‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 34 sur 63 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CLXUUZ · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CLXUUZ

légitime de rhomme est raffranchissement absolu et la souveraine possession de soi , il faut que rhomme ait la vie par lui-même, qu'il soit la manifestation, la conscience de Dieu, ainsi que Tentendent les panthéistes. Mais si l'homme est, non la manifestation mais la créature de Dieu, ainsi que le croient les chrétiens; si Dieu, source unique de l'être, principe immanent de l'homme et du monde, existe pourtant en dehors du monde et de Thomme, dans la plénitude de son être et de sa liberté, il est évident que dans son existence absolue et sa personnalité infinie, il demeure la loi suprême, la seule fin légitime, le souverain de l'homme. Dès lors, le dernier terme de notre progrès n'est pas l'affranchissement, mais l'obéissance, l'obéissance à un principe qui est en nous, puisque nous ne subsistons que par lui , mais qui est hors de nous , comme l'Être infini, dont l'univers n'épuise, ni n'absorbe la puissance éternelle. Si nous sommes appelés à nous affranchir des liens d'une nature inférieure, si nous sommes appelés à devenir libres, c'est que c'est là le moyen unique, la condition même de l'obéissance. L'être inerte peut agir en conformité de lois dont il n'a pas conscience : obéir est le privilège de la liberté.

M. de Biran devait arriver à ces conséquences, dès que l'idée du vrai Dieu prenait place dans sa doctrine; il y arrive en effet. La philosophie de V Essai lui ouvrait l'accès à une autre voie. Il lui était facile, en partant de ses prémisses, de se faire 1 apôtre de l'indépendance absolue, le philosophe de la pure li-

«• HÊmfiSi ÎM M. DÉ MÀtf .

berté; ni lès appuis, ni les encouragemenfÉ né loi auraient manqué. Mais il marcha jusqu'au bout dans la vérité, telle qu'elle se manifestait à lui. II fltk Dieu sa place tout entière. Voilà la grandeur de sft pensée ; voici maintenant son insuffisance.

Le Dieu que cherche M. de Biran est le Dieu drt chrétiens; il le sait; ce n'est pas sans avoir mûifëment pesé le pour et le contre qu'il a préféré Jésus- Christ à Zenon. Mais sa conception du christianisme présente deux lacunes essentielles.

La pemière se rattache directement à une omission, signalée déjà, dans son analyse de la nature humaine : il n'avait jamais envisagé en face, et dans leur caractère spécifique, les faits de l'ordre moral. Cette omission étrange se retrouve et porte ses côUséquences, lorsqu'il aborde les questions reli-

S'il est un fait certain pour une intelligence impartiale, mise en présence des documents primitifs de la religion chrétienne, c'est que le terrain de l'Évangile est le terrain moral proprement dit. A quoi se rapportent les trois grandes vérités évangéliques : la chute, le pardon, la sanctification ? A la volonté. La volonté créée pour obéir à Dieu, toujours présent dans la loi de la conscience, — la volonté en révolte contre son auteur et obscurcissant Tentendement des ténèbres qui montent du cœur, — la volonté ramenée par la miséricorde à l'obéissance dans la lumière et l'amour; n'est-ce pas le résumé et comme la substance de la prédicatioù chrétienne? Jésus-Christ nous est présenté âVânt

INTftMMMmON DK L*tDITBUfL carill

tout comme l'auteur de la grâce et du pardon ; son nom par excellence est le Sauveur; et la lumière avec laquelle il s'identifie, resplendit plus encore de Téclat de la sainteté que des clartés de Fintelligence, si toutefois il nous est possible de soumettre à notre faible analyse Tunité de la perfection. Enfin , tandis que dans la plus noble école de Tantiquité, la réforme de l'entendement devait amener la réforme de la conduite, et la science conduire à la vertu, n'est-ce pas, dans l'économie chrétienne, le redressement de la volonté qui doit ramener dans l'esprit la lumière, et dans l'âme le bonheur? Ces vérités sont assez manifestes, soit dans le texte des écrits apostoliques, soit dans la tradition religieuse qui en découle.

M. de Biran, comme guidé par un secret instinct, méconnaît quelques-uns des traits les plus caractéristiques de la religion chrétienne; la nature spécialement éthique de l'Évangile disparait dans ses expositions. Il en aurait été autrement si la conscience morale avait obtenu dans ses études la place qui lui appartient. S'il eût bien reconnu que la volonté porte sa loi en ell&^mème, que le dernier fait moral est un sentiment de dépendance et de responsabilité, il eût reconnu aussi que le mal, dans son essence, est la volonté déviée de sa direction normale; le retour au bien, la volonté ramenée à sa loi : son christianisme eût été plus complet, plus nerveux, si j'ose le dire; et les tendances quiétistes, auxquelles il ne résiste toujours pas assez nettement, auraient été définitivement domptées.

GXGII CBUYRES DE M. DB NRAN.

Ce n*est pas, du reste, qu'il nie ou conteste aucune des assertions énoncées plus haut. 11 n'a pas choisi dans le christianisme. Jamais il ne Ta envisagé dans son ensemble ; c'est tout au plus s'il a posé en passant, et sans s'y arrêter, la question de sa réalité objective, et c'est ici la seconde lacune annoncée» et dont la première n'est au fond qu'une face particulière.

Il semble difficile d'entreprendre l'œuvre d'une philosophie chrétienne, d'introduire dans sa doctrine Jésus-Christ et la grâce surnaturelle, sans s'être posé directement la question de la nature du christianisme en soi, et sans l'avoir résolue. On ne saurait sans doute demander à un philosophe d'en* trer dans les détails de la théologie proprement dite, et de parcourir tout le champ si vaste et si épineux de cette science, avant d'aborder son objet propre. Mais les bases métaphysiques du christianisme, ou, en d'autres termes, les éléments de la vérité chrétienne qui sont de nature à agir directement sur la philosophie, sont assez simples après tout, et ne sont pas plus difficiles à reconnaître dans les documents primitifs et dans la tradition générale, que les bases du Platonisme, par exemple. Tout a été contesté et peut l'être encore dans les controverses des théologiens ; mais, au dessus de toutes ces discussions, à la hauteur où se posent les problèmes philosophiques, il y a un courant visible, d'autant plus visible peut-être qu'on le regarde à distance, qui est historiquement, c'est-à-dire véritablement, le christianisme dans son essence permanente. Or,

INTRODUCTION DE L^ËDITEUB. caicia

il est difficile, je le répète, d'entreprendre l'œuvre d'une philosophie chrétienne sans s'être demandé auparavant, et d'une manière très-explicite, si le christianisme , ainsi envisagé dans ses doctrines fondamentales, est une réunion de vérités, une collection de symboles, ou un amas de superstitions.

Cette situation étrange est pourtant, en quelque degré, celle de M. de Biran. A mesure qu'il avance, on voit bien se multiplier sous sa plume les emprunts qu'il fait au dogme révélé, et les déclarations de l'insuffisance de la raison livrée à ses seules ressources. Mais, enfermé dans ses vues particulières, ne saisissant guère de la religion que ce qui se rapporte directement à Tétat de son âme, il ne se place jamais au centre même de la vérité chrétienne pour en contempler les parties diverses et l'harmonie qui les rassemble. Il est semblable à un homme qui, entré dans une cathédrale par une porte dérobée, resterait à l'écart, sous les bas-côtés de la nef, sans avoir jamais pénétré au cœur de l'édifice pour en contempler la structure générale et les proportions. 01 L'auteur des Nouveaux Essais (f Anthropologie ne possédait donc pas une vue ferme et complète de l'ensemble du christianisme. Mais, qu'on ne s'y trompe pas, c'est là ce qui fait en partie le caractère propre et la valeur exceptionnelle de son œuvre.

Lorsque du sein de la chrétienté, des croyants, éprouvant le besoin de savoir, vont à la recherche de la science, et entreprennent de systématiser leur foi, ils risquent fort de rencontrer dans beaucoup d'esprits un sentiment de défiance. On ne croit pas sans

peine à leur impartialité, à leur loyauté parfaitOt on soupçonne des intérêts autres que ceux de la vérité dans les mobiles qui les dirigent. Telle est la discipliQe des écoles modernes ; tels sont les préjugés répandus dans le monde scientifique; telles sont les fautes des représentants de l'Église dans les luttes de la pensée, qu'on n'admet pas volontiers qu'un chrétien qui continue à l'être puisse devenir un philosophe. Mais ici, c'est un philosophe qui devient chrétien, et lecarao* ractère incomplet de sa religion n'étant que la trace de la voie purement personnelle et libre qui l'a conduit à la foi, est précisément ce qui éloigne les soupçons et inspire une confiance si précieuse en pareille matière.

Il y a plus. Les hommes qui partent de la théologie pour venir à la métaphysique (je parle de ceux qui y viennent sérieusement, non en apparence et par une simple manœuvre départi), ces hommes risquent fort de s'enivrer du sentiment de la liberté de la pensée, d'être éblouis et comme aveuglés par le milieu nouveau pour eux de la raison pure et de la dialectique. Plus les données chrétiennes leur sont familières, plus ils risquent de les croire naturelles, de considérer comme primitifs et inhérents à l'esprit humain des faits intellectuels et moraux qui ne se sont produits que sous l'influence de l'Évangile (1).

(1) « La grande influence du christianisme sur la civilisation nouvelle serait moins révoquée en doute, si elle n'avait pas pénétré si avant dans tout notre être ; et Ton ne pourrait absolument pas en douter si déjà elle s'en était rendue complètement mat^ , tresse. Car, cette influence est méconnue par deux raisons pr|oçi«

INTROPUQTION DE LtOITBVB. Çfçy

£t c'est là sans doute une des raisons pour lesquelles les écoles de théologie ont servi la cause du rationalisme, autant, plus peut-être que les écoles de pure philosophie.

Les intelligences qui arrivent de la philosophie à la religion sont dans une condition différente. Elles savent mieux ce que peut et ce que ne peut pas la raison livrée à ses seules ressources. Le milieu dia* lectique qu'elles ont parcouru dans tous les sens, a perdu pour elles ses illusions et ses prestiges; elles ont compris, trop bien pour pouvoir Toublier, ce qui leur manquait dans la pure philosophie, puisque le sentiment même de ce déficit a contribué pour sa part à les amener à TÉvangile. Pour la vue nette et ferme de Timportance des dogmes chrétiens, de la nature et de la place de Tordre surnaturel, l'intelligence qui rencontre la foi est dans des conditions plus sures que la foi qui cherche Tintelligence (1). Ce serait donc un grand bienfait, et la cause d'un grand progrès dans le mouvement de la pensée contemporaine, que l'apparition de quelques âmes d'élite arrivant à l'Évangile par la voie de la philosophie, et rendant au sujet de ce qui leur manquait et de ce qu'elles ont trouvé, un témoignage auquel nul

pales : d'un côlé, parce que dans nos mœurs et dans nos institu* lions, on trouve encore beaucoup de choses qui contredisent le christianisme ; d'un autre côté, parce que nous portons en nous beaucoup de choses qui ne sont dues qu'au cfirùtianisme^ et qui, devenues en nous une seconde nature^ ne nous semblent point être l'effet du christianisme^ mais celui dé la nature humaine universdls, (Rilter, Histoire de la philosapàie.} (i) Fides quarens inlellectum. (Saint Anselme.)

CiCfl ' OEUVRES DE Bt DE BIAAN.

(Bsprit sérieux ne pourrait refuser de se rendre attentif.

Tel fut M. de Biran. II avait sans doute des progrès à faire pour être à même d'accomplir Tœuvre d'une philosophie chrétienne; mais cette œuvre il Ta conçue et il Ta entreprise. Arrivé à la religion, il ne laissa pas subsister un mur de séparation entre sa personne et son œuvre, entre sa vie et sa science. C'est bien là le trait essentiel de la dernière période de ses travaux et ce qui doit recommander hautement sa mémoire à l'attention et au respect des hommes dépensée qui croient à la vérité de la religion, et des hommes religieux qui croient à la légitimité de la pensée.

Nous donc, qui croyons que l'Évangile est la vérité, et la raison une lumière qui ne doit pas être mise sous le boisseau, nous marchons dans les mêmes voies où a marché M. de Biran, et plus ces voies sont désertées aujourd'hui par la foule des intelligences, plus nous sommes heureux de ppuvoir invoquer Tautorilé de son nom en faveur de convictions qui nous sont chères.

Nous pensons que la séparation absolue établie entre la philosophie et la religion, entre la raison et la foi, est une séparation factice, momentanée, née de circonstances passagères et destinée à disparaître dans lésâmes éclairées et sérieuses. Il faut à l'homme une seule vérité : s'il ne croit pas à l'Évangile, une philosophie qui le remplace; s'il y croit, une philosophie chrétienne [1 ] .

(i) Il existe, sans doute, dans la science des départements en-

INTRODUCTION DK LtDlTELK. CXCVii

Or, nous croyons à une philosophie chrétienne. Jfous ne courbons pas la tête sous Topinion qui déclare contradictoires Tidée de la science et l'idée de la foi positive ; nous ne pouvons reconnaître comme légitime la position des esprits qui prennent parti d'avance, et a priori, contre l'ordre surnaturel, au nom de droits prétendus de la raisop. On trouve, à la vérité, la base d une négation a priori du surnaturel dans l'affirmation que le principe du monde est la source d'un développement nécessaire. Mais le panthéisme, qu'on en convienne, n'est pas une vérité évidente; c'est une doctrine fort discutable avec laquelle personne n'a le droit d'idenlifier la philosophie dans son ensemble. Ce point compris, et dès qu'on admet, même à titre de simple possibilité, la liberté de Dieu et son intervention dans

tiers qui restent en dehors de Finfluence des convictions religieuses, et forment comme un territoire neutre où les hommes de toute croyance peuvent se rencontrer et philosopher ensemble, dans des conditions naturelles et normales. Ce qui constitue ce terrain neutre, c'est, avant tout, la logique pure, puis Tobservation psychologique dh*ecte et les points de la science générale de la nature qui ne touchent pas aux problèmes des causes premières et des premières origines. Mais, aussitôt qu'on aborde le domaine moral et les questions relatives au principe de l'univers et à la destinée de riiumanilé, la recherche spéculative tombe nécessairement sous l'influence des croyances de celui qui s'y livre. Le croyant est inévitableuient conduit à faire entrer dans la science les objets de sa foi, puisque les objets de sa foi sont pour lui des réalités.

Ce n'est pas à dire qu'un chrétien convaincu ne puisse discuter, même sur les questions morales et religieuses, avec l'homme qui ne partage pas sa foi. Il peut toujours, par un acte de sa volonté, s'imposer la loi de n'employer que les procédés acceptés par son interlocuteur, et s'enfermer dans le domaine delà nue raison. Mais dans c« cas , la situation est factice et ne peut être que momentanée et de circonstance.

Cxcnil ŒUVRES DE M. DE BTRAN.

l'histoire, la question du surnaturel est ouverte/ et les droits de la raison qu'on prétendrait opposer à son examen, ne sont plus, en ce cas, que la puissance du préjugé. Ce préjugé, sans doute, est imputable en partie à certains défenseurs mal inspirés des vérités chrétiennes. Si l'ordre surnaturel était sans lien avec la nature, si la science de l'univers et de l'homme pouvait fermer son cercle sans rencontrer le christianisme, s'il n'y avait aucune voie ouverte pour passer de l'étude des faits a l'étude des questions religieuses, on ne saurait faire rentrer la religion dans le champ des investigations régulières de l'esprit humain. Mais la voie est ouverte, et pour ne pas y entrer il faut être résolu à ne pas le faire. Des considérations indiquées déjà en fournissent la preuve ; ces considérations ont une telle importance qu'il vaut la peine de les reproduire et d'y insister.

On a compris, de notre temps, l'importance de l'histoire de la philosophie pour la philosophie ellemême: c'est un progrès réel, un progrès notable de la pensée moderne. Or, on Ta vu, il est impossible d'aborder sérieusement, soit l'histoire des idées métaphysiques, soit l'histoire de la conscience humaine, sans se poser la question du surnaturel.

Le christianisme est pour les croyants une intervention de la libre puissance de Dieu dans la marche de la nature ; pour tout le monde, il est un fait historique dont il faut rendre raison. Passer à côté sous prétexte qu'on ne s'occupe que de philosophie, c'est méconnaître le lien indissoluble qui unit les

INTRODUCTION DE LtlOTEUR. CXCIX

divers éléments dont se compose l'esprit humain. Et c'est Tainement qu'on dirait : « La religion « s'appuie sur l'autorité et la philosophie sur la « raison, elles n'ont donc rien k démêler ensem- « ble (1). » Le philosophe ne peut faire l'histoire de sa propre science, bien plus, il ne peut faire l'analyse de sa propre pensée, sans rencontrer Faction visible delà tradition chrétienne. Cette tradition découle d'un fait historique sur lequel il faut prendre parti; et qui seul après tout, selon la signification qu'on lui accorde, fonde ou détruit l'autorité religieuse, et de plus, en détermine la nature. Il faudrait voir la question telle qu'elle est, et ne pas consentir à l'accepter telle qu'elle a été posée par l'auteur de YEssai sur F indifférence. Sans doute, si pour aborder la religion il fallait faire une abdication préalable de la raison, de même qu'il fallait être géomètre pour entrer à l'école de Platon, l'abime subsisterait entre la foi et les recherches de la pensée. Mais M. de Lamennais qui fut, si je ne me trompe, désavoué par son Église même, ne saurîût être considéré comme l'interprète exclusif du christianisme. Il peut être parfois commode, il est toujours injuste de lui faire cette position.

Prenons les choses ainsi qu'elles s'offrent à un esprit libre de toute préoccupation autre que celle de la vérité. L'Évangile est le plus grand fait de notre histoire. Qui pouri*ait le nier? La science doit en rendre raison, sous peine de rester étrangement mu-

(1) Jules Simoiu

ce CEUYRES DE M. DE BIRAN.

tilée. Ce fait est donné, dès son origine, pour être surnaturel; Test-il? ne Test-il pas? Voilà le problème. La solution rationaliste est-elle si lumineuse que ne pas l'admettre soit, par cela seul, renoncer à la science? Il serait difficile de prendre tout à fait au sérieux une critique qui proclamerait la négation du surnaturel, quand cette critique avouerait que cette négation est son point de départ, son axiome, son parti pris (1). Critique, science moderne, ce sont là, pour certains esprits, des idoles devant lesquelles ils se prosternent sans les regarder en face. Si la foi a ses superstitions, l'incrédulité fait largement preuve qu'elle aies siennes aussi. Il faut savoir d'où sortit cette lumière de l'Évangile qui, de l'aveu de tous, a coupé l'histoire en deux, changé la face du monde et fondé notre civilisation dans tous les sens. Lorsque, pour répondre à cette question, on voit le rationalisme conclure par analogie des siècles crépusculaires aux temps de la clarté historique; supposer je ne sais quelle spontanéité primitive aux hommes de Tépoque où les sujets de Tibère lisaient les œuvres de Cicéron ; se livrer enfin aux plus énormes hypothèses ; il est permis de penser que la solution chrétienne en vaut une autre, qu'il y a autant de raison , autant de philosophie à admettre l'intervention de Dieu dans l'Évangile qu'à la nier, à croire au surnaturel qu'à l'impossible , et qu'à tout prendre on est peu en droit d'exclure du domaine de la science les hommes qui

(1) Voir les Éludes d'histoire religieuse^ de M. Renan.

Page 1