‹ Œuvres inédites de Maine de Biran (volume 5)Chapitre 20 sur 37 · partie i, page 319.) On peut appliquer cette expression du génie · texte numérisé non relu

partie i, page 319.) On peut appliquer cette expression du génie

• aux perceptions des sons imités et reproduits par la voix humaine.

160 FOND. DE LA PSTOHfOLOOIB. — PARTt IL SEGT. m

dontie une suite de perceptions dont sa volonté motrice tire du dedans la matière en même temps que la formd. C'est ici la harpe animée qui se pince ellemême* Les autres sens sont comme ces harpes éoliennes qui attendent que les vents fassent frémir et vibrer leurd cordes sensibles*

Dans le regard le plus actif Tœil ne s'éclaire pas Ini-mêmdf et si dans le toucher la résistance n*est aperçue qile daâs un effbrt que la volonté détermine, il n'en est pas âidins vrai, quoi qb'eâ puissent dire les idéalistes sans bonne foi, que la matière et la forme de la pôrception ne viennent pas d& la même sourcâ ; que le sujet ne i'ôppose point à lui-même ou ne limite pas reffort qu'il crée paf Une ï*ésistance ftbtolue indépendante» Mais dans l'eXercice simultané de l'ouïe et de la voiJ[^ le mouvement, et le son qui en est le produit, émanent bien de la même lourde et s'adressent au même sujet qui les réfléohit, étant approprié également au double effet dont il est causé. Le son étranger qui vient affecter l'ouïe extérieure est vraiment distiitgué du son articulé que la volonté détermine^ comme Un mouvement libre, volontaire^ oti accompagné d'effoH, est distinct d'un mouvement contrainty dénué de tout sentiment de pouvoir. Dans le premier <^s, c'est le moi qui ^st causé; dmi l'autrey c'est une cause nçnnwiéons laquelle l'individu est, ou se sent passif^ et nous retrouvons encore là, dans ce contraste, un double fondement .à la croyance et au jugement d'extériorité.

L^organe vocal, comme ceux de la locomotion dont

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il fait partie, est d'abord mis en jeu par les impulsions sympathiques de Tinstinct. Les vagissements de Tenfant qui vient de naître^ les cris inarticulés de la douleur ou du plaisir, enfin tous ceux qu'arrachent à la sensibilité des affections vives, subites ou pro* fondes, composent ce que Ton pourrait appeler un langage primitif naturel, s'il y avait un langage pour l'être purement sensîtif, qui n'a pas l'intention de rien signifier, pour qui il n'y a pas encore d'idée à exprimer, ni de volonté déterminée à manifester au dehors. L'être qui pense peut seul interpréter le signe involontaire de la nature et en former une langue proprement dite, lui seul peut intellectualiser en quelque sorte l'interjection "et y renfermer la valeur d'une proposition tout entière (1). Je dis l'y renfermer et non pas l'en déduire , car la proposition ou le jugement qu'elle exprime n'est sûrement pas dans la sensation animale.

En tant que l'organe vocal est ainsi en rapport sympathique avec les affections de l'instinct, ses fonctions sont étrangères aux perceptions de l'ouïe, et par suite à tout développement intellectuel. Les enfants qui naissent sourds^muets ont comme les autres les vagissements, le cri, l'interjection du plaisir ou de la douleur; mais il y a loin de ces signes instinctifs aux signes proprement dits que la volonté instituera dans la suite, et dont elle composera la langue des idées. Ce passage si important, et si peu remarqué, commence à être franchi aussitôt que l'enfant

(1) Vù'iéi b Grammaire fle M. de Tracy.

transforme les cris interjectifs en signes de réclame. Alors il est une personne individuelle, il a une intention, une volonté qui s'exprime ou se manifeste au dehors. Alors aussi il commence à s'imiter lui-même^ c'est-à-dire à répéter volontairement les sons que l'organe vocal avait produits d'abord par l'impulsion de l'instinct sensitif, et puis par un effet de la motilité spontanée (1). Il dispose des perceptions de l'ouïe comme de l'effort et des mouvements vocaux ; il est ou se sent cause de ses perceptions, comme il est ou se sent cause de ses mouvements. L'activité qui produit immédiatement les uns se réfléchit dans les autres ; l'individu qui émet le son et s'écoute, a la perception redoublée de son activité. Dans la libre répétition des actes que sa volonté détermine, il a la conscience du pouvoir qui les exécute, il aperçoit la cause dans son effet, et l'effet dans la cause ; il a le sentiment distinct des deux termes de ce rapport fondamental ; en un mot il réfléchit.

Cet exemple est unique dans l'analyse des sensations, il était digne, ce semble, d'attirer l'attention des philosophes qui se sont occupés de l'origine et de la génération des facultés humaines, comme delà liaison des signes avec les idées. L'exercice du sens de Touïe interne considéré dans son union ou sa correspondance intime avec l'organe vocal, premier instrument de la volonté, est le seul sens par lequel l'être sensible et moteur puisse se modifier lui-même

(1) Voyez ce qui a été dit dans la première partie de l'ouvrage sur le passage des mouvements instinctifs aux mouvements volontaires.

SYSTÈME RÉFLEXIF. — CH. L 23S

sans le concours d'aucune cause étrangère à sa propre force motrice. Dans les autres sens, le vouloir et l'effort ont toujours un terme ou un objet extérieur, dont l'impression distrait ou absorbe le sentiment interne de la cause qui concourt à la produire. Ici, l'effort et le mouvement n'émanent profondément du sujet que pour s'y réfléchir sous les formes d'une perception sensible, que l'être actif adopte et reconnaît comme son ouvrage.

En comparant d'une manière plus expresse les fonctions de l'ouïe jointe à la voix avec celles des autres sens de Tîntelligence, le toucher et la vue, dont nous avons fait l'analyse, on pourrait dire que les mouvements vocaux sont aux sensations auditives ce que les simples mouvements volontaires sont aux sensations tactiles, et ce que les perceptions complètes du toucher sont aux intuitions immédiates du sens de la vue. Mais, dans ces dernières associations d'un sens actif avec un organe passif, l'élément sensible projeté dans l'espace attire l'attention au dehors et la fixe sur l'objet étranger; l'effort n'est pas distingué de son produit, l'individu ignore la part qu'il prend à sa modification, il ne réfléchit pas. Au contraire, dans l'association de la voix avec l'ouïe, l'action e( son résultat sont deux éléments homogènes, également appropriés à l'aperception interne. Au surplus, comme la main imite toutes les formes et les reproduit ou les crée une seconde fois, la voix imite tous les sons et sert à reproduire dans la pensée tout ce qui peut être associé à ces perceptions directes.

Ainsi activée par la voix articulée , l'ouïe est le II. . i«

M FOND. DE lA téYCflOLÎXÎIE. —PART. IL SECT. IV.

sehâ immédiat de là réflexion ; c^çst celui qui répèie du tééïi totit, jusqu^aîix modes les pîus intimes de la péiiséè, auxquels îl fournît des sigiies de distinction et de rappel. Ofa (ièùt dire qu'il est par excellence le sens de l*ëritenden1èrit puisque c'est par lui seul que rétrë qtiî pehse ëii tant qu'il agît et meut, entend, dans toiitë la propriété du mot, toutes tes idées qii^if conçoit, toilS les actes qu^il détermine.

Pour bien apprécier Tespèce d'irifiùence que les éàns articulé!^, considères comme sighel^ des idées auxquelles ilé sôht associés, ont sur la formation, Je i^àppèl de ces Idées, et les diverses opérations intellectuelles qui s*y rapportent, îl importait d'atord de détèriïlitier là hatitré et lé caractère des perceptions (|Ui sëi'vent de sigiiës à toutes les aiiti'es, il fallait .pîll*tir dés slghfes de la nature pensante pour mieux déterminer les bases de l'institution des signes de ràrt.

Lés sons articulés ne communiquent en effet un caractère pliis réfléclii à tous lofe modes ou idées auxquels ils s'associent que parce (|u ils ont eux-mêmes lin tel caractère, ils ne rendent l'exercice de nos facultés diverses disponiule que parce qu'ils sont euxmëiriefe a la disposition de la volonté qui les crée saris avoir besoin d'auxiliaire étranger ; ils ne donnent l'ordre successif de la pensée à tout 'ce qui est simuttaiié dans la sensation que parce qu'il est dans la nature de la voix et de l'ouïe de procéder par succession; enfin, ils ne communiquent une forme sensible aux notions abstraites, ou aux produits intellectuels, que parce qu'ils fjont eux-mêmes des actes de vou^

SYSTÈME RÉFLEXIF. — CIL I. 235

loir sensibilisés. On a trop négligé l'analyse de ces phénomènes de Tordre sensible auxquels se rattachent les signes institués et qui rendent leur institution possible. C'est par là que Locke a mérité le reproche que lui adresse Condillac (1), d'avoir considéré la réflexion comme une faculté innée ou n'ayant aucune origine dans l'expérience; c'est par là aussi que Condillac lui-même, en mettant en évidence le grand pritiôipe dé la liaisoii des idées entre elles et avec les sîgiies inâlitués, n'est point reiîionté jusqu'à l'origine dé cette institution, et a fini par en méconnaître les résultats là plus essentiels (â). Voyons comment cette otnissiôn peut être réparée par l'application des analyses qui précfedetit.

{1) Extrait f-aiMofiné du Traité des êensations. (2) Voyez le Traité des sensations.

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