LX CEUVRES DE M. DE BIRAN
stincts, des appétits aveugles qui seront la source de désirs. Mais ce ne seront point là les modifications d'un principe se transformant tout en demeurant le même dans son essence. La vie obscure qui résulte du jeu des organes vivants, ne se transforme pas; elle se rejoint à la conscience, élément d'une autre nature, et qui ne sort en aucune manière du précédent. Au moment où la conscience s'éveille dans le mystère d'un premier effort voulu, la force personnelle trouve une matière préexistante au sein de laquelle elle se développe ; elle agit sur cette matière, elle s'en empare, elle n'en procède point.
La vie humaine est double, a dit Boèrhave: Homo simplex in vitalitate, duplex in humanitate. Cette parole résume la théorie vraie de l'homme. Deux éléments d'origine distincte et de nature différente, se rencontrent dans la conscience : l'esprit humain, le sujet, principe de toute connaissance, et ces éléments d'une vie obscure qui ne se manifestent que lorsqu'ils sont éclairés d'ailleurs, pareils à l'ombre que la lumière seule rend visible.
Après l'éveil de la conscience, la vie inférieure ne continue pas moins à subsister avec ses lois propres. Quel homme habitué à s'observer ne sent perpétuellement surgir, au sein de la vie de l'intelligence et de la volonté, cette vie qui est en lui, sans être lui ? cette vie, principe de désirs que la raison n'avoue pas, de joies et de tristesses, qui, sans cause extérieure, naissent du jeu spontané des organes , d'images enfin, de fantômes qui se produisent d'euxmêmes sur le théâtre intérieur. L'intelligence et la
DfTRWUCnON DE L'ÉDITEUR. lxi
volonté dominent à des degrés divers ces éléments étrangers ; mais que l'activité du moi soit suspendue, la vie inférieure reprend son empire. La rêverie, l'entrainement de la passion, les songes du sommeil, le délire, la folie représentent, à des degrés divers, cette domination de la vie animale et de ses lois sur la force personnelle qui abdique. Ainsi, l'homme ne saurait être expliqué par les transformations d'un élément identique; il présente au contraire le spectacle de la lutte de deux principes opposés, dont les combinaisons variables expliquent seules les états divers qu'on peut observer dans son développement.
En partant de ce point de vue, M. de Biran reconnaît dans l'homme des états notablement divers, qu'il réduit à quatre, et auxquels il donne le nom de systèmes.
Le système affectif est la vie commune à l'homme et à l'animal, l'ensemble des impressions et des mouvements instinctifs qui résultent du jeu de la machine organisée. Cette vie, contemporaine de l'existence , précède l'éveil de la personne consciente. Le moi n'étant pas présent aux phénomènes, ces phénomènes ne peuvent être observés que du dehors par un spectateur étranger. Ils laissent des traces dans l'organisation, mais aucun souvenir. Cette vie inférieure, aussi longtemps qu'une lumière qui procède d'ailleurs, ne vient pas l'éclairer, s'écoule obscure et sans que rien la rappelle.
Le moi s'éveille avec l'effort, au sein des ténèbres de cette vie primitive, et l'observation intérieure commence. Le simple degré d'effort qui fait l'état
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de veille sans un déploiement etprès d'âetivltéi eâ^ ractérise le Système smsiiif. Le moi est le sp6ctatebt des phénomènes ; le sentiment de l'identité personnelle apparaît ; les modes de l'existence connus pab le sujet qiii les épreufe donnent lieu à la i^éminiscence ; l'idée de cause que le moi tire de son propre fonds fflitsiitribuer aux modes sentis une caUsë étrangère. Les éléments du système afibctif ne se transforment pbSi mais ils entrent en combinaison avec l'effort, élément d'une autre nature. Les sensations sont doubles, car toute sensation ramenée à l'unité n'est plus que l'impression inconsciente du système précédent.
Le moi présent ou absent établit une ligne de démarcatiob absolue ehtre le système affectif et le système sensitif ; la subordination entière de l'activité propre de l'âme aux impreâsiohs du dehors, fait le caractère du système sensitif par opposition aux systèmes suivants.
Lorsque l'effort dépasse le degré qui fait le simple état de veille, il prend le jeu des organes sous sa direction, et concentre tour à tour leur action sur un seul objet. Tel est le caractère de l'attention dont la présence détermine les faits du système perceptif.
Les sensations rendues plus distinctes devienneilt des perceptions, c'est-à-dirë des actes dé connaissance auxquels le moi concourt par Un déploiement exprès d'activité. Le fait capital de ce système est le jugemeùt d'extériorité qui introduit la Connaissance des corps étrangers. Dans l'ordre sensitif, là sensation s'accompagne de la croyance à Une cause indéteriUi-
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néOi fum-fHoi, qui la produit ; iflais cette croyatice n'est pas une connaissancei Ce n'est que pat» l'exei*cice du touchef proprement dit, résultat d'une activité expresse, que le corps étranger se manifeste dans Isa nature propre, comme résistanee externe à l'effort. Dès lors le Corps étranger est connu dans son essence, il défient le support substantiel de touis les modes sensibles, et la science de la nature s'ouvre à l'esprit htimain.
L'attention ne permet pas seulement l'accès à la science de la nàtUre, elle fourbit encore à Tbrdre moral des garanties nécessaire^: Tant (|il'il ne sort pas de la sphère des pures sensations^ l'homnie obéit à tous ses entraînements, et sa eoiidaite dépend tout entière de l'équilibre des penchants naturels qui se combattent librement, sans qu'aucun principe étranger vienne troubler la prépondérance des plus énergiques. Mais l'attention a le privilège de donner une vivacité proportionnelle à son intensité, aux idées sur lesquelles elle se fixe. Par ce moyen, l'activité personnelle intervient tians la lutté des penchants, oppose des idées qu'elle avive à des passions imiiiédiates, et dottne à la conduite de l'homme une règle autre que ses Instincts.
Telles sont les conséquences importantes de l'attention, qui n'est rien autre que la volonté mêthe en exercice. Toutefois, dans le système perceptif, si le moi exerce son initiative, s'il n'est plus le sîthple spectateur et l'esclave des itaprefesiohs du dehors, il n'agit que sollicité par ces impressions. Le monde sensible prévaut ënedre^ en ce sêne qu'il ëi^t tdiijdurs
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Toccasion et le point de départ des phénomènes. Aussi la science ne pourra être que celle des modes et des qualités variables qui dépendent de notre sensibilité, la description et le classement des objets extérieurs, la formation des idées générales qui s'y rapportent. Il n'y aura pas encore de place pour les notions purement intellectuelles, pour la théorie des êtres, considérés indépendamment de leurs modes; une science de cet ordre n'appartient qu'au système suivant.
Ce dernier système, le système réflexif, est le résultat du plus haut degré de l'effort, par lequel le moi s'abstrayant lui-même de tous les éléments adventices , se connaît et se contemple dans sa pureté. L'acte de réflexion est l'acte dernier de la conscience. Le sujet s'isole de tout ce qui n'est pas lui ; la connaissance purement intérieure est alors réduite au fait primitif et aux notions qui s'y rattachent. Le sujet trouve en soi, la source des deux sciences de raisonnement pur, qui né dépendent en rien des modes variables de la sensibilité. La conception pure de l'espace, manifesté intérieurement dans le continu résistant, est la base des mathématiques; l'effort en lui-même est, avec tout le système des idées intellectuelles qui en dérivent , l'objet propre de la psychologie. La réflexion enfin donne à l'âme la conscience claire de son pouvoir d'agir, et cette conscience, combinée avec l'idée du temps, rend possible la prédétermination des actes futurs, complément de la liberté morale.
Le système réflexif ayant son fondement dans le