est l'idée-mère et véritablement la pierre angulaire de toute la philosophie. C'est pourquoi, plus le scepticisme sera intelligent, plus il mettra de soin et d'impprtanii^is à attaquer cette bai|@ dk|

INTRODUCTION DB L'ÉDITEUR. La

toute connaissance réelle. Hume l'a compris, et la vivacité de ses attaques contre le principe de causalité suffirait au besoin pour nous révéler toute l'importance de ce principe.

La psychologie pure, telle que M. de Biran la conçoit, se renfermerait dans le développement des idées qui précèdent. Lorsqu'elle aurait analysé dans ses éléments, et suivi dans ses conséquences, le fait primitif du sens intime, sa tâche serait terminée. Mais, observe-t-il, ce ne serait là qu'une étude bien incomplète de l'homme. L'homme, en effet, n'est constitué dans la réalité de son existence que par la coipbinaison du sujet avec un élément étranger.

Cet élément étranger au moi, mais partie constitutive de notre être dans sa totalité, est une vie in-^ consciente par laquelle Thomme $e rejoint à la nature, dont la conscience de son activité propre le distingue. Cette vie est celle dont la physiologie étudie les conditions organiques. Elle se compose d'impressions sans conscience et de mouvements de réaction sans conscience aussi, et bien différents des mouvements volontaires. C'est la vie de l'animal, une vie obscure dans laquelle l'être devient véritablement les modifications dont il ne se distingue pas. Là se trouve en quelque sorte la matière brute des phénomènes de l'esprit humain : des affections qui deviendront des sensations agréables ou douloureuses, lorsque la conscience sera prôscnio ; des intuitions ou images organiques qui serviront de base aux représentations externes ; des mouvements instinctifs dont 1^ volonté pourra s'emparer ; de$ in-

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