CCI? OEUVRES 0£ M. DE BCRAN
vérités d'expérience, des vérités psychologiques et non de foi seulement. Il considère comme une pauvre philosophie, celle qui néglige de prendre ces vérités en considération, parce que Tesprit engagé dans cette voie dépasse les limites ordinairement posées entre la science et la religion.
Mais admettons que ce ne soient là que des illusions; admettons que cette base psychologique de la vérité chrétienne soit trouvée chancelante. Entrons dans les doutes qui arrêtent parfois M. de Biran, dans sa carrière : les états intérieurs attribués à la foi comme à leur cause, peuvent n'être en réalité que le simple résultat du jeu des organes et de l'équilibre des fonctions de la vie. D'autres faits restent, des faits qui défient les explications de cet ordre.
L'homme est destiné à trouver le bonheur dans l'ordre, à accomplir la loi de la conscience, à entrer librement dans les plans de l'amour universel ; il est destiné à traverser la vie, dans la joie et la paix, comme un voyageur appelé à de plus hautes destinées. Mais l'homme est déchu; impuissant pour le bien sans cesser de l'aimer; entraîné vers le mal sans cesser d'entendre, dans les profondeurs de son âme, une voix secrète de reproche et de protestalion; son cœur s'attache aux choses passagères de la vie, et toutefois sans y rencontrer le bonheur.... Tel est l'enseignement chrétien. Or, il ne suffit pas de dire que le péché originel est un mystère, que la raison n'a rien à faire dans les questions de cet ordre, .et de passer outre. La doctrine de la chute présente